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Freud avec les écrivains

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Freud avec les écrivains, Paris, Gallimard, 2012, ISBN 978-2-07-013165-5, 400p.

Le lecteur germanophone est charmé du style littéraire des écrits psychanalytiques de Freud, cependant différent de celui  des travaux neurologiques. Les auteurs montrent le double don de Freud : à la fois chercheur et poète. Ce don s’est manifesté très tôt dans sa vie : il a été premier dans la quasi-totalité des classes du lycée et a eu mention « excellente » à la dissertation en allemand au baccalauréat.

Freud aimait beaucoup la littérature. Sa bibliothèque comprenait deux mille livres de tous horizons. Certains auteurs de la grande littérature l’ont plus particulièrement influencé, mais il s’est toujours refusé de confondre la littérature et la psychanalyse. Il savait ce qu’il devait à la littérature. Freud s’est servi de l’écriture romanesque comme instrument de description, surtout des rêves, établissant ainsi un lien entre psychanalyse et langage.

Les auteurs mettent, à juste titre, l’accent sur la difficulté de la traduction du mot « Dichtung » (poésie). C’est elle qui caractérise l’élaboration psychique.

Les auteurs mettent en exergue les écrivains qui ont influencé l’œuvre de Freud et pas seulement ceux qu’il a lu, car Freud a été depuis sa jeunesse un lecteur passionné. Ainsi, Shakespeare a largement imprégné Freud, mais ce dernier puise surtout dans Goethe la source de ses concepts. Schiller a enrichi le mot « Trieb » (pulsion). Heine, apparenté à la famille de sa femme, l’a inspiré pour le mot d’esprit. Jensen a suscité avec Gradiva son intérêt pour l’archéologie. En Schnitzler, Freud a vu un double à éviter car le double provoque l ’inquiétante étrangeté dont Hoffmann lui a permis la conceptualisation. Bien que Freud ait apprécié l’œuvre de Dostoïevski, il n’a pas saisi le psychologue en lui, selon les auteurs. Entre Rolland, S. Zweig et Freud existait une admiration réciproque de leurs écrits. Par rapport à Mann, c’est d’abord Freud qui l’a influencé. Mann avait d’ailleurs, au départ, des grandes résistances envers la psychanalyse.

Au total, ce livre, très agréable à lire, nous fournit des éléments extrêmement intéressants des rapports entre Freud et les écrivains.

 

05.12.2014

 

 


Le songe de Monomotapa

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Tout autre est l’ouvrage de J.-B.Pontalis, dont le projet dit-il, était d’écrire un éloge de l’amitié et qui se refuse à croire que l’ami véritable de la fable de La Fontaine n’est qu’un songe.

L’amitié chez Pontalis est celle vécue dans la proximité des rencontres, des partages et des échanges. Elle se vit sur un mode adolescent où le meilleur ami, comme au lycée, est celui « qu’on raccompagne chez lui et qui vous raccompagne à son tour ».

Pour traiter de l’amitié, Pontalis construit son livre autour de très courts chapitres, livrant souvenirs, pensées, références avec une légèreté qui convient parfaitement au thème. Dans le deuxième chapitre, intitulé « Aperçus », il précise avec finesse, ce qui pourrait caractériser l’amitié, et de quelle manière elle se distingue de l’amour en ce qu’« elle se disjoint de la sexualité ».

Pas de climat passionnel, de ruptures bruyantes et dramatiques, avec lui les amis semblent s’effacer un jour, sans qu’il ne puisse très bien se souvenir depuis combien de temps ni pourquoi.

Hormis par la mort, comme dans le dernier chapitre, où la disparition de l’ami le conduit à errer au Père Lachaise, convoquant ses souvenirs en des pages émouvantes mais où l’évocation s’achève dans un profond refus de la mort, vers une promesse de rencontre toujours possible.

J.-B. Pontalis n’attend pas tout de l’ami. Il le veut à la fois autre, un alter ego, différent mais pas trop, qui l’ouvre à d’autres mondes et dont le regard porté sur lui l’enrichisse d’une nouvelle perception de lui-même.

Bref, l’amitié lui fait du bien et on est enclin à suivre son conseil : « Si j’étais à la place d’une femme, je me méfierais d’un homme qui n’a pas d’amis ».


Passé présent : Dialoguer avec J.-B. Pontalis

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… « Notre histoire, notre temps est discontinu et nous aimerions en assurer la continuité qui serait aussi celle de notre identité. » Six auteurs en quête de J-B Pontalis l’écrivain et le psychanalyste, le temps d’un dialogue en mai 2006 à L’hôpital Ste Anne……

Pour J. André les écrits de J.-B. Pontalis sont des mots de psychanalyste et d’écrivain. L’inachèvement pourrait qualifier son œuvre, mais ce terme déplait à J.-B. Pontalis car il clôt ce qu’il souhaite garder ouvert. Son œuvre pour ne pas être unitaire ne manque pas d’unité dit-il encore. Toute œuvre est inachevée dira Pontalis, en insistant sur la notion de mouvement qui vise à répondre à l’immobilité de la mort. Pour Pontalis pas de « Processus » mais une « Traversée », terme repris à C. Chabert. La question de la mélancolie parcourt son œuvre… Mais s’agit-il de mélancolie ou de nostalgie ?

Le rêve occupe une place importante dans les écrits de Pontalis nous dit F. Coblence, elle évoque la « Pensée rêvante », une pensée « Proche du rêver » mais ce n’est pas un modèle, tout au plus une source parmi d’autres, répond Pontalis. Source dont il espère qu’elle étendra le champ de nos perceptions et rendra nos « Pensées du jour plus aventureuses ». Le rêve est extrêmement intelligent et fait de nous des visionnaires c’est pour cela que Pontalis l’aime tant. « Le rêve est une pensée qui ne sait pas qu’elle pense » !

Chacune des propositions des auteurs, commentant ses écrits, recueille un commentaire de Pontalis, ce qui rend cet ouvrage, au ton très amical, extrêmement vivant.

J. Melhman, lui, s’attache à rendre compte des travaux de Pontalis, mais celui-ci dans sa réponse lui fait remarquer qu’il semble vouloir interpréter son inconscient ce qui lui paraît ne pas être le sujet du colloque !! Il le contredit aussi sur les commentaires qu’il fait de l’œuvre de Wolfson : « Le schizo et les langues ». Dans cette réponse on perçoit l’agacement de Pontalis qu’il traduit avec humour et élégance.

« Savoureux », l’exposé de P. Miller plaît à Pontalis ! L’évocation de leur rencontre lors d’un déjeuner d’un congrès et l’allusion au film Bagdad café séduit J.-B. Pontalis. Il veut en rester aux saveurs et non partir vers le savoir… Il se montre « gourmand » des saveurs du monde, mais on peut repousser le savoir quand on en sait déjà beaucoup…..Lui répond-t-on.

Incarné, J.-B. Pontalis montre qu’il l’est. Le sensoriel est toujours présent chez Pontalis nous indique J. P. Dubois qui pose la question de savoir comment l’esprit vient à la chair. Il s’est dépris de la philosophie, mais retrouve à travers l’objet de pensée à partager une continuité entre philosophie et psychanalyse.

Avec Hélène Parat on aborde la question de « l’écho » entre Merleau Ponty et Pontalis et plus généralement de l’entre-deux qui « irrigue » ses livres. Sa pensée, dit-elle, est celle de l’écart, d’une tension maintenue où l’inconscient est invité à laisser sa marque.

Tout un passage sur l’introduction de Winnicott en France par J.-B. Pontalis nous montre H. Parat, en analyste, cheminant d’une pensée à l’autre. J.-B. Pontalis lui répond, en précisant que durant cette journée ont été cernées les pensées qui animent son œuvre : méfiance envers toute emprise des concepts, ou de théories, insistance sur le mouvement, refus de tout assujettissement à un maître ou à une institution ; être assujetti à l’Inconscient lui suffit, dit-il. Il ajoute qu’il « rêve » d’une alliance entre le sensible et l’intelligible et des entrelacs entre la sensorialité et la vie de l’esprit.


Elles

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Ah ! L’amour… Les Femmes… les Hommes… ! C’est à une déclinaison de toutes les situations possibles que nous invite J. B. Pontalis.

On retrouve la même structure de récit dans ce joli ouvrage que dans « Frère du précèdent ». L’auteur joue habilement, dans chaque nouveau et court chapitre, avec le « Je » et le « Il ». J. B. Pontalis l’avoue lui-même au cours de l’un de ses récits.

Il nous emmène dans des dédales de sentiments, en nous faisant parcourir avec lui des scénarios variés, où l’on peut se perdre si l’on tente de s’interroger sur leur réalité autobiographique !

L’écriture reste toujours agréable et accompagne avec finesse le « ciselage » des sentiments.

« Elles » nous fait passer un très agréable moment et nous entraîne dans une rêverie à propos de situations où l’on peut se reconnaître ou reconnaître l’Autre que l’on a écouté…


Frère du précédent

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Au fil des lignes de ce livre extrêmement émouvant, J.B. Pontalis nous entraîne dans son voyage intérieur, que l’on imagine avoir duré une partie de sa vie, à propos de son questionnement sur les relations fraternelles au sein de la famille. Il interpelle quiconque se trouve dans la situation d’avoir une fratrie. C’est aussi le livre d’un homme, au crépuscule de sa vie, qui pose un regard empreint de sagesse, sans pour autant faire taire la passion, sur la question du frère.

L’auteur nous entraîne à travers de nombreux exemples empruntés à la littérature, dans une riche enquête érudite sur cette question. D’une plume alerte, il nous fait part de ses recherches sur la question de la fraternité et fait s’entrecroiser les pensées des philosophes et des psychanalystes sur le sujet. J. B. Pontalis fait aussi des liens entre métaphysique et psychanalyse dans un ensemble très cohérent. Nous faisant part, au passage, de ses pensées sur l’art.

En clinicien, l’auteur évoque le cas de patients qui viennent enrichir sa réflexion. Le psychanalyste reprend le dessus, apparaît alors son travail tout en finesse, comme pour surligner son cheminement personnel. On se sent très touché par les accents douloureux à propos de ce frère, toxicomane, reflet de l’autre, autre partie de soi, avec lequel il retrouve les jeux partagés de l’enfance, dont il questionne en toute honnêteté la souffrance. Ce frère aîné, fils aîné d’une même mère, dont on ne peut se défaire. Le second est-il le double de l’aîné pour la mère ou est-il unique ? A-t-il une existence en lui-même ? Quelle est la place du second pour celle-ci ? Est-il possible de partager une même mère, que devient alors la place de l’aîné ? L’indivision devient un sujet crucial. Petit à petit, se dessine au fil du livre la souffrance ressentie par un frère. Un portrait prend forme dont on découvre de plus en plus précisément les traits. Ce frère, objet de haine, dans un combat mêlé d’amour et de rejet, et la souffrance, évoquée avec délicatesse, qui en découle. Le questionnement devient alors une quête très douloureuse, dont l’auteur nous montre à quel point il est impossible d’y échapper, véritable « point focal » de toute une vie.

Ce livre qu’un psychanalyste ne peut s’abstenir de lire, nous entraîne dans des cheminements de pensées aux multiples directions.


Le Dormeur éveillé

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“ L’homme qui dort se nomme Constantin .” Ainsi commence le premier texte de cet ensemble de rêveries, illustrées de reproductions et de photographies. Dans le tableau de Piero Della Francesca que commente Pontalis et qui sert de trame à cet ouvrage, l’homme qui dort est l’Empereur, et la sentinelle, toute jeune, assise non loin de lui, veille et rêve à ses côtés : c’est le Dormeur éveillé, celui qui représente cette vie rêveuse que l’auteur appelait de ses vœux, dans Fenêtres comme dans Traversée des ombres.

La petite barque vide qui figure sur une toile d’Amborgio Lorenzetti, à la Pinacothèque de Sienne, est-elle une bouche entrouverte, un sexe de femme ? Le narrateur se voit prêt à y embarquer, se plaît à s’en croire l’unique passager. Une autre barque donne forme à la mort informe, celle qui figure sur L’Île des morts d’Arnold Böcklin dont Freud, Clemenceau et Lénine possédaient des reproductions.

Dans ces entre-deux qui font la vie, images et souvenirs se rapprochent ou se répondent : le portrait de l’auteur à cinq ans, peint par Foujita, et le petit orphelin chinois, devenu par un parrainage familial un frère du bout du monde ; l’éternel “ Arrive premier ” des listes de résultats scolaires, dont l’auteur avait fait un mystérieux écolier inconnu ; le petit garçon au regard perdu qui regarde la mer, et ne se consolera jamais de la mort de son père. Plages, rivages, caps et îles se succèdent et servent de toiles de fond aux apparitions et disparitions qui rythment ces évocations nostalgiques et paisibles. L’eau est souveraine, et pas seulement à Venise. Des images, cartes et reproductions placées en un voisinage hasardeux, sont posées devant les livres soigneusement classés, leur donnant un surplus de vie, en un musée imaginaire qui ne cherche pas à cacher les livres, mais à y conduire. Commentant Valéry, Winnicott ou François Cheng, l’auteur donne à sentir sa récusation du tout-langage, la place qu’il fait aux jeux solitaires ou partagés, l’amitié qui est une demeure, la peur de l’ennui mortel, le paysage qui est peut-être toujours un portrait. C’est aussi l’aventure du Grand Jeu – le grand jeu ou rien – qui rassembla Lecomte, Daumal, Roger Vailland, soutenus par René Maublanc et rejoints par le peintre Sima, leur aîné de vingt ans, ou l’évocation avec Apollinaire du Flâneur des deux rives. Le dormeur éveillé n’est pas au bord du précipice ; mais dans la navigation sans but et sans boussole, dans la promenade rêveuse qu’est ce livre, s’effectue peut-être un mouvement essentiel : “ Se séparer de soi, tâche aussi douloureuse qu’inéluctable (…) pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d’avancer, d’aller au-devant de ce qui, n’étant pas soi, a des chances d’être à venir. ”


Traversée des ombres

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L’attraction sur l’auteur de l’expression “ombres portées” fait l’unité de ce recueil d’écrits, dont quelques inédits et d’autres publiés dans la revue Penser / rêver. L’ombre portée par le chêne souligne sa vigueur ; après sa mort, l’ombre du chêne, hors du temps qui passe, sera ce qui restera de lui.

De l’errance de Peter Schlemihl privé d’ombre, trop aérien sans ce “poids” pour que les humains le tolèrent parmi eux aux ombres de la caverne platonicienne et au Livre des nuits de Sylvie Germain, J.-B. Pontalis nous conduit dans cette ballade parmi les ombres, en une promenade paradoxale. Dans l’œuvre de Pline, la jeune fille délimite sur le mur, à la lueur d’une chandelle, le profil du bien-aimé absent, mais chez le mélancolique l’ombre de l’objet se fait écrasante. Tantôt l’ombre porte, et tantôt elle emporte tout, y compris celui qui en parle. L’auteur s’offre comme guide pour nous conduire sans trop d’effroi à la rencontre des ombres – et d’abord de nos ombres, celles qui nous hantent. L’entrelacement de la lumière et de l’ombre est l’enchantement qui permet le jeu. Il invente un monde sans frontières en transformant le monde perçu en monde rêvé. C’est ainsi qu’Arago le scientifique instruit Hugo le visionnaire qui fait tourner les tables en quête de paroles des disparus. Y a-t-il parenté entre l’ombre et la femme fauteur de désordre, Pandora ? Quel est d’ailleurs le statut du désordre dans son entrelacement nécessaire avec l’ordre – non l’ordre comme principe, ombre de la mort, mais l’ordre caché dont personne ne peut se prévaloir d’être le maître ? Et que faire de l’univers sans ombre de Mondrian ? Pontalis aspire à une pensée rêvante (cf Fenêtres) et à une écriture analytique qui s’en nourrisse. Et si c’était l’ombre qui donnait de la lumière ?

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