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Martha F.

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Les hasards éditoriaux nous ont valu en peu de temps deux ouvrages consacrés à l’irréprochable épouse de Sigmund Freud. Ils sont de facture très différente. Nicole Rosen écrit un roman épistolaire dont les chapitres successifs sont les lettres imaginaires écrites par Martha Freud après la mort de son mari à une correspondante américaine à qui elle a opposé le refus d’écrire ses mémoires. L’exercice lui permet, à la première personne du singulier, de tracer le portrait d’une vieille femme lucide, sans complaisances inutiles sur ses objets d’investissement, ni sur le grand-œuvre du grand homme que fut son époux.

Très différent est l’ouvrage de Katja Behling, récemment traduit en français et préfacé par Judith Dupont. Il s’agit d’une biographie aussi informée et documentée que peut l’être celle d’une jeune juive allemande attachée à ce que son destin lui donne un homme aimant à aimer et à soutenir dans sa carrière, un certain statut social, et des enfant à élever du mieux qu’elle peut : l’homme devint célèbre et on voudrait, alors seulement, savoir qui fut cette jeune fille fougueusement aimée, cette bourgeoise viennoise aux traits d’ironie quelquefois surprenants…

Mais sur la vie intérieure de Martha, les document n’abondent pas, et le prix qui fut à payer pour se tenir à cette place de femme de devoir, nous n’en avons que des indices très extérieurs : son renoncement aux rites religieux tant que Sigmund Freud fut vivant, son effacement intellectuel au profit de Minna, la relation difficile avec Anna… Elle aimait à citer un de ses dictons favoris : « Quand on est malade, on vous donne une bonne soupe ; quand on est mort, une bonne réputation ». Une soupe, disait-elle ?

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