Société Psychanalytique de Paris

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Destins de la libido – Juin 2016

Destins de la libido - PUF

La pensée. Approche Psychanalytique – septembre 2015

La pensée - Approche psychanalytique - PUF

La sexualité féminine – Mai 2013

La sexualité feminine

Ambivalence

Ce numéro de 2005 de la collection des Monographies et Débats de la R.F.P. explore le concept, riche s’il en est, d’ambivalence : de symptôme considéré en clinique psychiatrique (Bleuler) comme majeur dans la schizophrénie, il va devenir en un siècle un opérateur incontournable de nos théories.

Le numéro est articulé sobrement en deux parties dont la première, développement historique du concept, s’ouvre sur une ample saisie du destin du concept dans la pensée freudienne, dans laquelle Dominique Bourdin distingue cinq phases se recouvrant partiellement, depuis l’emprunt à Bleuler et son application au transfert, jusqu’à son application aux réflexions sur la culture et la religion, en passant par les élaborations phylogénétiques dans Totem et tabou et métapsychologiques dans Pulsions et destins des pulsions, qui se prolongent dans l’approfondissement de la clinique du symptôme par les avancées théorico-cliniques. Suivent dans cette première partie le texte de 1924 de Karl Abraham, « Le jour du Grand Pardon » – reprise introduite par un court texte d’Ilse Barande – où Abraham donne à l’ambivalence valeur classificatoire comme axe structurel de l’évolution de la libido, en concomitance avec celui du caractère partiel ou total de l’investissement de l’objet. Etudiant la conception kleinienne de l’ambivalence apparaissant conjointement à la réduction des clivages, Cléopâtre Athanassiou-Popesco s’attache à la notion d’oscillation qu’avait introduite Bion, entre les mouvements de liaison et de déliaison. Et elle souligne l’association forte du concept d’ambivalence et de la transitionnalité, quand l’ambivalence est installée comme « espace de libre jeu ». Elle mène en seconde partie de son article une critique historique du concept, soulignant une certaine impossibilité, dans la conception freudienne d’une fusion originelle des affects, de penser l’ambivalence comme porteuse de potentialités de liaison. Concluant sur la fertilité du jeu de l’ambivalence, elle se réfère à « l’ambiguïté » telle que comprise par P. C. Racamier – l’une des qualités de l’ambiguïté étant pour lui le caractère indécidable de la coexistence de deux propriétés différentes – auteur avec lequel elle se sent largement en accord.

La seconde partie, clinique, nous ramène d’ailleurs avec le dernier article de ce numéro à P. C. Racamier, puisque J. P. Veuriot y montre l’apport de celui-ci en abordant ses conceptions de la psychose à travers les mécanismes de l’anticonflictualité, en insistant sur les notions cliniques et théoriques nouvelles qu’ont été, après celle de paradoxe (Palo Alto, Didier Anzieu, René Roussillon), les notions de séduction narcissique, de deuil originaire, d’incestuel, et d’ambiguité, donc. Cette deuxième partie de l’ouvrage, clinique, s’ouvre sur une étude par François Kamel de l’ambivalence à l’adolescence, processus dans lequel le petit de l’homme voit son narcissisme ébranlé par la poussée des forces pubertaires dans sa vie psychique. Si la pratique clinique actuelle nous met souvent face à des adolescents chez qui « l’antagonisme prend le pas sur le paradoxe organisateur », la nécessité de la cohérence de nos théories de la clinique, à laquelle s’attache François Kamel dans la trajectoire qu’il décrit entre Abraham (en 1911 dans son « Esquisse d’une histoire du développement de la libido ») et les écrits les plus récents de Ph. Jeammet ou J. Gammill, reste d‘autant plus nécessaire quand la problématique de l’ambivalence à l’adolescence s’explore dans le cours évolutif d’un fonctionnement limite.

Au cœur de l’exigence métapsychologique sont les articles de Bernard Chervet et d’Elsa Schmid-Kitsikis. B. Chervet s’attache au « Double sens et couples d’opposés dans la névrose » à partir de la considération que « la part processuelle manquante » y porte sur le procès d’endeuillement des objets oedipiens, et montre l’extension que Freud donne au terme en l’introduisant dans la métapsychologie. E. Schmid-Kitsikis aborde le concept et son histoire à travers sa clinique, s’arrêtant particulièrement sur le tableau mélancolique et la détresse psychique – avec deux cas cliniques – et remet à jour les interrogations de Freud sur l’ambivalence à l’aune de nos pratiques des états-limites.

Le traumatisme psychique. Organisation et désorganisation

La notion de traumatisme est au cœur de l’œuvre de Freud, la traverse et évolue avec ses théories. C’est ce que nous montre S. Dreyfus au fil des écrits de Freud, en partant des Etudes sur l’hystérie (1895) avec les relations entre danger externe et danger interne, puis en développant la notion du traumatisme sexuel comme « conflit de défense » suivi de la découverte des deux temps de la sexualité. En 1920, l’aspect économique du traumatisme prévaut avec les notions d’effroi, de pare-excitation effracté comme état de non-préparation du Moi. Avec la seconde théorie de l’angoisse en 1926, Freud met l’accent sur le lien entre traumatisme et perte d’objet. Et dans son dernier ouvrage L’homme Moïse et la religion monothéiste, il rattachera la notion de traumatisme au narcissisme et il liera une théorie du traumatisme à échelle singulière et à échelle collective.

T. Bokanowski nous introduit aux apports novateurs de la conception du traumatisme chez Ferenczi, « précurseur dans l’étude des cas limites » (p. 7), pour qui le trauma est un traumatisme de type narcissique. Tout en nous présentant Freud comme « lecteur » de Ferenczi quand, dans l’Homme Moïse, il renouvelle grâce à lui, sa conception du traumatisme, T. Bokanowski nous montre en quoi le conflit entre les deux hommes était tout de même inévitable, concernant leur conception du traumatisme infantile et de la prise en compte de la réalité de l’objet.

C. Janin tente de dialectiser les deux conceptions du traumatisme – celle de Freud et celle de Ferenczi – en proposant sa théorie du noyau froid et du noyau chaud qui synthétise la réalité du traumatisme de Ferenczi et la notion de l’après-coup freudien. Dans le cadre de la première et de la seconde topique, il nous introduit à de riches pensées telles que la notion de transitionnalité de la réalité à partir de la pensée de Winnicott, et celle de collapsus de la topique interne, de survenue de rupture dans le processus d’auto-historisation puis il étudie la question du négatif dans le transfert.

Quant à R. Asséo, il étudie la reprise du concept de trauma dans les apports de la psychosomatique et les travaux contemporains en particulier ceux de P. Marty et de M. Fain. Il rend compte de leur coextensivité – trauma, psychosomatique – de par « la parenté structurelle entre le fonctionnement du traumatisme et celui des névroses de comportement » (p. 65).

Pour F. Brette, certains traumatismes ont des effets positifs et indispensables à l’organisation ou la réorganisation de la psyché qui se manifestent dans le processus d’après-coup (une première blessure non cicatrisée peut être ravivée par un autre traumatisme plus tardif permettant que celle-ci soit, cette fois ci, soignée) tel qu’on peut le voir dans une cure analytique si la relation tranféro-contre-transférentielle le permet. Deux cas cliniques illustrent ses propos. Concernant l’apport indispensable de certains traumatismes à l’organisation psychique, « traumatismes organisateurs », elle développe la question des fantasmes originaires pour elle indissociable de celle du traumatisme. Elle écrit (p. 82) : « Le premier traumatisme, nécessaire à l’instauration du fantasme de scène primitive, est lié à la triangulation que la mère porte en elle ».

À partir d’un cas clinique, Louise de Urtubey nous montre que c’est au travers du contre-transfert que l’on peut estimer, évaluer, non pas une réalité objective du matériel traumatique apporté par le patient, mais, au moins, en se laissant guider par son ressenti, comprendre la situation et être vigilant à ne pas considérer de façon systématique que ce que rapporte le patient n’est que fantasme.

Quant à S. Stewart, comme analyste ayant vécu l’expérience traumatique de la déportation au cours de la guerre du Pacifique, il nous fait partager au travers de trois expériences cliniques ses tentatives d’élaborer avec ses patients des traumatismes profondément enfouis ou évacués.

Cette monographie se termine sur le remarquable article de J. Athounian « Les héritiers des génocides » dans lequel elle distingue « quatre déterminants désorganisateurs qui affectent les enfants de survivants » (p.129) et propose pour tenter de les élaborer un métissage distanciateur, « métissage de leurs identités d’origine avec celles de leurs cultures d’accueil » (p.144).

Collaborateurs du volume : Janine Altounian, Robert Asseéo, Thierry Bokanowski, Françoise Brette, Sylvie Dreyfus, Michèle Emmanuelli, Claude Janin, Joyce Mac Dougall, Georges Pragier, Sidney Stewart, Louise de Urtubey.