Le 10 janvier 2026, le premier colloque des samedis du centenaire a débattu de l’histoire de la SPP entre la venue de Freud à Paris en 1895 et la scission de 1953.
La SPP est entrée dans l’année du centenaire de sa création. Parmi les multiples événements qui vont jalonner cette célébration, le samedi après-midi des rencontres du 10 janvier s’est penché sur deux dates charnières des premiers temps de la SPP. Il s’est tenu dans les locaux de la SPP rue Daviel (75013 Paris), relayé à distance par zoom. Il était réservé aux analystes membres de la SPP ainsi qu’aux analystes en formation.
1895 renvoie à ce qui a précédé et préparé la naissance de la Société Psychanalytique de Paris, le 4 novembre 1926 : le premier séjour de Freud à Paris à l’automne-hiver 1885-1886. Le neurologue viennois de 29 ans y rencontre Charcot, est introduit aux soirées culturelles de son épouse, emporte la traduction des œuvres du célèbre chef de service de la Salpêtrière. Freud en retiendra la nature psychique de l’hystérie, balayant la théorie dégénérative avec ses relents racistes et antisémites. Il reprendra à son compte la conception originale de Charcot d’un procès opérant en deux temps : le temps 1 du trauma, le temps 2 du symptôme, séparés par une période d’élaboration psychique, la future « période de latence ». Pour en désigner la dynamique signifiante, la jeune science introduira un concept aujourd’hui utilisé dans le monde entier, l’« après-coup ».
Bernard Chervet – coordinateur du centenaire, ancien président de la SPP – a esquissé le portrait d’un Freud curieux de la science, amoureux des langues – et particulièrement de la langue et de la littérature française – passionné par la traduction, amateur de théâtre, d’opéra, et de café-concert, réservé puis enthousiaste devant la liberté sexuelle qui fait de Paris une ensorceleuse. C’est pourtant l’ambivalence qui colore d’emblée l’accueil des milieux scientifiques français à l’égard de Freud et de la psychanalyse, quand elle se répand très vite dans les milieux littéraires, culturels et philosophiques.
1953 est l’année d’une crise profonde qui secoue la SPP dans le Paris de l’après-guerre. Les tensions, qui couvaient depuis la réouverture de l’Institut de psychanalyse en 1951 sous la direction autoritaire du Dr Sacha Nacht, se cristallisent autour de remaniements du protocole de la cure (3 séances de 45 minutes au lieu de 4 à 5 séances de 60 minutes), et d’un point technique - la durée variable de la séance, qui renvoie en réalité à des conceptions radicalement opposées de la psychanalyse. Face à l'orthodoxie médicale et rigoriste de Nacht, soutenu par la légitimité historique de Marie Bonaparte et les exigences de l’Association internationale de psychanalyse, Lacan défend la « séance à durée variable », une pratique que ses adversaires jugent hérétique et que l'Institut refuse de valider pour les élèves formés selon cette méthode. Ce qui semblait n'être qu'un débat technique devient très vite une question de survie professionnelle pour toute une génération d'analystes en formation.
Elisabeth Dahan-Soussy – membre titulaire de la SPP – a retracé les étapes de cette année « fatale » comme une tragédie grecque dont le dénouement, au printemps et à l'été 1953, est à la fois brutal et irréversible. Daniel Lagache, puis Jacques Lacan, démissionnent de la SPP et fondent la Société Française de Psychanalyse. Ils sont rejoints par Françoise Dolto, Juliette Favez-Boutonnier, et une cohorte d'élèves brillants — Jean Laplanche, Jean-Bertrand Pontalis, Serge Leclaire, Vladimir Granoff — qui choisissent la fidélité à leurs analystes au risque de la non-reconnaissance institutionnelle. Loin de signer l'effondrement de la SPP, cette scission accouche d'un renouvellement intellectuel considérable. S'il est « deux manières d'être freudien : l'une tournée vers l'aventure théorique et la philosophie, l'autre ancrée dans la rigueur clinique et la solidité institutionnelle », le temps a montré que cette polarité fondatrice, loin de figer les clivages, a engendré une psychanalyse française d'une richesse et d'une complexité singulières, vivifiée par la culture du débat et la valeur dynamique de la contradiction.
Laurence Aubry,
Secrétaire scientifique adjointe du bureau de la SPP
Le centenaire de la création de la plus ancienne et plus importance société de psychanalyse dans le monde francophone donne lieu à une série d’articles, en marge des événements qui vont jalonner cette année 2026, jusqu’au début 2027. Vous en retrouverez le calendrier, ainsi qu’une documentation, sur la page dédiée au centenaire sur le site de la SPP : https://www.spp.asso.fr/centenaire/