Ce fut la thématique du troisième opus des samedis du centenaire qui s’est tenu à la SPP et en visioconférence, le samedi 21 mars 2026. La réunion était ouverte à tous les membres et AEF de notre société ainsi qu’à quelques invités.
La Commission socioprofessionnelle de la SPP a décidé d’ouvrir la réflexion sur « l’avenir de la psychanalyse » à diverses disciplines des sciences humaines.
À l’occasion du centenaire de la SPP, elle a invité Richard Rechtman, psychiatre, psychanalyste et anthropologue. Les travaux de Raymond Cahn – qui a créé la Commission socioprofessionnelle en 1987, et produit en 2002 un ouvrage intitulé La fin du divan ?, qui donne son titre à notre rencontre – ont constitué le point de départ de notre questionnement.
Le choix du thème lié aux questions sur l’avenir de la psychanalyse semble d’autant plus pertinent que ces derniers mois ont vus une recrudescence des attaques contre notre discipline. Que disent ces mouvements d’hostilité à la psychanalyse de notre histoire contemporaine ?
Richard Rechtman nous assure qu’il serait réducteur de ne rattacher ces attaques qu’au seul néolibéralisme et aux « résistances » à la psychanalyse. D’après lui, nous sommes témoins d’une évolution de la norme : plus les discours psychanalytiques ont pénétré la société, plus ils ont été attaqués. La norme sociale n’était pas la même à l’époque de Freud et ses travaux ont été émancipateurs, un véritable discours des lumières plus que militant. De nombreux textes tel Malaise dans la civilisation ou « Pourquoi la guerre ? » (issu d’un échange de lettres avec Einstein) sont encore très actuels. Freud, en son temps, bouleversait le système social et, paradoxalement, notre discipline aujourd’hui est perçue par certains comme réactionnaire.
Aux USA autour du féminisme, de la question homosexuelle, de la reconnaissance du traumatisme, le malentendu est total. Il est demandé aux psychanalystes de se positionner et toute mention de la réalité psychique est inaudible.
Au tournant des années 2000, la souffrance devient collective. Avant la guerre du Vietnam les traumatisés psychiques étaient considérés comme des lâches. Depuis les années 2000, on assiste à un renversement : non seulement la souffrance psychique devient acceptable mais elle est aussi l’enjeu de combats politiques.
Les psychanalystes, notamment sur la question des violences faites aux femmes, se réfèrent plus à la réalité psychique qu’à la réalité historique. Des lettres de Freud à Fliess sont exhumées par ses pourfendeurs pour convoquer « une conspiration du silence » : ils savent mais ne veulent pas dire et ont préféré élaborer la théorie du fantasme pour évacuer la réalité. Dans le nouveau paradigme, seul l’évènement est la cause de tout, la subjectivité tend à être évacuée.
Autre forme de « ratage » (c’est le terme employé par Richard Rechtman) : le mariage des homosexuels. Les interrogations des psychanalystes sont perçues comme des condamnations morales. Du temps de Freud, la norme sociale s’articulait autour du religieux et du politique, aujourd’hui elle est plus difficile à définir : à partir du psychique, du sanitaire.
Pour Richard Rechtman, la psychanalyse doit rester sur son terrain et ne pas être utilisée pour justifier un interdit. Elle amène à comprendre l’impossible mais ne doit pas édicter des normes dans l’espace social. Elle doit rester « subversive », demeurer dans l’intime et le singulier. Notre invité nous propose même – pourquoi pas – de changer de vocabulaire, de reformuler des termes – tel celui de traumatisme – qui en passant dans le langage courant perdent la spécificité à laquelle les psychanalystes se réfère dans leur champ.
Une passionnante discussion a suivi l’intervention de notre invité, dont nous retiendrons la conclusion d’Emmanuelle Chervet qui évoque un « grand chantier de pensées ».
Cet échange nous a, en effet, permis de repérer de multiples pistes pour de prochaines rencontres interdisciplinaires à propos de « l’avenir de la psychanalyse ».
Bénédicte Bonnet-Vidon et Marie-Hélène Huet
Secrétaire et Présidente de la Commission Socioprofessionnelle de la SPP