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Freud, le sujet social

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C’est à l’article de Guy Laval qu’on pourrait emprunter l’expression très actuelle de la nécessité de penser le sujet social aujourd’hui ; cette “question qui nous presse” (comme elle pressait l’auteur de “Malaise…”) étant celle de savoir ce qui peut modifier à ce point le fonctionnement psychique des individus au point “d’en arriver au meurtre de masse commis par des citoyens ordinaires”. Exprimée dans d’autres termes, c’est l’une des interrogations majeures de Michel Rocard.

Ruth Menahem nous rappelle, dans l’article où elle passe en revue les écrits de Freud qui appliquent les thèses métapsychologiques à la communauté des hommes, qu’il voyait les sources des souffrances psychiques individuelles dans les trois limites de leur condition : condition somatique, soumission à la violence des événements naturels, et enfin, last but not least, liens nécessaires aux semblables. C’est dans le cadre de ces limites que la vie humaine s’est différenciée de l’animalité par la création d’une “Kultur”, culture à défendre contre les hommes eux-mêmes. I. Reiss-Schimmel reprenant également les écrits de Freud en souligne, au-delà du deuil structurant de nos illusions qu’ils ont pu ouvrir, les limites propres ainsi que la surdité sélective à l’égard de la pensée freudienne – si le Moi peut advenir là où était le Ça, n’existe-t-il pas un autre espace possible d’évolution pour nos sociétés ? L’interview de Cornélius Castoriadis qui ouvre le volume s’attache à définir les contours de cette question éminemment politique.

Maurice Godelier souligne à juste titre que l’homme est un être qui doit “se donner ou recevoir dès la naissance la capacité de produire de la société pour vivre”. Guy Laval et Claude Le Guen nous rappellent que Freud écartait nettement l’idée d’une pulsion sociale. C’est en réaffirmant l’unicité de l’objet d’étude (l’homme) de sciences différemment constituées (selon qu’elles concernent l’organique, le psychique ou le social), en questionnant ce “monde extérieur” qu’investit le petit de l’homme (le socius), en dénonçant la nature inconsciente commune aux psychologies individuelles et collectives (y compris les idéologies psychanalytiques), que Cl. Le Guen affirme – pour replacer le social dans la théorie psychanalytique et non en y injectant des doses variables – que “la psychanalyse est une anthropologie”.

Plus en amont en quelque sorte de notre humaine condition – et de la théorie –, Janine Chasseguet-Smirgel interroge l’exclusion réciproque qu’opèrent nos théories lorsqu’elles prétendent affirmer l’une des dimensions – pulsionnelle, objectale, narcissique – aux dépens des autres, et, à travers une vigoureuse défense de la théorie des stades – indice capital du lien qui unit selon Freud l’homme à l’animal… et l’en sépare, elle propose “la reconnaissance d’une génitalité innée, animale si l’on veut, mais inassouvissable, caractéristique proprement humaine /…/ qui aiderait à mieux comprendre l’homme en tant qu’individu et être social”. Gilbert Diatkine s’interroge sur la pertinence de la notion d’inconscient social et conclut sur un doute quant aux fait que les idéaux culturels puissent laisser directement des traces dans l’inconscient, contrairement “aux mécanismes de défense employés par les générations précédentes pour élaborer ou refuser la réalité psychique des traumatismes”, qui, eux, se transmettraient intégralement à l’enfant.

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