Société Psychanalytique de Paris

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Catherine Chabert, Maintenant, il faut se quitter

Cet ouvrage passionnant est dédié à la séparation. Celle-ci, bien qu’elle jalonne toute la vie humaine au quotidien, ne va pas de soi. En effet, la capacité de se séparer s’acquiert grâce au déploiement du complexe d’Œdipe aussi bien en aval qu’en amont. La séparation suppose la constitution préalable d’un objet interne, qui, maintenu vivant, permet l’élaboration de la perte. En l’absence d’objet interne fiable, la perte ou l’absence de l’objet représente une effraction narcissique. La douleur assure, dans un versant positif, la pérennité du sentiment de continuité d’exister car elle s’inscrit dans un espace intermédiaire où il n’est plus question de son appartenance physique ou psychique. La séparation peut être à l’origine de nombreux éprouvés : angoisse, douleur, deuil, mélancolie et disparition. Cependant, c’est le contexte sous-jacent qui donne plutôt l’une ou l’autre forme d’expression chez un individu donné.

L’auteur s’appuie sur la notion de pulsion anarchique de Nathalie Zaltzman qui a comme rôle d’effectuer un rééquilibrage entre pulsion de vie et pulsion de mort, sans les considérer comme foncièrement antagonistes. Dans ce domaine, la notion de division prend toute sa valeur pour maintenir la bigarrure de la vie humaine. C’est là que la différence de sexe joue son rôle primordial car elle différencie et sépare alors que la pulsion de mort soutient le courant haineux qui conditionne la séparation. Dans la mélancolie, il y a mélange par identification à l’objet constituant un mouvement anti-séparateur, tandis que la jalousie et la passion visent la séparation. De même, un excès de liaison peut conduire de façon délétère à la massification pulsionnelle et la dédifférenciation. Ce sont les différences qui permettent de sauvegarder la vie car seule les séparations et pertes donnent accès à l’inconnu et donc au nouveau. Tout abrasement de conflits et la tendance à l’unification entraine un processus de dédifférenciation dangereux soutenu par certains traits actuels de la culture.

Au total, un des buts de toute cure devrait être de pouvoir se séparer.

 

Rénate Eiber

Le Moi et l’Objet

Le Moi et l’Objet, Libres Cahier, 29, In Press, Paris, 2014. ISBN : 978 2 84835 279 4

Ce nouvel opus des Libres Cahiers s’organise comme à son habitude autour d’un texte freudien de référence ; deux textes en l’occurrence : les « Trois essais sur la théorie sexuelle » de 1905 et « Le moi et le ça » de 1923.

Commentant « Entre le rêve et la douleur », un texte de Pontalis (1977), Catherine Chabert assigne à « l’usage douloureux de l’objet » une fonction majeure ; un objet qui n’est pas seulement de satisfaction ou de frustration, mais aussi un objet souffrant. Cette douleur de l’objet soutient le mécanisme de l’identification. Angoisse et douleur circulent entre sujet et objet constituant un affect à la fois commun et différencié à l’origine de l’identification narcissique. La douleur psychique est ressentie dans le corps qui se mue ainsi en psyché et inversement. Il y aurait donc avec la douleur de l’objet un état hypochondriaque partagé indifférencié mais source d’une possible différenciation. Catherine Chabert ouvre là une perspective intéressante vis-à-vis du rôle structural du masochisme originaire et de la clinique qui en dépend et dont l’importance pour l’humaine psyché se concrétise aussi dans l’art et dans la religion.

Contrairement au récit épique, quelque chose échappe dans la poésie à la seule compréhension d’un double sens fantasmatique. Pour Odile Bombard, c’est la matière sonore des mots qui est le véritable matériau du poème et les échos entre les mots apportent un surcroit de sens. A l’inverse du romancier, le poète doit forger sa propre langue. L’objet du poète serait d’obtenir une langue qui « garderait tout de l’infini des perceptions et des affects » et permettrait de retrouver l’unité d’un monde d’avant l’entrée dans le langage et la perte irrémédiable dont elle s’accompagne.

Dans « Le moi et le ça » Freud étend à toute perte d’objet le mécanisme de son remplacement par une identification. Ruggero Levy raccorde à cette hypothèse les développements post kleiniens d’identification projective ou bien de l’introjection de la relation contenant/contenu selon Bion. Les processus originaires que sont le sentiment de continuité et la capacité de rêver seraient marqués de la continuité psychique ainsi éprouvée par l’infans en relation à ses objets primitifs.

Les objets sont fondés par l’investissement libidinal et, condamnés à investir, nous le sommes aussi à constituer des objets. Paul Denis distingue deux voies de l’investissement, selon qu’il passe par les zones érogènes et leurs objets partiels, ou bien par l’exercice de la motricité. Ces deux voies devant se rejoindre dans l’organisation ultérieure du sujet, Adriana Helft évoque la tension en tout objet entre sa rencontre en tant que contingente et sa construction à travers les méandres de l’histoire infantile personnelle.

La dépendance n’est pas l’addiction, qui vise non pas l’objet mais la substance à l’origine d’un possible changement d’état. Edouardo Vera Campo rappelle que le principe de plaisir est placé d’emblée sous le signe de l’excès tandis que laissé à lui-même, il tend vers la mort. A la différence du plaisir, l’excès n’a pas la satiété pour modèle, mais la décharge qui est sans mesure, sans médiation psychique, sans représentation de l’objet. L’addiction répond à un idéal d’indépendance narcissique ; indépendance à l’égard du monde extérieur dira Freud.

L’identification à l’orée de la vie psychique procède essentiellement, pour Sylvie Regnier, de la présence de l’objet et non des mécanismes dérivant de l’absence ou du deuil. Car l’identification ne traite pas l’objet comme une personne, fut-elle interne ou externe, mais procède par prélèvements inconscients de détails, « par emprunts à l’objet ». Laurence Apfelbaum confronte ici théories kleiniennes et intersubjectivistes.

L’objet originaire désigne selon Jean Claude Rolland d’une harmonie édenique. Il offre un contenant aux tempêtes de l’âme que sont les angoisses primitives. Fait d’une « nébuleuse » de souvenirs, d’évocations inconscients et donc « démis de leur formes », il prend une valeur nostalgique et déceptive. Les objets ultérieurs garderont cependant la trace des particularités de cette objet-utopie. Comme l’anagramme d’un nom décomposé, recomposé en ses parties évoque musicalement, rythmiquement, la mémoire de ce qui est absent, il faut à l’objet nouveau certains traits semblables au premier. Et c’est encore la douleur qui permet de conserver la trace de l’absence. Douleur qui est une déclinaison de la passion de même que la douleur morale est le produit d’une conversion de la passion amoureuse.

08.12.2014

La destructivité chez l’enfant – Octobre 2014

La destructivité chez l'enfant

En deça des mots, Libres cahiers pour la psychanalyse

Ce numéro des “Libres cahiers”d’une grande diversité de contributions, explore les voies par lesquelles langage et parole viennent au psychisme.

Dans le titre, l’expression “en deçà” (des mots) fait penser à “au-delà” (du principe de plaisir), donc à la deuxième topique freudienne.

La deuxième topique nous permet de poser un nouveau regard sur les deux textes de la première topique dont est inspiré explicitement ce numéro des “Libres Cahiers”:

– Sigmund Freud (1917), Leçons d’introduction à la psychanalyse, OCF/P, XIV, Puf (“Les opérations manquées” et “Le rêve”); SE, XVI; GW, XI.

– Sigmund Freud (1910), “Du sens opposé des mots originaires”, OCF/P, X, Puf; SE,XI; GW,VIII.

Mais ce “Libre Cahier”, faut-il le lire à l’endroit ou à l’envers?

Commençant par le début de la revue psychanalytique, on découvre l’extraordinaire richesse des différents articles écrits par des psychanalystes, mais aussi, ce qui est plus surprenant, par des personnes venant d’autres disciplines: Annie Mavrakis, Docteur en esthétique et essayiste, par Catherine Goffaux-H., bibliothécaire et correctrice et par Mireille Gansel, écrivain et traductrice.

Dans ce sens de lecture, l’ensemble des articles nous offre une promenade libre et variée dans le paysage des réflexions sur le langage et la parole.

Cette promenade fait penser aux “Leçons d”introduction à la psychanalyse” s’adressant à un public non spécialisé. Elle nous rappelle que la psychanalyse est bâtie sur les expériences de tout un chacun, qu’elle est une affaire clinique.

Commençant par la fin du “Cahier”, le lecteur s’aperçoit de la cohérence du choix des articles. On retrouve le questionnement de la psychanalyse contemporaine confrontée aux patients “en deçà” de la névrose.

Dans l’article de 1910 “Le sens opposé des mots originaires”, Freud s’est intéressé à un texte de Karl Abel. Certaines des réflexions d’Abel n’ont pas été confirmées ultérieurement par la philologie. Pourtant la pensée de Freud est toujours d’actualité car Freud s’intéresse au son et au sens de la parole et ceci pour mieux comprendre le langage du rêve.

 

C’est l’étude du travail du rêve et de son langage et la deuxième topique freudienne qui nous donnent un accès au fonctionnement psychique de l”‘en deçà des mots”.

La deuxième topique donnera une nouvelle cohérence métapsychologique à ces deux textes appartenant à la première.

 

La sexualité féminine – Mai 2013

La sexualité feminine

L’amour de la différence

Dans Le Féminin mélancolique, Catherine Chabert s’est intéressée « aux excès narcissiques de la mélancolie » et à leur logique d’effacement comme tentative d’annulation de la différence moi/autre et de la différence des sexes.

L’originalité des textes réunis dans L’amour de la différence est d’insister sur les « mouvements sexuels qui ordonnent ces configurations », sur les effets de la bisexualité et de la logique « de la différence qui soutient et affirme l’existence et la reconnaissance d’objets internes pris dans les réseaux de la sexualité, quels qu’en soient les registres » et dont on retrouve les traces au fondement, dans la dynamique et l’intimité la plus absolue de toute psyché.

C’est ainsi qu’au cours de la rencontre analytique, « une intimité extrême y côtoie une étrangèreté radicale ». Entre la nécessité de penser secrètement et l’exigence de la méthode analytique de tout dire, se déploie une histoire singulière, créée par le patient et l’analyste, qui constitue ce que Catherine Chabert propose d’appeler « le noyau de l’intime » qu’il est difficile de transmettre sans crainte de trahison.

La fiction peut permettre d’approcher l’expérience au sens de ce qui s’éprouve. Et c’est à partir de l’analyse psychanalytique de textes littéraires et de vignettes cliniques que Catherine Chabert montre de façon éclairante les effets dus aux déclinaisons de la psychosexualité qu’impliquent les problématiques de perte.

Elle propose une réflexion sur le sens de l’attente « entre-deux » ou « entre-eux-deux », de l’attente entre crainte et espoir, sur les effets délétères d’une culpabilité inconsciente que l’on rencontre dans la mélancolie et certaines formes graves de masochisme moral, sur la virulence d’un surmoi au féminin, sur la perception, en-deçà des mots, d’affects pris dans le corps du transfert, sur la signification métapsychologique du mépris -une notion qui n’est pas analytique-, qui peut constituer une méprise lorsqu’il revient sur le moi assailli par l’ombre de l’objet, sur les notions de triomphes narcissique et maniaque …

La haine de la différence, la jalousie ne trouveraient-elles pas leurs sources dans les traces laissées par des identifications sexuelles effectives ?

Catherine Chabert analyse les pièges que peuvent tendre le narcissisme et la mélancolie vers l’accès à la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Et elle pose la question : n’existe-t-il pas une part de mélancolie dans toute cure ?

Manuel de psychologie et psychopathologie, clinique générale

Ce manuel veut offrir une représentation clinique d’ensemble du processus, dans sa continuité et sa logique, par lequel le bébé puis l’enfant et l’adolescent construisent leur vie psychique en lien avec l’univers parental et les interrelations qui le constituent. Cette représentation théorique de l’histoire de la construction et de l’évolution de la subjectivité, de la naissance à l’âge adulte rassemble des contributions psychanalytiques d’auteurs qui articulent une théorie de l’histoire du développement à la psychopathologie et aux méthodes projectives.

René Roussillon présente la subjectivité et son histoire à partir de la notion de réalité psychique et du référentiel qu’est la métapsychologie. D’où une théorie du sens qui part de l’infantile et du sexuel et comprend l’histoire à partir des transformations et des destins de la pulsion. Les facteurs d’évolution et d’organisation de la subjectivité sont ensuite dégagés, avant une analyse du narcissisme primaire et de la manière d’en sortir (« le détruit-trouvé ») ; l’organisation anale de la pulsion est un premier palier, suivi d’une réorganisation phallique qui précède la crise œdipienne, la latence puis l’adolescence et ses crises. La reformulation du sexuel préœdipien, qui fait droit à l’insistance freudienne sur les organisations prégénitales et leur force, est sans doute une des clarifications essentielles de cette première partie.

La seconde, rédigée par Alain Ferrant et Albert Ciccone, introduit méthodologiquement à la psychopathologie avant de présenter le jeu des angoisses et des défenses. Une discussion du modèle structural de Bergeret est suivie d’une présentation des deux organisateurs que sont la position dépressive et l’Œdipe, les fonctionnements psychiques psychotiques se caractérisant par l’inaccessibilité de la position dépressive. On peut noter que ce modèle mixte articule référence freudienne et référence kleinienne sans que soit souligné le hiatus entre les deux modèles, qui sont ici présentés simplement comme les processus qui organisent pour le premier la différenciation entre soi et l’objet, le deuil de l’objet primaire et la constitution de l’objet total, pour le second l’accès à la différence des sexes et des générations. Albert CIC cône propose à partir de ce modèle des positons psychiques la psychopathologie du bébé, de l’enfant et de l’adolescent, avec une approche sémiologique et diagnostique et une approche clinique de quelques contextes paradigmatiques (autistiques, psychotiques, limites, psychosomatiques). Alain Ferrant rend compte de la psychopathologie de l’adulte à partir de quatre pôles d’organisation (névrotique, psychotique, narcissique identitaire et psychosomatique) tandis que N. Géorgie ff situe l’apport des neurosciences en psychopathologie. Enfin, dans la troisième partie, Catherine Chabert et Pascal Roman situent le recours aux méthodes projectives, conçues comme un dispositif pour symboliser, permettant le déploiement des jeux d’un psychisme mis à l’épreuve.

Caractérisé par sa clarté et sa cohérence, cet ouvrage est un outil de formation dense et accessible, au contenu très riche.

Psychanalyse des limites

Dans cet ouvrage Catherine Chabert nous propose de la suivre dans un choix de textes de l’œuvre de Didier Anzieu. Ceux-ci se situent entre 1974 et 1999. Dans son avant propos, elle souligne d’une part « l’appartenance de la pensée de D. Anzieu à la seconde moitié du Xxe siècle et à la manière dont celle-ci a été traversée par la psychanalyse ». Il s’agit pour elle d’un chercheur, d’une intense curiosité pour ce qui est nouveau, qui remet en cause les données acquises. La nature de la souffrance des patients manquant de limites a amené, dit-elle d’autre part, D. Anzieu à renouveler certaines données métapsychologiques, qu’elle résume ainsi :

« Il faut compléter la perspective topique sur l’appareil psychique par une perspective plus strictement topographique, c’est-à-dire en rapport avec l’organisation spatiale du moi corporel et du moi psychique.

Compléter l’étude des fantasmes relatifs aux contenus psychiques par celle des fantasmes concernant les contenants psychiques.

Compléter la compréhension du stade oral comme reposant sur l’activité de succion par la prise en considération du contact corps à corps bébé / mère.

Compléter le double interdit oedipien par un double interdit du toucher qui en serait le précurseur.

Compléter le setting psychanalytique classique par des aménagements éventuels, et par la prise en compte de la disposition du corps du patient et de sa représentation de l’espace analytique au sein du dispositif. »

C. Chabert a fait le choix de présenter des textes de manière chronologique et montre par ceux-ci une pensée en mouvement chez l’auteur. Ces textes ont tous trait à la psychanalyse des limites, dans les perspectives évoquées ci-dessus. Dans son introduction, C. Chabert reprend des extraits de son livre (paru aux PUF en 1997, et qu’elle a remis à jour) qui constituent pour elle les repères indispensables pour suivre la pensée de D. Anzieu. Elle en présente quatre : « Le concept de vide chez Pascal, le transfert paradoxal, l’analyse transitionnelle et le double interdit du toucher. »

On retrouvera ces textes dans le corps de l’ouvrage, ainsi que beaucoup d’autres, comme celui princeps de 1974 : « La peau, du plaisir à la pensée » ou bien encore, « L’enveloppe sonore du soi » de 1976 qui poursuit le travail du précèdent dans sa recherche sur l’étayage du narcissisme et du masochisme sur les fonctions de la peau, et qui lui a permis de formuler l’hypothèse d’un « moi-peau ». Il y évoque l’histoire de Marsyas, celui à qui on a arraché la peau. Ou bien « Le corps de la pulsion » de 1985 où après un large tour d’horizon sur la pulsion Anzieu s’interroge sur ce que le langage nous dit de la pulsion. Il aborde la question du double interdit du toucher préalable à l’interdit oedipien qui concerne indifféremment les deux pulsions fondamentales : l’agressivité et la sexualité. Il conclut que « la pulsion est inséparable de ses corrélats, l’interdit et l’enveloppe psychique avec lesquels elle interagit, et qui a pour finalité de mettre l’appareil psychique en état et en demeure de se différencier, de s’auto-stimuler et de s’auto-organiser ». On ne peut évoquer tous les chapitres, toutefois on peut signaler le dernier, qui concerne une analyse originale du mythe d’Œdipe. Didier Anzieu fait une large part au destin tragique de cet enfant non désiré et maltraité qui luttera contre les séquelles de l’angoisse traumatique par l’accomplissement du parricide et de l’inceste.

Sur la théorie de la séduction

Ce livre est une somme de réflexions autour de la théorie de la séduction et de l’“abandon” de la neurotica de Freud.

La thèse d’Ilse Grubich-Simitis qui a traduit Vue d’ensemble des névroses de transfert (1915), une “fantaisie phylogénétique”, est qu’après avoir substitué, à partir de 1896, au modèle traumatique le modèle de la pulsion comme facteur étiologique des névroses, Freud, ultérieurement, complexifie le modèle de la pulsion, en y intégrant le facteur traumatique.

Christophe Dejours propose une introduction, “ Pour une théorie psychanalytique de la différence des sexes ”, à l’article de Jean Laplanche. De façon synthétique et très éclairante, il explique quelques concepts clés que ce dernier développe dans l’ensemble de son œuvre.

Jean Laplanche introduit le concept de genre en psychanalyse afin de préciser la signification de la différence des sexes dans la théorie sexuelle. “Le genre précède le sexe. . . il est organisé par lui”.. Le genre, non sexuel, résulte de messages énigmatiques d’assignation qui sont compromis par l’inconscient, le “ sexual ” (la sexualité infantile) des parents et les messages doivent être traduits, symbolisés par l’enfant ; c’est une exigence de travail qui lui est imposé, les résidus non traduits participent à la constitution de l’inconscient de l’enfant. Cette perspective change le vecteur de l’identification qui devient alors “ identification par le socius de la préhistoire personnelle ”.

Jean Schimek montre l’existence d’une continuité entre les aspects majeurs de la pensée freudienne avant et après l’“abandon” de la théorie de la séduction ; l’événement infantile précoce ne devient traumatique que si son souvenir inconscient trouve un effet d’après-coup à la puberté, ce qui souligne l’importance, dès 1896, du rôle des transformations psychiques internes ainsi que le rôle des “ conceptions ” de Freud dans l’interprétation et la reconstruction du traumatisme originaire à partir de “ répétitions ” indirectes et déguisées qui ont pu s’exprimer sous l’influence du facteur transférentiel. Les germes conduisant à la découverte du fantasme et de la réalité psychique ont donc toujours été présents, leur mise en évidence ne constitue pas une rupture radicale avec la neurotica.

Le noyau essentiel du fonctionnement psychique, selon André Green, réside dans la relation conflictuelle qu’entretiennent deux systèmes, chacun ayant son mode d’organisation et de désorganisation, celui du langage et celui, appelé “visionnaire” par Jean-Claude Rolland, ou “hallucinatoire”, rattaché à la pulsion, à moins qu’il ne faille penser qu’existerait un troisième système. Jean-Claude Rolland propose d’introduire comme troisième système, le principe de plaisir, André Green propose, en lien avec le concept de “ ré-entrée ” d’Edelman, de complexifier la conception du refoulement, compte-tenu de la possibilité de multiples connexions nouvelles, lors d’un nouveau refoulement. Celui-ci interroge la part de non-dit qui ne relève pas de la censure, inhérente à la sexualité.