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Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions

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Antonio R. Damasio est directeur du département de neurologie de l’Université de l’Iowa et professeur à La Jolla. Il a déjà écrit l’erreur de Descartes, sa référence à la philosophie n’est donc pas nouvelle. Il souhaite démonter la “machinerie” des sentiments. Pour lui, cette machinerie démontre l’unité psychosomatique et vérifie l’intuition de Spinoza, contre celle de Descartes.

Dans une perspective très évolutionniste, darwinienne, il décrit une hiérarchisation des fonctions vitales, depuis les procédés automatiques de base jusqu’aux plus complexes, émotions d’abord (sur le théâtre du corps), puis sentiments (psychiques). La complexité étant que les niveaux supérieurs contiennent ceux d’en bas, de structure, c’est “l’emboîtement”. Il développe ensuite la notion fondamentale “d’encartage”. Certaines zones cérébrales spécialisées établissent en permanence des cartes du corps, ces cartes se recoupent pour donner un état vécu du corps réévalué constamment. L’auteur suit alors le destin d’un “stimulus émotionnellement compétent” (jamais seul puisque lié dans un réseau associatif) détecté par un appareil perceptif filtrant, à travers l’arbre des fonctions hiérarchisées, conscientes ou non, innées ou acquises, et qui va modifier les cartes et déclencher une émotion, c’est à dire une modification corporelle. Elle se transforme en sentiment quand un seuil de modifications perceptives est atteint dans les cartes corporelles.

La seule réalité consciente de notre corps, est induite par l’activité des cartes cérébrales. Mais ces cartes sont-elles fidèles ? Non, il y a des fausses cartes et toute cette partie est passionnante où interviennent les notions de “boucle quasi corporelle”, de “neurones miroirs” et de… “réactions soi-disant hystériques”.

Et Spinoza ? Il est bien là. C’est l’histoire d’une quête, dans les lieux fréquentés par le philosophe, dans l’œuvre ensuite. C’est l’histoire d’une rencontre passionnée et d’une identification. “Spinoza avait raison”, mais s’agit-il vraiment de raison ? Nous sommes, quoiqu’il en soit, rassurés que le biologiste ait besoin du philosophe. Ce livre, agréable à lire, est important par les données biologiques nouvelles qu’il vulgarise et par l’aperçu qu’il donne de la méthode de penser d’un biologiste. Il alimentera nos réflexions sur le concept limite freudien de pulsion. Il permettra de noter les nombreux points de rencontre avec le système moniste, psychosomatique, de Pierre Marty.

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