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Etre père aujourd’hui ; un modèle à réinventer

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Ce collectif sous la direction de Simone KORFF-SAUSSE et François SACCO reprend les interventions d’une rencontre de la SEPEA consacrée aux remaniements de la fonction paternelle dans la société actuelle. La présence très précoce des pères auprès de  leurs enfants les expose à devoir affronter leurs identifications primaires au féminin ce qui constitue un enjeu majeur d’une parentalité à construire. « Comment les garçons deviennent-ils pères ? » s’interroge Simone KORFF-SAUSSE. Le bébé source de joie peut devenir une figure inquiétante qui nous rend visible un inconnu que nous lui avons cependant transmis et le rapprochement corporel avec l’enfant peut raviver chez les pères des angoisses persécutrices puissantes qui requièrent un appui identificatoire sur leur propre père ; lequel reste souvent conflictuel.

Dès la naissance, les nourrissons distinguent leurs deux parents par deux mécanismes spécialisés que sont la détection des intentions et de la direction du regard. La perception des différences si elle contient la potentialité d’une triangulation à venir n’exclut pas pour autant la constitution d’une imago intra psychique prédominante. Freud appuie l’identification primaire sur le « père de la préhistoire personnelle » antérieurement à tout lien d’objet, et Christian GERARD en déduit une identification première au père, là où l’identification à la mère s’établirait conjointement au lien érotique et ne serait pas séparable du lien primaire à l’objet.

La compulsion de répétition qui tend à restaurer l’identification primaire, trouverait préférentiellement à se rejouer dans la cure, où les failles dans la symbolisation, la difficulté à élaborer le fantasme, devront se soutenir du côté du perceptif. Au point que pour Teresa FLORES la compulsion à échouer traduise la persistance d’aspects particuliers de la relation primaire au père qui l’empêchent de fonctionner pour l’enfant comme tiers et support identificatoire. Ainsi la cure de patients ayant été adoptés dans l’enfance laisse-t-elle des zones indécidables dans la construction de leur roman familial. Et Sesto Marcello PASSONE en déplie les différents aspects par l’intermédiaire de la figure imaginaire complexe du Saint Joseph des évangiles.

La fonction paternelle selon Nicole CARELS  « s’imprègne du corps et parle une langue de chair et de sensations », ce que Rémi PUYUELLO démontre dans un cas de cure familiale où il se trouve devoir endosser la place transférentielle d’un grand père paternel. C’est la question de la mise en récit qui exige alors ce passage par un personnage plus dégagé des enjeux œdipiens et tourné vers la transmission.

Par les pathologies liées au corps, l’adolescent s’affirme comme possédant un corps différent de celui de la mère. Et pour Anna Maria Nicolò, elles viennent palier à une fonction paternelle défaillante dans sa capacité de triangulation de la relation précoce mère-enfant.

Mais que devient la fonction paternelle lorsque la parentalité s’affranchit de la parenté comme c’est souvent le cas dans les familles actuelles ? François SACCO parle d’un enfant en « multipropriété », pour qui toute inscription généalogique devient problématique. Du coup, l’historicité laisse la place à un surinvestissement du perceptif et de l’actuel. Un cas clinique de psychodrame vient montrer comment les fantasmes originaires restés longtemps privés de toute fonction structurante, pourront être mis en scène et réactualisés, assurant une possible perlaboration. Les identifications secondaires peuvent alors redonner une place à une fonction paternelle reconstituée.

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