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Ambivalence

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Ce numéro de 2005 de la collection des Monographies et Débats de la R.F.P. explore le concept, riche s’il en est, d’ambivalence : de symptôme considéré en clinique psychiatrique (Bleuler) comme majeur dans la schizophrénie, il va devenir en un siècle un opérateur incontournable de nos théories.

Le numéro est articulé sobrement en deux parties dont la première, développement historique du concept, s’ouvre sur une ample saisie du destin du concept dans la pensée freudienne, dans laquelle Dominique Bourdin distingue cinq phases se recouvrant partiellement, depuis l’emprunt à Bleuler et son application au transfert, jusqu’à son application aux réflexions sur la culture et la religion, en passant par les élaborations phylogénétiques dans Totem et tabou et métapsychologiques dans Pulsions et destins des pulsions, qui se prolongent dans l’approfondissement de la clinique du symptôme par les avancées théorico-cliniques. Suivent dans cette première partie le texte de 1924 de Karl Abraham, « Le jour du Grand Pardon » – reprise introduite par un court texte d’Ilse Barande – où Abraham donne à l’ambivalence valeur classificatoire comme axe structurel de l’évolution de la libido, en concomitance avec celui du caractère partiel ou total de l’investissement de l’objet. Etudiant la conception kleinienne de l’ambivalence apparaissant conjointement à la réduction des clivages, Cléopâtre Athanassiou-Popesco s’attache à la notion d’oscillation qu’avait introduite Bion, entre les mouvements de liaison et de déliaison. Et elle souligne l’association forte du concept d’ambivalence et de la transitionnalité, quand l’ambivalence est installée comme « espace de libre jeu ». Elle mène en seconde partie de son article une critique historique du concept, soulignant une certaine impossibilité, dans la conception freudienne d’une fusion originelle des affects, de penser l’ambivalence comme porteuse de potentialités de liaison. Concluant sur la fertilité du jeu de l’ambivalence, elle se réfère à « l’ambiguïté » telle que comprise par P. C. Racamier – l’une des qualités de l’ambiguïté étant pour lui le caractère indécidable de la coexistence de deux propriétés différentes – auteur avec lequel elle se sent largement en accord.

La seconde partie, clinique, nous ramène d’ailleurs avec le dernier article de ce numéro à P. C. Racamier, puisque J. P. Veuriot y montre l’apport de celui-ci en abordant ses conceptions de la psychose à travers les mécanismes de l’anticonflictualité, en insistant sur les notions cliniques et théoriques nouvelles qu’ont été, après celle de paradoxe (Palo Alto, Didier Anzieu, René Roussillon), les notions de séduction narcissique, de deuil originaire, d’incestuel, et d’ambiguité, donc. Cette deuxième partie de l’ouvrage, clinique, s’ouvre sur une étude par François Kamel de l’ambivalence à l’adolescence, processus dans lequel le petit de l’homme voit son narcissisme ébranlé par la poussée des forces pubertaires dans sa vie psychique. Si la pratique clinique actuelle nous met souvent face à des adolescents chez qui « l’antagonisme prend le pas sur le paradoxe organisateur », la nécessité de la cohérence de nos théories de la clinique, à laquelle s’attache François Kamel dans la trajectoire qu’il décrit entre Abraham (en 1911 dans son « Esquisse d’une histoire du développement de la libido ») et les écrits les plus récents de Ph. Jeammet ou J. Gammill, reste d‘autant plus nécessaire quand la problématique de l’ambivalence à l’adolescence s’explore dans le cours évolutif d’un fonctionnement limite.

Au cœur de l’exigence métapsychologique sont les articles de Bernard Chervet et d’Elsa Schmid-Kitsikis. B. Chervet s’attache au « Double sens et couples d’opposés dans la névrose » à partir de la considération que « la part processuelle manquante » y porte sur le procès d’endeuillement des objets oedipiens, et montre l’extension que Freud donne au terme en l’introduisant dans la métapsychologie. E. Schmid-Kitsikis aborde le concept et son histoire à travers sa clinique, s’arrêtant particulièrement sur le tableau mélancolique et la détresse psychique – avec deux cas cliniques – et remet à jour les interrogations de Freud sur l’ambivalence à l’aune de nos pratiques des états-limites.

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