Société Psychanalytique de Paris

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La sexualité masculine – Mars 2015

La sexualité masculine

Honte, culpabilité et traumatisme

Cette étude très riche et très précise dans ses références et ses argumentations articule les concepts de honte, de culpabilité et de traumatisme. Les problématiques de la honte sont largement explorées dans la clinique psychanalytique (Mannoni, De Gaulejac, Janin) en un chantier encore ouvert, qu’il faut articuler avec la compréhension plus classique de la culpabilité, ce qui ouvre de nouvelles perspectives dans la compréhension du traumatisme. Tout au long du livre, de multiples observations cliniques, souvent brèves mais très explicites, rendent claires et concrètes les thèses soutenues et les différenciations proposées.

Après ces repérages, l’ouvrage étudie les sources de la honte et de la culpabilité, notamment chez le bébé et en lien avec l’émergence du non, en insistant non seulement sur les liens entre honte et analité, mais sur les rapports entre honte et effondrement, et sur la nudité, physique et psychique, aux sources de la honte. Puis ce sont les formes, conscientes et inconscientes, de honte et de culpabilité qui sont évoquées. Les auteurs distinguent clairement entre la honte signal d’alarme et la honte éprouvée, mais posent aussi une honte non ressentie, la honte d’être, éprouvée par les tiers qui observent. Quant à la honte originaire, elle est organisatrice de l’humanisation. Si l’on peut également distinguer entre culpabilité signal d’alarme et culpabilité éprouvée, la honte et la culpabilité primaires coexistent en un affect mêlé.

Les destins de la honte et de la culpabilité comportent le refoulement mais aussi « l’enfouissement » en cas d’échec du refoulement, la transformation en son contraire ou retournement-exhibition, et le retournement projectif (identification projective). Au cours de ces processus, la culpabilité vise à l’intégration des expériences traumatiques, tandis que la honte est gardienne de jouissances secrètes. Elle peut également être au service d’une transmission cachée de la culpabilité. Le travail de la culpabilité et de la honte peut aussi prendre appui sur l’analité pour favoriser des processus créateurs. Le partage d’affect est une possibilité de transformation intime de la honte et de la culpabilité, à l’œuvre dans le soin psychique, permettant la co-construction et la mise en place de la tiercéité. Les auteurs examinent les obstacles au soin, notamment les éprouvés de honte chez le thérapeute et les indices de honte et de culpabilité non éprouvées, ainsi que les conditions de possibilité du soin, c’est-à-dire les rythmes, la dissymétrie, la réserve et le mode d’implication.

Consacrée aux cliniques de la honte et de la culpabilité, une troisième partie s’ouvre par des études littéraires sur la honte : Céline (avec le personnage de Clémence Arlon, dans Féerie pour une autre fois, 1952), Camus, (Le Premier Homme) et le livre de Job, interprété sous l’angle de l’omnipotence servant de « pare-honte ». Un chapitre « Honte et cancer » est consacré aux formes de honte engendrées par le corps malade, chez les patients et leurs proches, mais aussi chez les soignants ; un autre montre les formes de honte et de culpabilité que suscite le handicap, développe la notion d’un travail de la honte et étudie les défenses par la grandiosité et la position tyrannique. Enfin, l’inceste et l’incestualité suscitent des formes spécifiques d’éprouvés honteux et de sentiments de culpabilité. Les auteurs montrent en même temps comment le traumatisme périnatal peut alimenter la potentialité incestuelle, parfois mise en œuvre dans une tentative de réparation des liens. Les fantasmes de transmission y sont particulièrement sollicités. L’inceste agi s’accompagne d’une disqualification psychique de la victime qui accroit les effets de culpabilité et de honte et provoque une « détransitionnalisation » des fantasmes organisateurs de la psyché.

Toujours attentifs aux positions contre-transférentielles et aux effets sur les soignants de la clinique qu’ils décrivent, les auteurs terminent l’ouvrage par un chapitre consacré aux mouvements de la honte et de la culpabilité dans les équipes soignantes, en soulignant la violence du soin psychique, les effets de sidération et d’impuissance, liés respectivement à la honte et à la culpabilité, ainsi que les risques de gel des affects ou de rétorsion. Outre une riche bibliographie, l’index contribue à faire de cet ouvrage un outil de travail remarquable.

Manuel de psychologie et psychopathologie, clinique générale

Ce manuel veut offrir une représentation clinique d’ensemble du processus, dans sa continuité et sa logique, par lequel le bébé puis l’enfant et l’adolescent construisent leur vie psychique en lien avec l’univers parental et les interrelations qui le constituent. Cette représentation théorique de l’histoire de la construction et de l’évolution de la subjectivité, de la naissance à l’âge adulte rassemble des contributions psychanalytiques d’auteurs qui articulent une théorie de l’histoire du développement à la psychopathologie et aux méthodes projectives.

René Roussillon présente la subjectivité et son histoire à partir de la notion de réalité psychique et du référentiel qu’est la métapsychologie. D’où une théorie du sens qui part de l’infantile et du sexuel et comprend l’histoire à partir des transformations et des destins de la pulsion. Les facteurs d’évolution et d’organisation de la subjectivité sont ensuite dégagés, avant une analyse du narcissisme primaire et de la manière d’en sortir (« le détruit-trouvé ») ; l’organisation anale de la pulsion est un premier palier, suivi d’une réorganisation phallique qui précède la crise œdipienne, la latence puis l’adolescence et ses crises. La reformulation du sexuel préœdipien, qui fait droit à l’insistance freudienne sur les organisations prégénitales et leur force, est sans doute une des clarifications essentielles de cette première partie.

La seconde, rédigée par Alain Ferrant et Albert Ciccone, introduit méthodologiquement à la psychopathologie avant de présenter le jeu des angoisses et des défenses. Une discussion du modèle structural de Bergeret est suivie d’une présentation des deux organisateurs que sont la position dépressive et l’Œdipe, les fonctionnements psychiques psychotiques se caractérisant par l’inaccessibilité de la position dépressive. On peut noter que ce modèle mixte articule référence freudienne et référence kleinienne sans que soit souligné le hiatus entre les deux modèles, qui sont ici présentés simplement comme les processus qui organisent pour le premier la différenciation entre soi et l’objet, le deuil de l’objet primaire et la constitution de l’objet total, pour le second l’accès à la différence des sexes et des générations. Albert CIC cône propose à partir de ce modèle des positons psychiques la psychopathologie du bébé, de l’enfant et de l’adolescent, avec une approche sémiologique et diagnostique et une approche clinique de quelques contextes paradigmatiques (autistiques, psychotiques, limites, psychosomatiques). Alain Ferrant rend compte de la psychopathologie de l’adulte à partir de quatre pôles d’organisation (névrotique, psychotique, narcissique identitaire et psychosomatique) tandis que N. Géorgie ff situe l’apport des neurosciences en psychopathologie. Enfin, dans la troisième partie, Catherine Chabert et Pascal Roman situent le recours aux méthodes projectives, conçues comme un dispositif pour symboliser, permettant le déploiement des jeux d’un psychisme mis à l’épreuve.

Caractérisé par sa clarté et sa cohérence, cet ouvrage est un outil de formation dense et accessible, au contenu très riche.