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L’affaire Romand : le narcissisme criminel. Approche psychologique

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On se souvient de Jean-Claude Romand, qui put vivre dix-huit ans en faisant croire à tous, y compris sa famille, qu’il était médecin ; en 1993, en passe d’être démasqué, du fait des escroqueries qui lui avaient permis de survivre en faisant semblant d’aller chaque jour travailler à l’OMS, il a tué sa femme, ses deux enfants et ses parents, et a ensuite tenté de mettre fin à ses jours. Emmanuel Carrère, entré en relation avec lui pendant sa détention, en fit un récit puissant, L’Adversaire (1999), repris en un film à succès.

Le dossier que nous présentent Denis Toutenu et Daniel Settelen est de première main : ils ont formé le troisième et dernier collège d’experts psychiatres, nommé en 1995. Etude du dossier et rencontres avec Jean-Claude Romand ont occupé les trois mois dont ils ont disposé pour cette tâche.

La première partie du livre expose le déroulement des faits, avent de donner place à ce que Jean-Claude Romand dit de lui-même. Dans l’ensemble il se positionne en victime : il n’est pas quelqu’un qui a commis des crimes atroces, mais quelqu’un à qui il est arrivé des choses effroyables. Parlant des faits et de lui-même avec un grand détachement affectif, il se veut souvent plus professionnel et plus expert que les experts.

Reconstruisant une intelligibilité, les conclusions des auteurs dans leur expertise font percevoir les moments de faille de cette pathologie narcissique et la distorsion subjective qu’elle entraîne. Apparaissent avec netteté, les ruptures de l’illusion de toute-puissance qu’ont représentés l’entrée en prépa au lycée du Parc à Lyon, puis l’échec à affronter les situations d’examen ainsi que le système défensif mis en place par J.-C. Romand et les ambiguïtés de son mariage. Le clivage d’une vie “comme si” et la non-différenciation d’avec ses proches, où femme et enfants sont vécus comme des prolongements de soi-même, sont soulignés par les commentaires des auteurs.

Le livre s’achève par une note très nuancée sur le livre d’Emmanuel Carrère et par une appréciation du documentaire télévisuel “le roman d’un menteur” (1999) de Gilles Cayatte et Catherine Erhrel.

La précision rigoureuse, le ton contenu et l’attitude réservée des auteurs, qui laisse cependant percevoir l’intensité des affects éveillés par un tel travail, donnent une très grande force à ce document théorico-clinique qui mérite une place importante dans notre réflexion sur les pathologies narcissiques.

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