Martin Joubert
Vestiges archaïques et fixations érotiques chez l’adulte
discutant : Denys Ribas
Il arrive, dans l’analyse de certains adultes ayant des fixations érotiques, que surgissent des éléments issus d’un temps, d’un fonctionnement psychique, croyait-on, disparus.
À la faveur de la régressivité de séance à l’hallucinatoire, la réactualisation d’angoisses corporelles primitives transparaissent dans le filigrane des associations : un accrochage au perceptif, une réduction dimensionnelle, des modifications du vécu du corps dans l’espace, en sont autant de modalités vécues souvent sans angoisse manifeste. Ailleurs, au sein d’une organisation globalement névrotique, où la représentation et le fantasme ont droit de cité, des vécus typiquement autistiques vont avoir trouvé la voie d’une figuration. La mécanisation et la dévitalisation des représentations de soi et du monde, en sont la forme privilégiée. Elles permettent de contrer des angoisses archaïques de vidange, de liquéfaction, de chute sans fin, etc. Ces vécus térébrants peuvent parfois se matérialiser dans le décor des rêves ou bien dans des sensations de mouvement. Le narcissisme originaire, nous dit Freud, se reproduit dans le sommeil. Comment donc a pu se traduire dans la représentation et dans le langage, ce qui provient d’un monde où il n’y en a pas ? Comme la réintégration d’un de ces Fueros dont parle Freud ? Là où un sujet s’était pourtant constitué, se révèle un monde souterrain, vestigial, où la continuité des corps de l’enfant et de ses objets primaires s’est maintenue inentamée. L’unité charnelle qui s’y révèle contraste avec la surface visible d’un possible investissement du monde, mais cantonné, dans une zone strictement encadrée, au-delà de laquelle ne reste de réassurance que sa mécanisation.
Quel rôle joue dans cette organisation la fixation érotique ? La contrainte à reproduire à l’identique le circuit de la jouissance, repose sur la tendance à l’adhésivité de la libido. Ainsi s’établit une curieuse congruence avec le mécanisme de l’adhésivité, « identité adhésive », si prégnant dans les premiers temps de la vie psychique, puis fixé, extensif, aberrant, dans la pathologie autistique.
Car, de la même façon, des fixations érotiques peuvent apparaitre dans les mouvements de sortie d’autisme, ou bien comme modalité d’aménagement de la poussée pubertaire chez certains autistes ayant accès au langage. L’addiction qui en découle constitue certes un ancrage pour une structure solipsiste, mais aussi une ouverture à un possible lien avec l’objet. Freud nous le rappelle, si un solide égoïsme préserve de la maladie, à la fin il faut aimer pour ne pas tomber malade. Par ces moyens extrêmes se maintient vivant un espoir d’objet qui sous-tend la demande. À charge pour l’analyste de tenter d’y répondre.
Lien de participation Zoom : https://us02web.zoom.us/meeting/register/ZCoHd2swTniPLKNusCAi5w