
Quelle est la place de la psychanalyse dans le socius ?
Quelles sont les conditions de son avenir ?
En cette année du centenaire de la SPP, nous avons été une fois de plus surpris par la violence des attaques contre notre discipline. Nous avons décidé d’inaugurer un cycle de réunions sur le thème de l’avenir de la psychanalyse avec des intervenants de différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Notre invité pour ce premier opus est psychiatre et anthropologue, directeur d’études à l’EHSS (École des hautes études en sciences sociales).
Nous partons de l’idée qu’il existe une perversion de la Kultur qui attaque l’institution, comme elle attaque les processus de pensée et nous croyons que l’avenir de la psychanalyse tient à la sauvegarde de notre spécificité et de notre histoire mais qu’elle tient aussi à notre capacité d’ouverture et à notre façon d’aborder les questions qui nous sont adressées par le socius.
En 1987, Raymond Cahn propose la création d’une commission nouvelle à la SPP qui aurait vocation à faire valoir et soutenir le travail des psychanalystes de la SPP dans toutes les instances du socius, il la nomme « commission socioprofessionnelle ».
La psychanalyse s’étend à des domaines divers tels que la médecine, la pédiatrie, la psychosomatique, la justice, les media, l’université, le social, la littérature, les arts…
La commission socioprofessionnelle est composée de sous-commissions qui rendent compte de la présence et de l’influence de la psychanalyse dans le socius. Les sous-commissions évoluent avec le temps, à ce jour, cinq d’entre elles sont actives : SPP-Université, SPP-Psychiatrie, SPP-Pédiatrie, SPP-Media, SPP-Régions et en latence SPP-Justice.
En 2002, le même Raymond Cahn pose la question de la fin du divan, c’est-à-dire de la viabilité de la psychanalyse si elle est attachée de façon trop ferme au dispositif classique divan/fauteuil. Néanmoins, les analystes, membres de la commission, se réfèrent tout particulièrement aux travaux de Paul-Claude Racamier qui formalisent « la psychanalyse sans divan » c’est-à-dire « le travail du psychanalyste aux prises avec l’institution psychiatrique, avec le problème théorique et pratique du soin des malades mentaux dans des organismes adéquats. ».
Nous avons pu mesurer, au sein de la commission, à quel point les énoncés de Raymond Cahn se distinguent des travaux de P-C Racamier. Pour Racamier, ce sont les domaines d’extension de la psychanalyse qui sont explorés. Alors que pour Raymond Cahn, c’est une certaine inadéquation de la psychanalyse « cure-type » aux temps présents qui est posée.
Il nous semble que c’est autour de cet écart conceptuel qu’a eu à se construire et à exister la commission socioprofessionnelle de la SPP et c’est probablement une des raisons pour lesquelles son positionnement est complexe. Historiquement, la Commission a toujours été un peu en décalage avec le reste de l’institution SPP. Elle s’avère davantage « politique et engagée », tentant de soutenir les analystes travaillant en institution. Elle a pu proposer des expérimentations, tels les groupes de pratique clinique qui ont su trouver leur public et constituent aujourd’hui une antichambre de la formation analytique proprement dite.
En cette année du centenaire de la SPP, nous avons été une fois de plus surpris par la violence des attaques contre notre discipline. C’est pourquoi nous travaillons plus que jamais à « faire du lien », à étendre le champ des collaborations et créer du collectif là où on nous impose de l’individuel. Nous croyons que l’individu puise dans le collectif et les alliances constituées, la force de résister à la simplification et au déni de la souffrance psychique. C’est ainsi que nous pourrons continuer à promouvoir la clinique dans un monde où prime l’économique et les techniques d’adaptation et rééducation.
Les représentants des AEF qui ont pris la parole lors des deux premiers samedis du centenaire se sont fait l’écho des doutes et des difficultés qui émaillent leur parcours de jeunes analystes.
Nous allons inaugurer, le 21 mars, un cycle de réunions sur le thème de l’avenir de la psychanalyse avec des intervenants de différentes disciplines des sciences humaines et sociales.
Notre invité pour ce premier opus est Richard Rechtman, anthropologue des subjectivités et de la psychiatrie contemporaine, directeur d’études à l’EHSS (École des hautes études en sciences sociales).
Avec son aide, nous allons tenter de donner un éclairage de la situation actuelle de la psychanalyse dans le socius. Nous voulons l’interroger et nous interroger sur le positionnement du discours analytique afin qu’il se distingue à nouveau des autres discours et poser la question de l’institution psychanalytique.
Nous partons de l’idée qu’il existe une perversion de la Kultur qui attaque l’institution, comme elle attaque les processus de pensée. L’ensemble des disciplines qui constituent les sciences humaines et sociales sont également menacées. Chaque discipline a une expertise et une spécificité qui enrichit le débat. Les psychanalystes, quant à eux, ne sont ni détenteurs d’un ordre moral, ni appelés à tenir un discours social. Ils doivent poursuivre le travail initié par Sigmund Freud qui soutient la subjectivité humaine de façon radicale.
Richard Rechtman, dans un texte récemment paru à propos de l’utilisation du terme de « traumatisme » dit : « Nous assistons à une colonisation politique et morale sans précédent de la sphère de l’intime, et par extension des discours psychiatriques et psychanalytiques, sous couvert d’une raison sanitaire. »
Tout en gardant en mémoire l’affirmation freudienne qui est que « l’on n’obtient rien par des concessions à l’opinion publique » , nous croyons cependant que l’avenir de la psychanalyse tient à la sauvegarde de notre spécificité et de notre histoire mais qu’elle tient aussi à notre capacité d’ouverture et à notre façon d’aborder les questions qui nous sont adressées par le socius.
[1] Freud, lettre à Laforgue, novembre 1923 : « Je voudrais vous mettre en garde […] On n’obtient rien par des concessions à l’opinion publique ou à des préjugés régnants. Ce procédé est tout à fait contraire à l’esprit de la psychanalyse, dont ce n’est jamais la technique de vouloir camoufler ou atténuer les résistances […] »