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Le tueur sur un canapé jaune : les rêves et la mémoire traumatique

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Avec « Le tueur sur le canapé jaune », titre tiré du texte d’un rêve de patient, Bernard Lempert veut mettre l’accent sur l’expression dans le rêve d’éléments traumatiques vécus. Jungien de formation, l’auteur se veut critique envers les conceptions de Freud sur le rêve, mais dans le même temps, son livre constitue une tentative pour établir des recoupements entre les théories jungienne, freudienne et lacanienne, en particulier sur ce point.

A partir des travaux de Charlotte Beradt sur les rêves des individus dans un contexte d’oppression et de persécution, Bernard Lempert cherche à spécifier dans le matériel du rêve ce qu’il en serait d’une traduction d’éléments traumatiques actuels ou bien oubliés.

Avec « rêver sous le IIIe Reich », Charlotte Beradt montre bien comment le trauma tend à court-cicuiter le travail du rêve pour reproduire comme dans une réalité vécue une nouvelle scène traumatique. On retrouve ici quelque chose de la compulsion de répétition telle qu’elle avait été repérée par Freud à propos des névroses traumatiques.

L’accent interprétatif d’après B. Lempert doit être mis sur les différents récits que l’analyste peut tirer du rêve du patient. Mais outre que la visée thérapeutique n’en paraît pas bien claire, l’on est un peu gêné face à cette conception du travail interprétatif par l’absence du laborieux travail d’articulation signifiante auquel l’analyste doit s’astreindre à partir des associations du patients. Que devient dans cette perspective le mystérieux travail du rêve, lequel transforme les matériaux bruts de l’inconscient pour en assurer la figurabilité dans le rêve ?

Les questions soulevées ici ne sont pourtant pas sans intérêt. Et l’auteur revient de manière plutôt dépassionnée et éclairante sur les liens affectifs et professionnels étroits qui ont uni Freud et Jung pendant de nombreuses années avant d’en arriver à la rupture et dont il tente de reconstituer comme un historique intelligible. Le rigorisme de la pensée freudienne souffrait mal, et de manière évidente, des modes de pensée décalés du sien. Mais en même temps à lire Lempert on perçoit bien la nécessité, pour l’avancée des théories freudiennes, de la rupture avec Jung.

On a l’impression que dans l’écart qui les oppose, il s’agit de rien de moins que de la visée du traitement analytique lui-même. B. Lempert reproche aux analystes freudiens de ne pas faire cas, suffisamment du moins, de la réalité victimologique des patients dans la large gamme des traumatismes qu’il explore. Et sans doute a-t-il raison sur ce point d’attirer notre attention sur le poids de ces éléments traumatiques dans la psyché que nous pouvons avoir tendance à minimiser au profit d’une réalité psychique interne parfois en décalage avec ce vécu.

Mais à l’inverse, à placer la relation analytique uniquement sous l’angle de la restauration narcissique et du soulagement de la culpabilité, on a l’impression que se perd en cours de route la visée première de toute psychanalyse qui reste bien au fond l’appropriation subjective par le patient non seulement de son histoire personnelle ou trans-générationelle, mais aussi et surtout de sa pulsionnalité dans tous ses avatars.

B Lempert discute les positions des principaux auteurs de la psychanalyse en les rapportant aux positions jungiennes. Il se montre lui-même en décalage et dans une certaine critique par rapport à celles-ci. Cette partie du livre est un peu inégale, parfois assez réussie concernant Ferenczi, ou bien dans un certain contre sens avec Abraham et Torok. Mais au total il apporte un éclairage inhabituel et intéressant sur la question de l’impact du traumatique et de son expression en particulier dans le matériel du rêve.

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