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Maisons ; quand l’inconscient habite les lieux

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Mots clés : enveloppe protectrice – espace interne

Le projet de ce livre est aimablement totalitaire. Il s’agit d’embrasser l’ensemble des éléments psychiques que la maison mobilise et symbolise. Vaste sujet donc que ce livre un peu touffus mais agréable et bien écrit de Patrick Avrane. Il se décline en autant de chapitres qui traitent tantôt de la construction de l’image du corps, de sa projection dans l’espace de la maison, mais aussi du familier et de l’étranger, à travers une multitude d’exemples pris dans la culture et son expérience d’analyste.Ainsi se construit l’inconscient de la maison nous dit-il.

La maison est d’abord l’enveloppe protectrice qui représente notre corps affecté et en relation. D’emblée la délimitation intérieur/ extérieur permet de rejeter menaces et angoisses au dehors. Mais c’est aussi l’espace interne de la maison qui progressivement et au cours de âges trouve à se spécialiser, se distinguer, se séparer. Selon les familles, l’usage des cloisonnements internes et des spécialisations des espaces, dessinera une ambiance, une tonalité de la vie partagée, une vie de famille, à chaque fois singulière et où se joue le théâtre des désirs de chacun. La protection des enveloppes est l’objet de soins attentifs, tant l’intrusion ou le cambriolage, de la maison équivalent au viol du corps de ses habitants. Un cas particulier étant celui que connaissent bien nombre d’analystes : lorsque la maison est aussi l’espace de travail.

Cette spécialisation de la maison ne s’est dégagée historiquement que progressivement. La horde originelle ne semble pas avoir d’habitation. P. Avrane nous rappelle aussi qu’initialement, et différemment selon les classes sociales, les lieux internes, les couchages, n’étaient aucunement séparés et la plus grande promiscuité, autour d’un foyer entretenu pas les femmes, la norme. L’auteur retrace ainsi une histoire de la maison et des façons de l’habiter, y compris dans ses ouvertures et la fonction du vitrage s’appuyant sur l’histoire de l’art depuis les représentations de la renaissance jusqu’aux maisons largement vitrées du peintre Edward Hopper. On passe ainsi déjà avec Proust et le palais Guermantes, d’une maison fortement délimitée en espaces privés et publics qui protègent l’intime, à une maison transparente ouverte sur l’extérieur dont il fait l’hypothèse justement qu’il leur manque un espace, l’espace des rencontres. Des maisons où l’on s’ignore.

Au 19° siècle apparait la séparation des espaces privés de la famille de ceux de la domesticité, et qui assure, à l’intérieur de la maison, des espaces étanches, ce pourquoi ce modèle architectural correspond bien à l’exercice de l’analyste. De là, Avrane retrace l’évolution de la famille Freud dans ses propres murs au gré de ses déménagements jusqu’à l’appartement du « 19 Berggasse ». Certains des exemples personnels de Freud dans L’interprétation des rêves, y trouvent leur décor à commencer par celui dit de l’injection faite à Irma. Mais peut être les traces de la vie de ses occupants est-il plus constitutif du cadre silencieux que représente la maison. Les multiples collections d’antiques deFreud, qui l’ont suivi jusqu’en Angleterre en témoignent. Néanmoins, les maisons « traversent le temps ; elles constituent toujours dans notre civilisation, le premier bien transmis par héritage, leur

disparition soudaine provoque l’effroi, la détresse. » Une empreinte négative.

Car la maison protège l’individu et soutient sa capacité de rêverie : « elle permet de rêver en paix » dit Bachelard. D’autant plus qu’elle est une image du corps, une image que les enfants représentent vivante, ne serait-ce que d’en faire fumer la cheminée. Avrane distingue là l’image du corps, forme imaginaire liée à l’idéal, du schéma corporel tel qu’il s’élabore dans les dessins d’enfants.« L’inconscient de la maison » y transparait. C’est toute l’ambiguïté d’un habitat conçu selon des principes préétablis comme celui de le Corbusier que leurs habitants réels n’ont eu de cesse de réaménager et déconstruire pour se les approprier. Une maison inexorablement figée (comme le Manderley de Rebecca) est une maison narcissique, celle d’un narcisse qui refuse la décrépitude.

La maison est encore le lieu du familier, celui qui permet de s’éprouver seul en présence de l’autre, capacité à être seul disait Winnicott et qui n’est pas donné d’emblée. Mais une propriété qui peut, dans certaines circonstances, basculer brutalement dans son contraire, l’inquiétant, l’étranger, le Unheimlich. Il contient les traces, les vestiges de l’absence : les bras accueillants d’un fauteuil gardent la mémoire d’un occupant disparu. La voix des parents, des ancêtres résonnent dans les tentures. Ces qualités sont celles que le patient espère recréer chez son analyste, un cadre devenu familier qui lui permet de penser : « fais ce qui te plait, tu es chez toi », et surtout de retrouver le chemin d’un passé perdu.

Mais l’espace commun de la maison doit aussi être partagé entre ses habitants qui règlent leurs conduites communes sur des règles implicites qui autorisent le respect de l’intimité de chacun. Elles dressent le portrait d’un certain état de fait du fonctionnement familial. Et ce jusqu’au choix d’un vivre ensemble-séparé, comme l’avait défendu le couple de Sartre et de Beauvoir, théorisant ainsi une façon de protéger radicalement le narcissisme de l’individu du partage de l’intime et des misères des corps.

Le livre s’achève sur l’œuvre d’une créatrice américaine, Frances Glessner, fabriquant des maisons miniatures, maquettes reproduites dans plus infimes détails et qui ont servi à la police scientifique pour l’étude de certains crimes. P. Avrane entrevoit bien la dimension de réification du vivant de cette entreprise, où l’on retrouve d’ailleurs la maquette, ce représentant de la dévitalisation si chère à la pensée autiste.


Folies de la norme, Le présent de la psychanalyse vol. 2 n° 2019-2

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Cet ouvrage collectif propose d’étudier le mouvement paradoxal entre emprise et disparition des normes. La psychanalyse est particulièrement concernée car elle dérange depuis Freud à nos jours toute notion de normalité.

Alors que les ‘nouvelles’ psychothérapies s’inscrivent dans des références et des normes précisément définies, la psychanalyse se situe dans un paradoxe entre norme et hors norme : à savoir la psychanalyse instaure une norme (formation, cadre, règle fondamentale) pour que se déploie le hors norme (discours associatif). La psychanalyse permet l’émergence d’une forme de folie contenue dans un cadre strictement normé dont le respect est essentiel. Les règles analytiques, où le refusement a une place centrale, sont propices à la mise en place du processus analytique. Ceci va évidemment à l’encontre de l’évaluation normative qui sévit seulement dans le domaine de la santé. La ‘folie de la norme’ ne laisse plus de place à la créativité, improvisation, singularité, initiative personnelle et à l’expérience car l’esprit des pratiques normatives est binaire et abrase le singulier, la diversité et l’imprévu.

Les lois constituent des normes par excellence mais elles peuvent être perverties comme c’est le cas dans les dictatures et au niveau de la mondialisation où la normativité est un éparpillement des normes qui provoque une perte de cohérence et des repères. Le juriste autrichien Kelsen, contemporain de Freud, s’intéressa à l’apport de la psychanalyse sur la conception de l’Etat et l’ordre juridique. Ainsi, le ‘Moi et le ça’, en développant les contraintes internes dues au surmoi, instance qui joue le rôle du juge et du législateur, pourrait être vu comme une réponse aux idées de Kelsen. Celui-ci insiste sur la séparation entre être et devoir être, bafouée dans le totalitarisme où existe également une dissolution des repères. Dans cette uniformisation totalitaire, le ‘je’ s’engloutit dans le ‘on’.

Actuellement l’ordre juridique se caractérise par l’éparpillement et la surabondance où le droit comme bien commun disparaît laissant place aux droits individuels. L’individu doit se conformer aux normes et abdiquer son jugement dans une société infantilisante. De la même manière il y a confusion entre ce qui est obligatoire et recommandé. Le conformisme entre en collision avec l’éparpillement des appartenances communautaires fermées et hostiles les unes envers les autres. La tyrannie de la norme sociale se superpose à la confusion juridique.

Il est intéressant de remarquer que le terme identité est actuellement omniprésent dans tous les domaines avec un grand flou. La clinique actuelle est confrontée aux troubles identitaires sous-tendus par une problématique narcissique, elle-même liée à une perte de repères.

Une réflexion sur la phrase de Buffon, le style c’est l’homme, touche à l’identité et à la norme par le biais de la particularité de l’individu à laquelle cette notion fait référence. Le style de l’homme ce serait comme son caractère. Cependant le style n’est pas vecteur d’identité dans l’idée où tel fait expressif donne tel sens.

Dans la cure, le vacillement identitaire avec sa sensation d’inquiétante étrangeté est un moment fécond de déliaison permettant de découvrir le caractère aléatoire et incertain de l’être.

Dans le domaine de la sexualité, le hors norme prend la tournure d’une revendication de choix aussi bien dans le cadre de l’hermaphrodisme que celui du changement de sexe dont l’adulte ou l’adolescent est mécontent. Ceci mène à la notion de genre. Le hors norme se situe dans ce dernier cas non au niveau anatomique mais au niveau psychique. C’est là que la psychanalyse est confrontée à la norme et aux conséquences psychiques de la solution chirurgicale. Une défaillance des normes primaires, indispensables pour penser l’humain et en humain, semble participer du trouble de genre sous-tendu par la haine de soi. Le meurtre archaïque permet l’installation du refoulement originaire, fondateur de la première norme à la base de l’humain.

La norme est étroitement dépendante de chaque peuple et de son histoire. La loi instituée en régnant souverainement permet l’autonomie. De la même manière, la liberté d’expression n’est possible qu’en se soumettant à la loi du langage. La normativité est l’accord sur la signification des mots, des actes et des conduites ; par contre la normalisation aboutit au conformisme aux normes instituées. La normalité, elle, est conquise au prix d’une lutte incessante.

La normalité est structurante si chacun s’approprie la norme ayant fait un accord entre humains. La folie de la norme devient injonction sans négociation dans le cadre de la normalisation. La folie de la norme se caractérise par le nombre et passe par une novlangue managériale. Cette normalisation gestionnaire est bien à l’origine d’une souffrance au travail, actuellement si répandue. Ceci renvoie également à la normopathie définie par l’absence de conflit par rapport à la servitude volontaire, ce qui fait réfléchir sur l’avenir et le rôle de la psychanalyse.

Le nombre de sources et des acteurs publics et privés définissant des normes est en perpétuelle augmentation ; en même temps beaucoup de normes sont floues, elles vont dans le sens d’un assouplissement ; l’ébranlement des dogmes affecte la légitimité de la norme. Des hypothèses de dégagement s’offrent en tenant compte de ces trois éléments.

Un exemple d’un personnage hors norme est l’artiste contemporain Grayson Perry qui s’adresse à un large public en questionnant des sujets humains et universels.

Au total, cet ouvrage, passionnant à lire, permet de comprendre l’actuel engouement pour les normes ainsi que les motions sous-jacentes.

Rénate Eiber (juillet 2021)


Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse

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Mots clés : langue – nazisme – psychanalyse

Ce livre très dense analyse l’impact du nazisme sur la psychanalyse en s’appuyant essentiellement sur les œuvres de Freud et d’Imre Kertész et la question : est-ce que la psychanalyse pouvait rester indemne après ce déferlement destructeur ?

Outre l’émigration de nombreux analystes et les effets de l’exil sur eux, c’est la langue qui fut atteinte. Elle est caractérisée par sa pauvreté, l’apparition de nouveaux mots et le changement de sens de mots existants. Le vocabulaire de la psychanalyse fut dévoyé à son tour de son usage, comme par exemple les mots pulsion, autoconservation ou ‘Ausrottung’ qui signifia extirpation dans le langage freudien et extermination dans le langage hitlérien. Les mots furent disqualifiés en désordonnant le sens dans le but d’éliminer la pensée. Dans ce contexte, un constat important est que l’altération des mots atteint aussi l’être humain. Le secret de la langue est la trahison de son locuteur, la base de la cure analytique. Mais la lutte contre cette altération n’est pas sans danger non plus.

Non seulement la dictature réduit l’être humain à un certain mode de pensée infantile mais elle brise aussi la tonalité de la langue en tant que convention et ôte la légitimité de la place du père et de l’interdit. Le langage tient une place centrale dans la culture ; de ce fait on passe à côté de la dislocation engendrée par le nazisme si l’on traite la Shoah uniquement comme trauma.

La pensée psychanalytique d’après-guerre s’en est trouvée affectée notamment l’outil de penser les phénomènes de masse et la lutte de chacun avec son ennemi intérieur où l’identification joue un rôle prépondérant.

Pour Adorno, se basant sur Freud, la civilisation engendre l’anti-civilisation et ne cesse de la renforcer. Kertész affirme que la contre-culture nazie, établie sur la haine, contient les potentialités générales de l’humanité. C’est cela qui permet de penser l’événement car la mise en avant des victimes constitue une défense, dans le sens psychanalytique, contre des éléments d’identification avec les criminels ce qui expliquerait pour quelle raison il fut rarement fait référence pendant un certain temps aux phénomènes de masse. Toujours pour Kertész, nous devons envisager l’holocauste comme culture dont le dispositif fut de mettre la loi hors la loi. Cette rupture de mettre la loi hors la loi procure aux individus l’immense gain narcissique d’appartenance à une masse foncièrement homogène mais récusa le droit comme conception abstraite.

Kahn remarque la confrontation de la culture à l’effondrement des figures de la culpabilité. Dans ce contexte il est intéressant de noter que le mot Führer, absent dans ‘Totem et Tabou’, apparaît dans ‘Psychologie des masses’. Th. Mann pense que Hitler doit haïr la psychanalyse et son ennemi véritable est Freud, le grand désillusionneur. Le meurtre de ‘L’homme Moïse’ est fondateur de la civilisation car la culpabilité permet d’instaurer un travail contre la destructivité. Ce meurtre sans dramaturgie, oubli, latence et réminiscence, c’est à cette fracture que ‘L’homme Moïse’ fait face. Le nazisme a brisé le fil de la tragédie du père primitif, décrite par Freud, engendrant la culpabilité, l’ambivalence des sentiments, du développement de la communauté et de la continuité historique. Le nazisme a provoqué une inadéquation entre mots et expérience historique.

Le Führer constitue l’identité de la collectivité en se basant sur la ‘force pulsionnelle’ qui rassemble l’âme du peuple, aboutissant à l’identité aryenne qui sous-tend la ‘pulsion d’autoconservation’. Normalement des identifications variées et entrecroisées favorisent la diversité des individus au sein de la même société. Or, tout cela est battu en brèche par le nazisme où n’existe plus de référence tierce. L’homme est devenu un objet et est chosifié dans la masse. La déshumanisation prend la forme de la désindividuation.

Freud considère sa seconde topique comme une hérésie car elle enracine la conscience morale dans la pulsion de mort elle-même, L. Kahn pense que ce serait l’attaque de Freud contre l’autoconservation biologique du national-socialisme et l’autodestruction sacrificielle. Le travail de culture semblerait procéder par le mal et c’est ainsi que le processus culturel procéderait au domptage pulsionnel. L’holocauste devrait s’intégrer dans le travail de culture comme le meurtre originaire du père de la horde primitive.

Dans la pratique clinique, l’empathie et son usage sont censés favoriser un dialogue permettant l’accès à l’expérience privée de la catastrophe. Ce point de vue semble être une conséquence de l’ébranlement subi par la psychanalyse et sa théorie. La conception de Kohut de l’empathie fut la conséquence de sa propre expérience qui a affecté la théorie analytique elle-même. De même, Simmel, Adorno, Horkheimer et Fenichel refusèrent la séparation entre abstraction théorique et pratique clinique.

Le nazisme dévoyait le langage à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques, adoptées de façon mécanique et inconsciente pour culminer à un effet toxique. Cela est particulièrement le cas pour ‘Psychanalyse et Weltanschauung’ et la lutte contre l’assujettissement identificatoire des psychanalystes fut difficile. Contrairement à Freud, Carl Müller-Braunschweig, d’abord psychanalyste de l’Institut de Berlin et ensuite éminent collaborateur nazi, considère la psychanalyse comme une Weltanschauung et donne la place prépondérante au biologique dans plusieurs textes. Dans un aperçu historique, L. Kahn détaille les adaptations de la psychanalyse au régime nazi par, d’une part l’héroïsme et d’autre part l’adaptation à ce même régime, effectués par Müller-Braunschweig. Les psychothérapeutes nazis se référaient à l’énergie créatrice du poème ‘Natur’ de Goethe et l’énergie des forces révélées par la physique, s’appuyant ainsi sur le double héritage freudien. La biologisation, la technicisation et la mythisation sont entrées dans le psychisme individuel par le biais de la langue commune.

L’expérience traumatique des camps a un caractère spécifique dans la mesure où il abandonne la référence à l’après-coup. Du fait de la désymbolisation la seule possibilité qui reste au survivant et à ses enfants est l’usage de ‘souvenirs ou récits écrans’. Ces écrans peuvent se présenter dans la cure sous forme de ‘transfert écran’. Le syndrome du survivant de trauma extrême bouleverse profondément l’approche psychanalytique des victimes en séance car le psychisme est complètement anéanti, imposant l’empathie comme outil théorique et clinique pour retisser le lien à un objet. Comme la fonction paternelle protectrice a échoué l’enfant du survivant devient auditeur empathique de la mère qui doit reconstituer un récit assurant la permanence identitaire.

 

Conclusion : Le nazisme n’a pas seulement porté préjudice à la personne de Freud mais à la psychanalyse toute entière par son détournement et plus particulièrement par celui des mots dotés d’un sens nouveau. De même, l’approche psychanalytique des victimes ne peut se faire avec les bases psychanalytiques habituelles.

 

Rénate Eiber (avril 2021)


La liberté en psychanalyse : liberté, égalité, sexualité

Auteur(s) : Renate Eiber
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Cet ouvrage collectif en trois parties porte un intitulé provocateur: liberté ce qui est contradictoire face au déterminisme psychique, l’égalité où est question de la domination masculine, et la sexualité traitant les variétés de la sexualité humaine, en particulier l’homosexualité.

Questionner la liberté en psychanalyse implique aussi son processus c’est à dire la libération. Le but de l’analyse est de procurer au moi la liberté de décider. Ce sont les pulsions sexuelles directes s’opposant aux formations narcissiques de masse qui garantissent une certaine liberté individuelle. Pour Laurence Kahn la libération est conditionnelle car l’analyse remplace le résultat d’un refoulement automatique et excessif par une maîtrise mesurée et orientée vers un but, ce mécanisme n’étant jamais complet puisque soumis à la répétition. Dans ce contexte, Laurence Kahn critique le courant interpersonnel qui tente d’abolir la dissymétrie de la relation analytique et la prive de l’analyse de l’angoisse transférentielle et  de la haine. Cependant la libération ne se réfère pas à celle du déterminisme lui-même mais à l’échange d’une détermination par une autre moins couteuse sur le plan énergique, ce qui fait que la liberté soit conditionnelle.

Patrick Merot souligne que la liberté de penser est un fardeau pour l’homme qui est dans l’attente de la croyance et de la dépendance, car c’est penser une épreuve de désorganisation/réorganisation.

La liberté, fondement de l’humanité et indissociable du lien social, est une qualité d’être c’est-à-dire qu’elle se vit. C’est à elle que s’intéresse la psychanalyse, ainsi qu’aux forces obscures qui s’y opposent. La question de la liberté englobe toute la psychanalyse. La liberté se fonde sur les reconnaissances des déterminations ce qui ouvre vers la liberté. Dans ce contexte surgit la dualité du mot ‘sujet’ : actif et différencié d’un coté assujetti et indifférencié d’un autre. La différenciation sujet – objet implique la capacité à dire non sous-tendant un jugement qui permet de faire un choix. C’est ce processus qui donne naissance à l’homme libre.

Dans la cure c’est le travail de déliaison qui peut mener vers la liberté. La psychanalyse a pour but de procurer au moi la liberté de faire un choix, par la reconnaissance des contraintes venant de l’intérieur, notamment de l’infantile, restreignant la liberté du moi. Le patient est censé réaliser qu’il ne suffit pas d’avoir la liberté pour être libre.

La culpabilité, par l’opposition qu’elle implique entre moi, ça et surmoi, pourrait offrir une mesure du degré de liberté. De la même manière, la logique narcissique constitue une butée pour la liberté. Dans la conflictualité instancielle, l’analyse peut apporter un peu plus de liberté et c’est la déliaison du fantasme à l’aide de la parole qui favorise sa libération.

La reconnaissance de la castration permet une libération face aux contraintes de l’idéal du moi et c’est la méthode analytique si elle aboutit à une ouverture vers les représentations qui découvre un chemin vers la liberté. Pour Catherine Chabert lorsqu’il n’y a pas de sens donné à l’absence, il n’y a pas sens donné à la liberté et lorsqu’il n’y a pas de sens donné à la frustration il n’y a pas de sens donné à la sexualité. La liberté interne psychique est en étroit lien avec la liberté des autres où politique et culture s’entremêlent.

Michael Parson distingue liberté négative et positive. La première est celle à l’égard d’une contrainte, par exemple l’humilité qui consiste à être libre du besoin parfait de soi. C’est une liberté dite sérieuse car la liberté intérieure est essentielle à l’intégrité psychique et implique la responsabilité de la manière dont elle va être utilisée et d’assumer cette responsabilité. La liberté positive fait référence aussi bien à la croissance individuelle et à la créativité au sens de Winnicott. C’est la croissance psychique qui est destinée aller vers la liberté psychique et se conçoit dans la relation à l’autre. L’association libre est toute sauf libre car elle provoque immédiatement des obstacles que la psychanalyse peut essayer de comprendre pour ouvrir la voie vers la liberté. Liberté positive et négative sont étroitement intriquées au cours de l’analyse. L’association libre accroit la complexité psychique. L’élaboration dans le fonctionnement psychique vers une plus grande complexité donne le sentiment de vivre plus pleinement la libre association ce qui apporte la satisfaction et aboutit à vivre dans la créativité.

La seconde partie traite l’égalité commençant avec la notion de domination qu’il faut mettre en rapport avec les pulsions. La domination masculine, phallique serait issue des effets du complexe de castration dont elle représenterait une défense envers l’angoisse de castration. Cette domination serait prise entre féminité, passivité et homosexualité. Irène Théry critique la distinction entre masculin/féminin et homme/femme dans la théorie de la domination. De la même manière il existerait une confusion entre hiérarchie et inégalité d’une part et autorité et pouvoir d’autre part.

Jean-Paul Demoule nous donne un aperçu sur la domination qui va de la préhistoire jusqu’à nos jours. Il en ressort, à travers l’art préhistorique, que les premiers hommes semblent être fortement préoccupées par la sexualité et la relation entre homme et femme et que sexe et pouvoir étaient depuis toujours intimement liés.

La troisième partie aborde l’homosexualité et plus particulièrement l’historique de l’accès à la formation des candidats à la psychanalyse aux Etats-Unis. Il est rappelé que pendant longtemps l’homosexualité fut considérée comme une pathologie psychiatrique. Les auteurs évoquent également toute la problématique de ceux des candidats qui la cachaient durant l’analyse personnelle, ainsi que celle des formateurs.

Les auteurs font également remarquer que pendant plus de 40 ans aucun psychanalyste américain n’a montré son désaccord quant aux représentations par rapport aux patients homosexuels. Freud s’opposa à toute forme de discrimination y compris dans les institutions psychanalytiques. En avance sur son temps, il considérait que la psychanalyse doit dévoiler les mécanismes psychiques et ne pas vouloir résoudre le problème de l’homosexualité. La neutralité analytique exige un questionnement permanent afin d’éviter complaisance et conformisme idéologique. Ce chapitre se clôt avec une bibliographie exhaustive commentée sur la situation de l’homosexualité dans la formation analytique des années 1973 à 2000 aux Etats-Unis.

Nous pouvons conclure avec Michael J Feldman que la psychanalyse doit être un lieu critique indépendant des normes sociales et en opposition aux pressions d’homogénéisation d’une société triomphaliste.

Rénate Eiber, mars 2020


L’effacement des lieux

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Autobiographie d’une analysante, héritière de survivants et traductrice de Freud

« Les pierres des lieux en déshérence demeurent hantées par les ombres errantes qui ne « meurent jamais », comme si elles étalaient au grand jour l’éviction sacrilège des humains hors du monde. » (p. 39)

 Janine Altounian est essayiste et traductrice. Elle est co-traductrice de Freud depuis 1970, et responsable de l’harmonisation dans l’équipe éditoriale des Oeuvres complètes de Freud aux PUF sous la direction de Jean Laplanche. Née à Paris de parents arméniens rescapés du génocide de 1915, elle travaille  sur la « traduction » de  ce qui se transmet d’un trauma collectif aux héritiers de survivants (Altounian_Effacement_lieux_2019)

Dans ce livre documenté, très vivant, dont la profondeur se découvre au fil de la lecture, des relectures, Janine Altounian dans la continuité de ses travaux antérieurs, offre des ouvertures multiples. Sa pensée à la fois originale, très riche et véritablement fructueuse, permet une approche renouvelée du trauma, en particulier, de celui qui arrive en héritage. Tout au long de cet ouvrage, la puissance du langage porte l’écriture.

Les différentes parties qui  le composent retracent à travers les temps et les lieux,  étape par étape, fragment par fragment, ce chemin nécessaire à la transformation, aux transformations, sans oublier ce passage fondamental par l’expérience.

En conséquence,  cet écrit est beaucoup plus qu’un témoignage, c’est en quelque sorte une formidable espérance de dégagement pour la psyché. Lorsque la trace traumatique fait barrage et que la culture se trouve en miettes, la pensée s’expose au danger de  l’entrave. A l’instar des traces de l‘histoire du peuple arménien, qui ont couru ce risque de disparition, d’effacement, d’anéantissement …

On peut donc considérer ce livre comme une véritable œuvre de résistance menée par une héritière de survivants du génocide arménien dans un après-coup temporel lointain de ce massacre qui a bel et bien eu lieu. La pensée en spirale, chère à Jean Laplanche, indique assez bien la façon dont ces problématiques complexes et parfois hétérogènes, peuvent être abordées sans faire l’impasse sur telle ou telle dimension. Ainsi ce tissage des pensées explore par des allers retours successifs, de multiples axes. C’est une véritable affaire de Fort/Da au cours de laquelle chaque mouvement n’est pas identique, et le gain pour la pensée s’arrime du côté de la créativité. Sans être psychanalyste, tout en étant très proche et surement nourrie par la pensée psychanalytique, Janine Altounian propose des outils indispensables pour le psychanalyste. Sa persévérance pour trouver ce lieu propice où la trace pourra s’inscrire, évoque sans aucun doute cette confiance dans la méthode qui soutient jour après jour le travail de l’analyste, notamment dans les cliniques dites difficiles.

Faire une synthèse, un résumé, comporte inévitablement ce risque réducteur d’escamotage d’une pensée qui se déploie au fil des pages. Il paraît plus approprié de dégager quelques thèmes contenus dans ce livre, pour d’une part, inviter à la lecture, et d’autre part, pour souligner ce que nous propose ce travail : comment la potentialité de la psyché peut se révéler au moment où la trace traumatique pourra s’inscrire.

La place de l’expérience qui a eu lieu est tout à fait fondamentale, elle représente l’ancrage indispensable à partir duquel le travail de dégagement va pouvoir s’initier.  Avant de lancer la bobine et de la perdre de vue pour la faire revenir, sa concrétude doit être perçue par l’enfant. Cette expérience devient une condition première pour l’appropriation.  Le titre de propriété proposé en illustration 4, de la maison de la grand-mère maternelle de l’auteur a été traduit en 2011. Ce document officiel atteste des conditions d’une appropriation d’un lieu, au fil du temps, c’est à dire au fil des générations, comme au gré des aménagements intérieurs. Preuve s’il en fallait, de la valeur historique des propriétés antérieures, n’entravant pas les appropriations actuelles ou futures, voire même les conditionnant. Que demander de plus à un projet d’appropriation dans une perspective plus large ?

Janine Altounian propose d’envisager trois conditions pour exhumer la trace de l’histoire traumatique.  Ces conditions sont, nous dit-elle, d’une part,  une sépulture pour le grand-père, l’écriture du père et, bien sur  la transcription et la publication du manuscrit par le descendant de la troisième génération. Ainsi successivement, sont mis en perspectives au fil de l’expérience singulière et intime de l’auteur, l’histoire, la petite et la grande, l’individuel et le collectif englobant non seulement la dimension familiale mais plus largement la dimension culturelle, la succession des générations, l’espace et le temps. La place de la transcription, condition de l’appropriation, y est fondamentale, trouvant sa source dans ce moment précis, où le manuscrit du père est découvert, moment considéré à juste titre, comme fondateur.

La transcription, doit s’entendre comme un transfert, comme des transferts. Les acceptions plurielles s’harmonisent les unes les autres tout au long du texte. Le transfert d’un lieu à un autre, un voyage, voire un exil. Le transfert à travers les générations, un héritage. Le transfert de l’individuel au collectif, un passage intersubjectif vers l’espace culturel. Le transfert dans le langage, ce passage dans la langue de l’autre, une traduction. Le transfert, ce déplacement en direction d’un lieu propice à l’inscription. Cette dernière acception n’est bien évidemment pas sans échos avec le champ de la psychanalyse. Le transfert est alors une adresse, pouvant aussi être une maladresse comme le rappelle très habilement l’auteur.

Les traductions quelles que soient leurs formes sont de fait, indispensables à ce parcours mutatif, où peu à peu, le mot du langage va trouver/retrouver sa dimension polyphonique et métaphorique, c’est à dire sa vivacité. Au fil de ce travail de restauration, Janine Altounian nous conduit donc aussi, à ces retrouvailles jubilatoires avec le plaisir des mots.  A partir de ces passages par les traductions, il peut être question de mettre au monde. La naissance est à  considérer comme une création, et peut être plus fondamentalement pour l’être humain, la création comme une naissance.

 


Christophe Dejours, Helène Tessier (dir) : Laplanche et la traduction : une théorie inachevée

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Il s’agit d’un ouvrage collectif dont les textes ont été présentés aux Journées internationales Jean Laplanche (1924 – 2012) en 2016 sur le thème de la traduction. La notion d’aide à la traduction a été elle-même introduite au cours de ces mêmes journées qui ont eu lieu en 2003. La traduction concerne les messages énigmatiques prononcés par l’adulte envers l’enfant. La théorie de la séduction généralisée stipule un caractère énigmatique du message de par la compromission par le sexuel. De cette manière, l’adulte participe activement à l’avènement des théories sexuelles infantiles car celles-ci sont une réponse à la curiosité qui s’origine dans les messages énigmatiques de l’autre. C’est précisément le mytho-symbolique qui est censé aider l’enfant à cette traduction.

L’univers mytho-symbolique est au service de la traduction de ces messages énigmatiques grâce aux schémas narratifs comme par exemple les fables. Ainsi, les ouvrages destinés aux enfants sont non seulement structurants mais lui permettent de s’introduire dans des codes du monde symbolique humain. De ce travail psychique découle une symbolisation. Le symbole aboutit à une prévalence interne et à une possibilité de reprise en charge subjective tout au long de l’existence. Une symbolisation réussie est considérée comme ouverture à l’énigme de l’autre. L’univers mytho-symbolique est un patrimoine culturel permettant des traductions susceptibles de répondre à l’énigme. Le mytho-symbolique et le sexuel infantile se situent dans le contexte de la situation anthropologique fondamentale.

Certains phénomènes culturels offrent une réouverture de l’altérité par rapport aux messages énigmatiques, comme par exemple l’univers mytho-symbolique de l’opéra qui a une fonction de réouverture de l’énigme et de nouvelle voie possible de traduction. Cependant le mytho-symbolique peut non seulement fonctionner comme aide à la traduction mais aussi comme obstacle. Les communications de l’adulte – celles dont le support est le code de la castration – peuvent agir comme des codes de traduction des messages énigmatiques et en même temps comme support des messages énigmatiques. Imposer un code conduit à un échec de traduction.

La traduction ou tentative de traduction a pour fonction de fonder un niveau préconscient dans l’appareil psychique. Traduire est un travail permanent d’attribution de sens. Dans la pratique clinique, c’est le cadre qui donne prise à la traduction issue de l’association libre, autant l’interprétation qui la débloque en la favorisant. Ainsi, la traduction devient un outil pour l’élaboration psychique et l’interprétation peut être considérée comme instrument auxillaire du processus de traduction.

L’adolescence constitue un cas particulier en ce sens qu’il s’agit de retraduire l’assignation de genre qui, plus est, dépend plus du milieu professionnel que de la famille et du socius d’origine. L’échec de ce travail peut aller jusqu’au clivage du moi.

La clinique psychosomatique pose la question du destin des messages dans l’appareil psychique et des entraves au travail psychique car elle rend compte des ratages de la sublimation et de la dynamique traduction – symbolisation. La pensée opératoire serait une forme de pensée qui ne se traduit pas.

La place du mytho-symbolique se situe donc du côté de la traduction et de la liaison de l’excitation. L’aide à la traduction suppose une médiation entre mytho-symbolique et l’individu. La notion de code caractérise le mytho-symbolique. Le mythe est une forme sans laquelle le code, la règle sociale, ne peut s’actualiser ni se transmettre. D’ailleurs, l’influence du contexte socio-économique, notamment précaire, retentit sur la traduction par le biais d’une identité défaillante entrainant un repli sur la pureté fantasmée des origines.

Dans certains cas cependant le mytho-symbolique n’est pas au service de la traduction. C’est le cas de l’imaginaire social responsable d’un appauvrissement de la pensée par le biais de la capture imaginaire.

La traduction de l’énigme peut être aussi étendue à la traduction des langues et plus essentiellement de l’œuvre de Freud en français ; tâche pour laquelle Laplanche fut directeur scientifique.

Au total : L’aide à la traduction va à la rencontre de l’effort à penser. C’est l’apprésentation sous le nom du mytho-symbolique qui permet la traduction – symbolisation et qui relève de la culture.

Rénate Eiber (décembre 2019)


Catherine Chabert, Maintenant, il faut se quitter

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Cet ouvrage passionnant est dédié à la séparation. Celle-ci, bien qu’elle jalonne toute la vie humaine au quotidien, ne va pas de soi. En effet, la capacité de se séparer s’acquiert grâce au déploiement du complexe d’Œdipe aussi bien en aval qu’en amont. La séparation suppose la constitution préalable d’un objet interne, qui, maintenu vivant, permet l’élaboration de la perte. En l’absence d’objet interne fiable, la perte ou l’absence de l’objet représente une effraction narcissique. La douleur assure, dans un versant positif, la pérennité du sentiment de continuité d’exister car elle s’inscrit dans un espace intermédiaire où il n’est plus question de son appartenance physique ou psychique. La séparation peut être à l’origine de nombreux éprouvés : angoisse, douleur, deuil, mélancolie et disparition. Cependant, c’est le contexte sous-jacent qui donne plutôt l’une ou l’autre forme d’expression chez un individu donné.

L’auteur s’appuie sur la notion de pulsion anarchique de Nathalie Zaltzman qui a comme rôle d’effectuer un rééquilibrage entre pulsion de vie et pulsion de mort, sans les considérer comme foncièrement antagonistes. Dans ce domaine, la notion de division prend toute sa valeur pour maintenir la bigarrure de la vie humaine. C’est là que la différence de sexe joue son rôle primordial car elle différencie et sépare alors que la pulsion de mort soutient le courant haineux qui conditionne la séparation. Dans la mélancolie, il y a mélange par identification à l’objet constituant un mouvement anti-séparateur, tandis que la jalousie et la passion visent la séparation. De même, un excès de liaison peut conduire de façon délétère à la massification pulsionnelle et la dédifférenciation. Ce sont les différences qui permettent de sauvegarder la vie car seule les séparations et pertes donnent accès à l’inconnu et donc au nouveau. Tout abrasement de conflits et la tendance à l’unification entraine un processus de dédifférenciation dangereux soutenu par certains traits actuels de la culture.

Au total, un des buts de toute cure devrait être de pouvoir se séparer.

 

Rénate Eiber


Quel genre de sexe ?

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Il s’agit d’un ouvrage collectif très hétérogène, mais avec un point commun : tous les auteurs font appel à Judith Butler et Gayle Rubin, féministes et lesbiennes mais non psychanalystes.

D’emblée, il est important de noter que les théories du genre, réduisant le sexe au genre, sont différentes des études de genre. G. Rubin dénie l’influence de l’anatomie sur l’identité dans le but d’une émancipation de la première assignation de genre, tout en ignorant l’assignation de genre par l’inconscient des parents. L. Kahn propose une lecture critique de Butler en comparaison avec Rubin et d’autres auteurs dont Jean Laplanche, pour arriver à conclure que « la sexuation des corps, mâle-femelle, ne dépend pas, ne dérive pas, ne peut pas dériver de l’action du langage. Ce qui dérive éventuellement de l’action du langage, ce sont des identités sexuelles… » L’articulation entre genre et sexe anatomique montre l’influence de l’environnement si bien formulée par la phrase célèbre de Winnicott, qui ne se réduit pas à la bisexualité : « Vous êtes un homme et j’entends une fille et c’est à cette fille que je parle ».

La notion de théorie de genre est utilisée par les responsables politiques pour disqualifier la légitimité politique d’évolutions juridiques et la légitimité scientifique des études de genre interrogeant la construction sociale des inégalités, selon Réjane Sénac.

Tous ces débats ont comme fantasme sous-jacent l’indifférenciation des sexes et des sexualités afin de ranimer le débat sur l’égalité homme – femme, voulant effacer toute différence même anatomique.

Particulièrement saisissant est l’analyse d’Isée Bernateau du roman « Orlando » de Virginia Woolf qui dénonce les préjugés par rapport au sexe et montre pour le genre, socialement construit, qu’il n’a ni la même définition ni les mêmes valeurs selon les lieux et les époques.

Jacques André termine cet ouvrage par une lecture critique de Foucault qui occupe une place privilégiée dans les études de genre.

Au total, ce livre montre le débat complexe concernant le genre et les théories du genre ainsi que la place que peut y avoir la psychanalyse.

Rénate Eiber


Les déliaisons dangereuses

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Mots clés : destructivité – pulsion de mort

Dans cet ouvrage, Denys Ribas nous fait partager son expérience de 25 ans de travail et de recherche psychanalytiques, en particulier sur l’autisme infantile. Il a été directeur d’un hopital de jour pour enfants pendant de nombreuses années.

Non seulement à partir de sa clinique, mais aussi d’oeuvres cinématographiques ou littéraires il nous aide à comprendre les rapports entre la pulsion de mort, le temps et  l’originaire chez l’adolescent et l’enfant psychotiques. Dans ces pathologies la désintrication des pulsions peut ètre particulièrement poussée libérant une libido adhésive et une pulsion de mort qui fige et démantèle.

Denys Ribas nous présente sa conception de la pulsion de mort étayant la définition de Freud (tendance au retour à l’inorganique, diminution des tensions), qui en fait une pulsion sans énergie .Il préfère la voir dans l’intrication avec la pulsion de vie pouvant aboutir à des déliaisons qui ne sont pas toutes dangereuses(par exemple dans le deuil et la sublimation).

Il rejoint par là les conceptions de Benno Rosenberg, avec qui il a travaillé, sur le masochisme gardien de la vie (pulsion de mort intriquée à la pulsion de vie), et sur la prise en compte du devenir de la part libidinale désintriquée en cas de déliaison des pulsions.

Il est proche de la fonction désobjectalisante de Green: l’analysant s’isole et désinvestit aussi son fonctionnement interne, ce qui peut s’appliquer à une autre échelle au fonctionnement des enfants autistes.

Pour travailler avec les pathologies actuelles (addictions, états-limites, troubles alimentaires, maladies psychosomatiques, pathologies narcissiques, autisme infantile), avec leur destructivité, Denys Ribas utilise le modèle théorique de la deuxième théorie des pulsions.

Il souligne l’importance de cet appui théorique pour le psychanalyste qui doit”survivre” lorsqu’il est confronté à ces patients en  puisant dans un masochisme et un narcissisme bien tempérés.

À la suite de plusieurs auteurs (Freud, Bion, Winnicott), Denys Ribas s’interroge sur les effets traumatiques du déchainement de la destructivité lors de la guerre comme la guerre d’Algérie par exemple, chez les acteurs et leurs descendants.

Enfin il insiste sur la fonction intriquante du psychanalyste tout au long de la cure: à la fois par l’investissement positif du fonctionnement psychique de son patient, contenu par la neutralité analytique, et par le soutien de ses repères théoriques qui permettent une mise en sens.

M.Combes-Lepastier.

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