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La pensée. Approche Psychanalytique – septembre 2015

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La pensée. Approche Psychanalytique – septembre 2015



La pensée - Approche psychanalytique - PUF

Sous la direction de
Félicie Nayrou, Michèle Emmanuelli
Auteurs
Alain Gibeault, Bernard Chervet, Bernard Golse, Claude Smadja, Cléopâtre Athanassiou-Popesco, Félicie Nayrou, François Richard, Jean-Louis Baldacci, Marilia Ainsenstein, Michèle Emmanuelli
Résumé

Comment penser la pensée ?

Freud n’a pas élaboré de théorie générale sur la pensée et pourtant ce concept court tout au long de son œuvre. Ses travaux comme ceux de ses successeurs se réfèrent à cette question en la rapportant explicitement ou implicitement à tous les mouvements psychiques.

L’ouvrage reprend les aspects essentiels de la théorie analytique sur la pensée et sur les processus à l’œuvre, à partir des approches théorico-cliniques majeures. Cette réflexion qui ne vise pas l’unification des conceptions, ouvre un large champ qui éclaire la complexité de la thématique – la pensée ne se pense pas d’un seul bloc !

Ces travaux portent tant sur la genèse de la pensée – à partir de son ancrage dans le corps et de sa dynamique tout à la fois liée au pulsionnel et prise dans la quête de l’objet – que sur son cadre, sur ses formes et sur ses destins. La question de l’origine des troubles du penser est posée par rapport au continuum processus normal/processus pathologique, ce qui marque la place importante de l’expérience de la cure dans cette réflexion. C’est dans cette logique que se trouve questionnée l’articulation de la pensée avec le langage, la symbolisation et la sublimation. 

Sommaire

Michèle Emmanuelli et Félicie Nayrou
Les processus de pensée

 

Bernard Chervet
Penser la pensée humaine avec Freud

 

Marilia Aisenstein
Psychisation du corps, Incarnation de la pensée

 

Cléopâtre Athanassiou-Popesco
Le rôle de l’objet dans la constitution de la pensée chez W. R. Bion

 

Bernard Golse
Sensorialité, enveloppes et signifiants primordiaux

 

Michèle Emmanuelli
Dynamique de la pensée à l’adolescence

 

Claude Smadja
L’apport de la théorie psychosomatique au processus de pensée

 

François Richard
La pensée du psychanalyste dans la cure : le travail avec les états limites

 

Alain Gibeault
Symbolisation et psychose, Réflexions sur penser, délirer et rêver

 

Jean-Louis Baldacci
Sublimation et processus de pensée

 

Article historique

W. R. Bion
Attaques contre la liaison
Michèle Emmanuelli

Bibliographie Générale


L’envie. Essai psychanalytique illustré par une étude de l’Othello de Shakespeare

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Trois lignes directrices sous-tendent le concept d’envie : le jugement sur des différences qui suscitent des inégalités sur fond d’égalité ; la valeur dont certains sont dotés tandis que d’autres en manquent ; et enfin la puissance de ceux qui possèdent ce dont les autres sont dépourvus. L’auteur développe avec maîtrise un traité psychanalytique sur la notion d’envie qui revisite toute l’histoire de la psychanalyse.

Chez Freud, l’envie est essentiellement l’envie du pénis chez la fille, qui prend le sens d’un désir de possession de l’objet convoité. Elle se fonde sur la perception d’un manque ; mais en gardant le lien du langage commun entre envie et convoitise, Freud l’associe au désir et la considère de façon moins négative que Mélanie Klein. Néanmoins, l’envie reste dans la logique d’éléments séparés, possédés ou manquants, à la différence de la construction du psychisme qui conçoit les liens, vécus dans le corps : le rapport de la bouche au mamelon préfigure le rapport entre pénis et vagin. Dans un monde où les rapports n’existent pas, les liens de dépendance sont faussés et ne fonctionnent qu’à sens unique : de celui qui n’a rien à celui qui a tout. L’envie pousse à une identification à l’objet ou à sa consommation et peut nourrir la jalousie qu’elle rend inélaborable.

Karl Abraham a permis à Mélanie Klein de donner à l’envie une force qui en fait la puissance la plus nocive qui habite la psyché. Il met l’envie en évidence à partir des patients qui se défendent de recevoir la parole de l’analyste. Typique de la phase sadique-anale de la libido, l’envie conjugue hostilité pour le privilégié et impulsion à lui arracher ce qu’il possède.

Chez Mélanie Klein, la puissance de destruction envieuse participe de la pulsion de mort et vise à détruire le bon objet, et même Eros lui-même qui engendre la vie et les processus de liaison. L’avidité a une origine envieuse, car elle n’en finit pas d’introjecter le bon objet tandis que l’envie s’évertue à supprimer ses qualités. La jalousie est elle aussi nourrie du feu de l’envie parce que l’objet dissimule un tiers interne, inconnu, vécu comme inaccessible de manière intolérable. Rosenfeld prolonge ces analyses, en insistant sur le vécu d’omnipotence du narcissisme infantile. Pour Bion, le patient qui se veut indépendant attribue toute imperfection à des forces hostiles envieuses. La revue des auteurs élaborant la notion d’envie se poursuit avec Marie Langer, W. G. Joffe, Ph. Spielman, H. Racker et quelques autres.

Cléopâtre Athanassiou, en commentant pas à pas en deuxième partie l’Othello de Shakespeare et en étudiant notamment le personnage de Iago, y montre l’incarnation même de l’envie qui manifeste aussi comment la partie envieuse vise à l’autodestruction de toute la personnalité.


L’affect

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Comment penser les destins de l’affect – terme qui est un germanisme, attesté en français seulement depuis 1951–, ses transformations, ses complexifications ? André Green (dont Dominique Cupa présente les élaborations sur l’affect, qui ont fondé sa prise de distance avec la pensée lacanienne) proposait de nommer de considérer l’» affect » comme un terme catégoriel regroupant tous les aspects subjectifs de la vie émotionnelle, suivant ainsi Freud qui n’a pu se limiter à une définition strictement économique de l’affect.

C’est Claude Le Guen qui nous propose ici de suivre la pensée freudienne des affects à l’angoisse, en une étude fouillée qui en construit la définition et montre les étapes de son élaboration, notamment en 1915 (où sont mis en évidence les destins différents de l’affect et de la représentation) et en 1923 ; l’élaboration en 1926 d’une véritable théorie de l’angoisse, qui fait de la perte de l’objet la condition déterminante de l’angoisse, sans remanier sa compréhension des affects, les situe plus précisément. L’affect s’impose à Freud comme une manifestation première de la pulsion, dès le début de l’œuvre et les apports déterminants de 1926 et de 1932 (Nouvelles conférences) consistent surtout à conceptualiser ce qui n’était encore que décrit. Réaction à une perte, l’angoisse, inadéquate certes, est inévitable et nécessaire, dans sa double origine, conséquence directe du facteur traumatique ou signal qu’il y a menace de réapparition du facteur traumatique.

La place de l’affect dans les théorisations de Mélanie Klein, de Wilfred Bion et de Winnicott, est présentée par Cléopâtre Athanassiou, particulièrement attentive aux liens entre la place reconnue à l’affect et le rôle conféré à l’objet dans la construction du moi. Chez M. Klein, le développement du moi est lié à l’attitude qu’il prend par rapport à la souffrance psychique, évacuée ou supportée ; la supporter, c’est s’engager dans la voie de la position dépressive, du don et de la créativité. Bion place l’affect et les processus de liaison au premier plan, et poursuit ainsi l’œuvre de M. Klein, en insistant dans sa théorie de l’émotion sur la construction des liens, ce qui caractérise aussi la théorie de la pensée, où tout est lien. La monographie comporte également un intéressant texte d’Hélène Deutsch sur la clinique de l’absence de douleur lors d’un deuil, particulièrement explicite dans le repérage des déplacements de l’affect.

La pensée freudienne contient en germe les deux tendances théoriques qui tendront à concevoir l’affect soit comme une décharge, soit comme un processus à fonction de signal, lié au moi. René Roussillon, dans cette seconde ligne, s’attache ainsi à déployer la « fonction symbolisante de l’affect ». L’ancrage corporel de l’affect est un repère essentiel et Claude Smadja montre la place de l’affect dans l’économie psychosomatique, tandis qu’André Ciavaldini, à partir de la clinique des auteurs de violences sexuelles, argumente une thèse intéressante et forte qui considère le recours à l’agir comme l’effet d’un affect inachevé.

Ces études denses et précises permettent des clarifications précieuses, et fournissent un instrument de travail et de réflexion remarquable.

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