Société Psychanalytique de Paris

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La sexualité masculine – Mars 2015

La sexualité masculine

Otto Kernberg

Une gageure de plus dans cette précieuse collection, celle, tenue, de rendre compte d’une œuvre aussi abondante que celle d’Otto Kernberg d’une façon qui soit à la fois introductive à son originalité, et assez argumentée par une lecture attentive pour que soit rendue justice à la complexité d’une pensée guidée par le souci de l’efficacité thérapeutique, et à l’acuité de la clinique.

La présentation en est faite en deux parties principales, qui suivent une courte biographie et précèdent l’habituel choix de textes. L’auteur aborde les positions d’O. Kernberg “clinicien et praticien de l’analyse et des psychothérapies” selon trois axes qui lui permettent de les situer par rapport aux principaux courants contemporains de la psychanalyse, notamment dans le monde anglo-saxon. Celui de l’interprétation lui permet de souligner combien O. Kernberg, en s’opposant aux intersubjectivistes, prétend maintenir fermement le cap de la théorie des pulsions, tout en se montrant attentif à des apports innovants du point de vue de l’efficacité thérapeutique, ouverture d’esprit qui lui vaut souvent (chez nous) le reproche de pragmatisme.

L’axe du transfert et du contre-transfert met particulièrement l’accent à la fois sur la finesse clinique du praticien, et sur son souci pédagogique qui le mène à établir des classifications (des pathologies de caractère, de types de transfert et de contre-transfert…) qui ne sont pas sans intérêt. Le troisième axe choisi pour aborder cette première partie est celui des psychothérapies: la mise au point terminologique nécessitée par le passage d’une langue a une autre avant de parler des “psychothérapies expressives”, des “psychothérapies de soutien” introduit à une caractérisation des diverses variations techniques nécessaires avec certains types de patients, en tâchant d’éviter l’écueil des “idées fausses” sur des pratiques que d’aucuns seraient trop prêts à sortir du champ psychanalytique.

La deuxième partie nous présente “Otto Kernberg théoricien, critique et pédagogue”, en examinant pour chacun des concepts choisis les positions de Kernberg telles qu’elles se définissent en rapport critique à ses prédécesseurs : ainsi pour la relation d’objet, son rapport à la théorisation de Fairbairn, dont il reprend la plupart des constructions, mais avec lequel il diverge en ce qui concerne notamment la destructivité primaire, et surtout le fait que la théorie de la relation d’objet puisse se substituer à la théorie des pulsions. En ce qui concerne les affects, il se démarque de Hartmann comme de Kohut, et suit avec attention les développements des neurosciences, pensant que ce type d’acquis nouveaux pourraient intéresser notre théorie des pulsions. Enfin, examinant la position de Kernberg selon l’axe du narcissisme, qu’il conceptualise selon deux niveaux (métapsychologique et clinique), M.C. Durieux condense ses rapprochements ainsi que ses différences avec les théorisations de Hartmann, Rosenfeld, Kohut et Margaret Mahler, et dégage la spécificité de son apport. Elle conclut l’ouvrage par une présentation de la conception de la recherche en psychanalyse – liée à celle de la formation – défendue par O. Kernberg, conception discutable et discutée.