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La sexualité féminine – Mai 2013

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La sexualité féminine – Mai 2013



La sexualité feminine

Sous la direction de
Félicie Nayrou, Guy Cabrol, Hélène Parat, Michèle Emmanuelli
Auteurs
Amalia Giuffrida, Annick Le Guen, Catherine Chabert, Danielle Kaswin-Bonnefond, Jacqueline Schaeffer, Jacques André, Janine Chasseguet-Smirgel, Nathalie Zilkha
Résumé

Peut-on encore qualifier la sexualité féminine de « continent noir » alors que cette thématique a tellement été explorée après Freud ?

C’est la théorie du monisme phallique qui a été la pierre angulaire de l’approche freudienne de la sexualité féminine, l’envie du pénis étant considérée comme un organisateur psychique pour les deux sexes. Et c’est sur cet ancrage conceptuel centralisateur que les théories de Freud autour de la sexualité féminine ont été particulièrement discutées par ses héritiers. Pourtant, il a lui-même décrit d’autres versants du développement psychosexuel féminin. Et si chacune de ses propositions sur le féminin a donné lieu à débats, son analyse reste incontournable et elle demande à être réexaminée au regard tant de la clinique analytique que de l’évolution des mœurs et du statut de la femme dans notre société.

Dans cet ouvrage, plusieurs auteurs montrent combien le lien primaire à la mère apparaît comme central pour l’organisation psychosexuelle de la fille – il signe de son empreinte le complexe d’Œdipe de la petite fille, puis marque, chez la femme qu’elle devient, le choix d’objet érotique et le lien à l’homme, et enfin oriente le destin que prend son désir d’enfant. Ce lien précoce, à partir de l’importance qu’il revêt dans la cure, est au centre des réflexions, notamment autour de la prévalence de la dépression dans la population féminine et également à propos d’une question clinique très actuelle : existe-t-il des formes d’angoisses spécifiquement féminines si la femme n’est pas en proie à l’angoisse de castration ? À la suite de quoi, toujours dans le fil de ce lien primaire, de nouvelles hypothèses apparaissent chez plusieurs des auteurs sur les effets de la perte dans la psyché féminine.

Ces travaux, qui font le point sur les réflexions théorico-cliniques actuelles après un siècle de controverses, contribuent à éclairer de manière novatrice l’approche du noir continent de la sexualité féminine.

Sommaire

Guy Cabrol, Michèle Emmanuelli, Félicie Nayrou et Hélène Parat – Un continent noir ?

Danielle Kaswin-Bonnefond Un siècle de controverses autour de la sexualité féminine

Janine Chasseguet-Smirgel Freud et la féminité : quelques taches aveugles sur le continent noir

Catherine ChabertLa voix passive

Jacques AndréL’amour perdu

Jacqueline SchaefferLe risque de la perte. Angoisses et dépression au féminin

Annick Le Guen – De l’originaire de l’homosexualité féminine et de ses conséquences

Amalia Giuffrida Désirs d’enfant

Hélène Parat – Une érotique du maternel

Nathalie Zilkha Un héritage et une conquête au féminin. Réflexions sur le rapport moi-surmoi de la femme

Annick Le GuenBibliographie générale 


Actualité de l’Œdipe

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S’il est au cœur de la clinique des névroses, le complexe d’Œdipe garde-t-il aujourd’hui le rôle de pivot scandaleux, organisateur essentiel du psychisme et fondement du lien social ? Une psychanalyse plus attentive aux états non-névrotiques et aux carences de symbolisation lui fait-elle autant de place ? C’est l’écart entre les constantes de l’Œdipe et ses modifications que vient interroger cette monographie.

Christian Seulin montre le la variété des textes de Freud dans lesquels apparaît l’Œdipe, sous des formes qui n’en font jamais une catégorie close ou achevée. Phylogenèse et ontogenèse tissent chacune leurs fils, l’Œdipe complet se déploie dans les instances et identifications, l’Œdipe féminin relance la réflexion, la révision de la théorie de l’angoisse naît du réexamen de l’angoisse de castration. Structure universelle dégagée à partir du mythe et de la clinique, le complexe d’Œdipe est garant de la topique interne et organisateur des rapports avec les autres. Par sa transmission au travers des générations, il est aussi une détermination fondamentale des rapports sociaux. Les motions pulsionnelles et les productions qui en sont issues sont au centre du transfert du névrosé. Claude le Guen expose sa thèse de l’Œdipe originaire : la triangulation, liée originairement à la reconnaissance de l’étranger qui n’est pas la mère, apparaît dès l’aube de la vie psychique. Non-objet, il n’est à ce moment-là que par ce qu’il n’est pas, troisième terme qu’il faut rejeter, mais dont le pouvoir est cependant enviable – qui donnera ultérieurement corps et sens à l’image d’un père. Avant n’est pas un autre temps, mais un autre monde, et pourtant, si l’Œdipe originaire laisse place à d’autres élaborations, il persiste et laisse sa marque la réalité psychique qui s’organise, dans toutes les formations qu’il a permis de structurer.

Michèle Perron-Borelli confronte le narcissisme à l’Œdipe ; l’étayage narcissique est toujours nécessaire et le deuil des illusions narcissiques est souvent essentiel. Mais sans interprétations plus directement pulsionnelles, aucun changement d’ordre intrapsychique ne peut se produire. Au-delà des obstacles que lui opposent les aspects les plus archaïques d’un narcissisme de défense, les possiblités d’élaboration de l’Œdipe restent un enjeu crucial de la transformation des pathologies du narcissisme. Catherine Chabert décline l’Œdipe entre renoncement et perte, dans le modèle névrotique comme dans les pathologies limites, et s’attache plus particulièrement aux destins de l’Œdipe féminin.

Un article très pertinent de Florence Guignard souligne un changement décisif : la quasi-disparition de la période de latence, et s’interroge sur les effets sur la structuration œdipienne de cette modification structurale. La pérennité des valeurs phalliques et groupales risque de s’instaurer, barrant l’accès à la relation d’intimité, et maintenant une excitabilité mal délimitée, qui ne favorise pas la sortie de la génitalité infantile restée mimétique de celle de l’adulte : le désinvestissement de la vie psychique interne risque d’en être le pris. En revanche, la bisexualité psychique semble d’établir dans une plus grande liberté.

Les fantasmes originaires sont articulés aux symboles culturels par un article de 1993 de l’anthropologue Bernard Juillerat, qui prend appui sur ses études en Nouvelle-Guinée pour réfléchir aux médiations et aux seuils. Ils sont référés par François Duparc, à partir des théories sexuelles infantiles, aux origines infantiles du discours, tandis que Monique Schneider compare la relation entre Œdipe et ses filles chez Sophocle qu’elle qualifie de « complicité féminisante » tandis que le rapport aux filles est éludé dans l’Œdipe de Sénèque. Or, une filiation repérable enracine la lecture française (Bataille, Lacan, Foucault) dans l’Œdipe romain, qui arbore une absolue souveraineté. S’il est paradigme de l’universel, le modèle œdipien est peut-être à la fois singulier et multiple, pris lui-même dans un héritage impossible, dont celui de l’Œdipe blessé que l’on retrouve dans certaines structures féminines.

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