Société Psychanalytique de Paris

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La sexualité masculine – Mars 2015

La sexualité masculine

Les idéaux fondamentaux. Des fondations inéluctables mais explosives

Gérard Bonnet se propose ici d’étudier l’origine, la signification, et ce à quoi correspondent ce qu’il appelle les idéaux fondamentaux :la beauté, la tendresse, l’idéalisation de la vérité, la fidélité, la vie humaine. Il rappelle que Freud considère que le plaisir apporté par l’idéal est d’ordre sexuel, et qu’il en fait même un objet sexuel au sens propre du terme. L’idéalisation est le fruit d’une expérience inconsciente très précoce, source d’un plaisir intense, et elle est de l’ordre de l’affect. A double tranchant, elle peut entrainer l’amour ou la haine des idéaux, l’un et l’autre procurant inconsciemment du plaisir. A l’adolescence, l’enfant est confronté à une poussée à l’idéalisation très intense ; c’est « une exigence absolue » (J Kristeva) qui lui permets de s’arracher à ses parents et de rencontrer l’être idéal, mais qui peut s’inverser dans son contraire : la violence destructrice. Pour Gérard Bonnet, l’idéalisation est possible si à l’occasion d’une rencontre, d’un évènement, d »une expérience, il y a éveil d’une attente refoulée et impensable. Le sujet retrouve dans le réel des équivalents de l’affect d’amour perdu .L’adolescent peut vivre à travers les idéaux la réalisation d’un fantasme de ré engendrement incestueux : retourner dans le sein maternel et se ré enfanter comme un être nouveau et merveilleux, animé et guidé par les idéaux que la mère a incarnés.

D’où la proposition de considérer l’idéalisation comme une troisième forme de sexualité manifeste au même titre que la sexualité génitale et la sexualité prégénitale. C’est la sexualité idéale ou passionnelle : elle est fondée sur une poussée constante, représentée par le surmoi ou l’idéal du moi ; elle a une base spécifique représentée par le moi idéalisant ; elle a pour but des jouissances au moins aussi variées que la sexualité pulsionnelle et pour objets des objets idéaux qui dans l’inconscient sont des objets sexuels. Cette sexualité transcende et dirige les autres formes de sexualité.

Symptôme et conversion

Gérard Bonnet, psychanalyste de l’Association psychanalytique de France, propose dans ce livre une autre voie pour analyser le symptôme en élargissant la notion de conversion définie par Freud dans les Études sur l’hystérie. Pour l’auteur, la conversion serait une qualité intrinsèque au symptôme, à constamment restaurer.

La conversion est un processus en attente qui se rejoue aux différents moments de la vie et permet des remaniements psychiques dynamiques. C’est un sujet très important aujourd’hui car, plutôt que d’éradiquer le symptôme par des médicaments ou autres méthodes comportementalistes, il s’agit plutôt, tout en en limitant les manifestations les plus bruyantes, de suivre son évolution. Le plus grand risque qui menace le patient, c’est la fixation, la rigidification, et G. Bonnet insiste sur la nécessité de respecter le symptôme et de le rendre convertible.

Il n’est pas question ici de guérison mais de processualité évolutive.

Aiguillon pour la recherche psychanalytique, pour Freud et pour nous aujourd’hui, le symptôme possède cette fonction dans la vie psychique tout entière. Tel est l’enjeu du livre que de montrer ce rôle fondateur du symptôme.

G. Bonnet commence cette étude du symptôme et de sa conversion en confrontant point par point un cas clinique (Claire) et une œuvre littéraire (un roman de Claude Louis-Combet). Il poursuit en reprenant deux cas célèbres qui ont suscité une œuvre, l’un indirectement — il s’agit de l’article de Freud sur un cas de névrose démoniaque —, l’autre directement — la conversion de Paul sur le chemin de Damas, telle qu’elle a été transmise par la tradition.

À travers ce cheminement, G. Bonnet met en lumière les fonctions essentielles du symptôme : réparateur, transformateur, séducteur, révélateur, aiguillon.