Société Psychanalytique de Paris

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Christophe Dejours, Helène Tessier (dir) : Laplanche et la traduction : une théorie inachevée

Il s’agit d’un ouvrage collectif dont les textes ont été présentés aux Journées internationales Jean Laplanche (1924 – 2012) en 2016 sur le thème de la traduction. La notion d’aide à la traduction a été elle-même introduite au cours de ces mêmes journées qui ont eu lieu en 2003. La traduction concerne les messages énigmatiques prononcés par l’adulte envers l’enfant. La théorie de la séduction généralisée stipule un caractère énigmatique du message de par la compromission par le sexuel. De cette manière, l’adulte participe activement à l’avènement des théories sexuelles infantiles car celles-ci sont une réponse à la curiosité qui s’origine dans les messages énigmatiques de l’autre. C’est précisément le mytho-symbolique qui est censé aider l’enfant à cette traduction.

L’univers mytho-symbolique est au service de la traduction de ces messages énigmatiques grâce aux schémas narratifs comme par exemple les fables. Ainsi, les ouvrages destinés aux enfants sont non seulement structurants mais lui permettent de s’introduire dans des codes du monde symbolique humain. De ce travail psychique découle une symbolisation. Le symbole aboutit à une prévalence interne et à une possibilité de reprise en charge subjective tout au long de l’existence. Une symbolisation réussie est considérée comme ouverture à l’énigme de l’autre. L’univers mytho-symbolique est un patrimoine culturel permettant des traductions susceptibles de répondre à l’énigme. Le mytho-symbolique et le sexuel infantile se situent dans le contexte de la situation anthropologique fondamentale.

Certains phénomènes culturels offrent une réouverture de l’altérité par rapport aux messages énigmatiques, comme par exemple l’univers mytho-symbolique de l’opéra qui a une fonction de réouverture de l’énigme et de nouvelle voie possible de traduction. Cependant le mytho-symbolique peut non seulement fonctionner comme aide à la traduction mais aussi comme obstacle. Les communications de l’adulte – celles dont le support est le code de la castration – peuvent agir comme des codes de traduction des messages énigmatiques et en même temps comme support des messages énigmatiques. Imposer un code conduit à un échec de traduction.

La traduction ou tentative de traduction a pour fonction de fonder un niveau préconscient dans l’appareil psychique. Traduire est un travail permanent d’attribution de sens. Dans la pratique clinique, c’est le cadre qui donne prise à la traduction issue de l’association libre, autant l’interprétation qui la débloque en la favorisant. Ainsi, la traduction devient un outil pour l’élaboration psychique et l’interprétation peut être considérée comme instrument auxillaire du processus de traduction.

L’adolescence constitue un cas particulier en ce sens qu’il s’agit de retraduire l’assignation de genre qui, plus est, dépend plus du milieu professionnel que de la famille et du socius d’origine. L’échec de ce travail peut aller jusqu’au clivage du moi.

La clinique psychosomatique pose la question du destin des messages dans l’appareil psychique et des entraves au travail psychique car elle rend compte des ratages de la sublimation et de la dynamique traduction – symbolisation. La pensée opératoire serait une forme de pensée qui ne se traduit pas.

La place du mytho-symbolique se situe donc du côté de la traduction et de la liaison de l’excitation. L’aide à la traduction suppose une médiation entre mytho-symbolique et l’individu. La notion de code caractérise le mytho-symbolique. Le mythe est une forme sans laquelle le code, la règle sociale, ne peut s’actualiser ni se transmettre. D’ailleurs, l’influence du contexte socio-économique, notamment précaire, retentit sur la traduction par le biais d’une identité défaillante entrainant un repli sur la pureté fantasmée des origines.

Dans certains cas cependant le mytho-symbolique n’est pas au service de la traduction. C’est le cas de l’imaginaire social responsable d’un appauvrissement de la pensée par le biais de la capture imaginaire.

La traduction de l’énigme peut être aussi étendue à la traduction des langues et plus essentiellement de l’œuvre de Freud en français ; tâche pour laquelle Laplanche fut directeur scientifique.

Au total : L’aide à la traduction va à la rencontre de l’effort à penser. C’est l’apprésentation sous le nom du mytho-symbolique qui permet la traduction – symbolisation et qui relève de la culture.

Rénate Eiber (décembre 2019)

Laure Bonnefon-Tort, Anne Maupas, Dominique Tabone-Weil (dir), La psychanalyse est-elle mortelle ?

Cet ouvrage collectif examine la position de la psychanalyse dans le monde actuel et comment l’adapter aux besoins et demandes changeantes sans en renier ses origines. C’est aussi la question dans un monde d’opérationnalité, de rapidité et de mécanicité : comment intéresser l’individu à sa vie psychique et prendre du temps. Si la psychanalyse perd sa capacité d’adaptation elle est mortelle, si, par contre, elle garde la créativité et l’évolutivité elle reste vivante ce qui se traduit par les controverses, le potentiel de transformation dans la métapsychologie et un plaisir caché de l’analyse. Penser les changements dans la société permet de contrecarrer un enfermement qui conduirait à une idéologie et donc à sa mort.

Un autre point est comment peut-on entendre l’urgence d’une souffrance aigue et la revendication de la rapidité de traitement. En proposant un espace de contact avec soi, une relation authentique et d’écoute, une mise en suspend du temps, la psychanalyse permet être salvatrice dans un contexte déshumanisant et destructeur. L’expérience d’un psychanalyste dans une école de commerce parisienne, recevant des étudiants du monde entier, montre qu’il est possible de rester analyste et de pouvoir aborder des patients qui sont dans l’action, la performance et très loin de toute élaboration psychique.

La psychanalyse dans une société en changement où les repères et la temporalité s’effacent, est censée donner du sens. Différente de la cure type, la pratique analytique, notamment en institution, ne perd pas de sa noblesse. Les modalités de travail y aboutissent à des nouvelles voies thérapeutiques arrimées à la métapsychologie freudienne. Le psychanalyste en institution a la possibilité de susciter et l’intérêt des équipes soignantes et des patients pour la vie psychique.

Au total : Bien que la résistance contre la psychanalyse ait existé dès sa création – surtout par rapport à l’inconscient, la castration et la toute-puissance humaine – elle résiste toujours malgré sa mort annoncée et sa quasi-disparition du champ de la psychiatrie et du DSM.

 

Rénate Eiber (octobre 2019)

Catherine Chabert, Maintenant, il faut se quitter

Cet ouvrage passionnant est dédié à la séparation. Celle-ci, bien qu’elle jalonne toute la vie humaine au quotidien, ne va pas de soi. En effet, la capacité de se séparer s’acquiert grâce au déploiement du complexe d’Œdipe aussi bien en aval qu’en amont. La séparation suppose la constitution préalable d’un objet interne, qui, maintenu vivant, permet l’élaboration de la perte. En l’absence d’objet interne fiable, la perte ou l’absence de l’objet représente une effraction narcissique. La douleur assure, dans un versant positif, la pérennité du sentiment de continuité d’exister car elle s’inscrit dans un espace intermédiaire où il n’est plus question de son appartenance physique ou psychique. La séparation peut être à l’origine de nombreux éprouvés : angoisse, douleur, deuil, mélancolie et disparition. Cependant, c’est le contexte sous-jacent qui donne plutôt l’une ou l’autre forme d’expression chez un individu donné.

L’auteur s’appuie sur la notion de pulsion anarchique de Nathalie Zaltzman qui a comme rôle d’effectuer un rééquilibrage entre pulsion de vie et pulsion de mort, sans les considérer comme foncièrement antagonistes. Dans ce domaine, la notion de division prend toute sa valeur pour maintenir la bigarrure de la vie humaine. C’est là que la différence de sexe joue son rôle primordial car elle différencie et sépare alors que la pulsion de mort soutient le courant haineux qui conditionne la séparation. Dans la mélancolie, il y a mélange par identification à l’objet constituant un mouvement anti-séparateur, tandis que la jalousie et la passion visent la séparation. De même, un excès de liaison peut conduire de façon délétère à la massification pulsionnelle et la dédifférenciation. Ce sont les différences qui permettent de sauvegarder la vie car seule les séparations et pertes donnent accès à l’inconnu et donc au nouveau. Tout abrasement de conflits et la tendance à l’unification entraine un processus de dédifférenciation dangereux soutenu par certains traits actuels de la culture.

Au total, un des buts de toute cure devrait être de pouvoir se séparer.

 

Rénate Eiber

C. Costantino, K. Fejtö, R. Havas (dir), Le symptôme

Cet ouvrage collectif rappelle la conception freudienne du symptôme qui traverse son œuvre comme un fil rouge. Pour Freud, le symptôme névrotique, compromis psychique lié à la conflictualité psychique, est adressé à l’entourage pour y exercer une action. Il vise aussi l’analyste dans le transfert dont l’interprétation, si elle est acceptée par le patient, permet dans les meilleurs cas, de renoncer au symptôme.

La technique psychanalytique consiste, entre autres, à faire émerger le symptôme dans la relation transféro-contretransférentielle et de le perlaborer. Il existe une étroite relation entre rêve et symptôme. Ici le symptôme a un sens dans la vie de l’individu, qui peut être élucidé. Le symptôme tente de lier et représente un destin de la libido.

Dans la pathologie de l’actuel, ce sens fait défaut, le symptôme assure la survie psychique. Particulièrement intéressante est la notion de normopathie qui consiste à un reniement de la créativité du sujet qui doit être ‘normal’ et conforme, ce qui aboutit à une coupure de la subjectivité. Le normopathe est anormalement normal, pour ainsi dire, et objet de lui-même. Dans ce cas, on peut dire qu’il y a un symptôme en négatif.

L’approche anglo-saxonne du symptôme de Klein et ses successeurs montre un glissement du symptôme vers une approche globale du sujet. Chez Lacan, le symptôme évolue tout au long de son œuvre et est considéré comme une structure.

En psychopathologie, la tendance actuelle envisage le symptôme sous l’angle du modèle bio-médical aboutissant à un opérationnalisme de critères diagnostiques. Cette dérive assèche la clinique psychiatrique sous prétexte d’évaluer les thérapies ne laissant plus de place à l’individualité.

Au total : En psychanalyse, le symptôme est appréhendé à partir de l’écoute du sujet parlant. Il doit être respecté et toléré avant toute interprétation qui se veut efficace. La disparition du symptôme sous-tend un réaménagement psychique.

 

Rénate Eiber

Jacques Azoulay, Textes fondateurs. L’engagement d’un psychanalyste

Jacques Azoulay Textes fondateurs, In Press 2016

Textes introduits par les Dr Josiane Chambrier-Slama, Dr Dominique Deyon,  Dr Serge Gauthier, Dr Bernard Odier et Dr Victor Souffir.

Cet ouvrage collectif est un hommage à Jacques Azoulay (1927-2011) qui eut une double casquette de médecin psychiatre et de psychanalyste. Les auteurs sont ses anciens collaborateurs, eux aussi psychanalystes, qui montrent, comment il est possible de penser les soins, de manière féconde, en combinant cette double compétence, avec des patients psychotiques graves, dans une approche novatrice et créative sortant du contexte asilaire jusqu’alors prévalent.

Le travail avec Philippe Paumelle au sein de l’Association de Santé Mentale du 13ème arrondissement de Paris et l’avènement de la sectorisation dans les années 1970 ont notablement influencé sa pratique. Il s’est interrogé, avec son équipe, sur la place de la psychanalyse en psychiatrie tout en tenant compte, dans la prise en charge du psychotique, du potentiel de transformation psychique car, pour lui, tout échange humain authentique contient cette possibilité. Son travail fut axé sur l’ouverture, néanmoins en respectant le rythme et les besoins du patient, notamment de régression, et éviter le désespoir des équipes face aux patients «insortables», s’opposant ainsi à la stérilisation des soins, l’enlisement et la chronicisation. Dans ce contexte, la notion de temps est importante, autant dans le vécu du patient que par rapport aux soins en introduisant des interruptions d’hospitalisation mais en assurant la permanence des soins. C’est là l’intérêt de l’hôpital de jour. Jacques Azoulay et son équipe, dont faisait également partie Benno Rosenberg, s’intéressèrent aux parents et aux enfants de leurs patients psychotiques, les incluant dans les soins par des équipes différentes ayant des échanges réguliers.

Une bibliographie de l’œuvre de Jacques Azoulay complète ce livre.

Au total : les écrits de Jacques Azoulay et les témoignages de ses collaborateurs sont toujours d’actualité dans une période où la protocolisation standardisée et codifiée des soins domine et la mode est aux hospitalisations et thérapies brèves. Le maître mot de Jacques Azoulay est de penser le patient comme sujet et d’intégrer les notions de psychanalyse dans la pratique de soins au quotidien.

Rénate Eiber (avril 2019)

Quel genre de sexe ?

Il s’agit d’un ouvrage collectif très hétérogène, mais avec un point commun : tous les auteurs font appel à Judith Butler et Gayle Rubin, féministes et lesbiennes mais non psychanalystes.

D’emblée, il est important de noter que les théories du genre, réduisant le sexe au genre, sont différentes des études de genre. G. Rubin dénie l’influence de l’anatomie sur l’identité dans le but d’une émancipation de la première assignation de genre, tout en ignorant l’assignation de genre par l’inconscient des parents. L. Kahn propose une lecture critique de Butler en comparaison avec Rubin et d’autres auteurs dont Jean Laplanche, pour arriver à conclure que « la sexuation des corps, mâle-femelle, ne dépend pas, ne dérive pas, ne peut pas dériver de l’action du langage. Ce qui dérive éventuellement de l’action du langage, ce sont des identités sexuelles… » L’articulation entre genre et sexe anatomique montre l’influence de l’environnement si bien formulée par la phrase célèbre de Winnicott, qui ne se réduit pas à la bisexualité : « Vous êtes un homme et j’entends une fille et c’est à cette fille que je parle ».

La notion de théorie de genre est utilisée par les responsables politiques pour disqualifier la légitimité politique d’évolutions juridiques et la légitimité scientifique des études de genre interrogeant la construction sociale des inégalités, selon Réjane Sénac.

Tous ces débats ont comme fantasme sous-jacent l’indifférenciation des sexes et des sexualités afin de ranimer le débat sur l’égalité homme – femme, voulant effacer toute différence même anatomique.

Particulièrement saisissant est l’analyse d’Isée Bernateau du roman « Orlando » de Virginia Woolf qui dénonce les préjugés par rapport au sexe et montre pour le genre, socialement construit, qu’il n’a ni la même définition ni les mêmes valeurs selon les lieux et les époques.

Jacques André termine cet ouvrage par une lecture critique de Foucault qui occupe une place privilégiée dans les études de genre.

Au total, ce livre montre le débat complexe concernant le genre et les théories du genre ainsi que la place que peut y avoir la psychanalyse.

Rénate Eiber

La clinique du psychanalyste aujourd’hui : une pratique ouverte, un cadre sur mesure

François Duparc, La psychanalyse aujourd'hui

Cet ouvrage constitue un manuel très pratique pour le travail quotidien du praticien qui souhaite s’y retrouver dans la clinique actuelle. L’auteur propose une approche nosologique selon trois axes, en tenant compte de la complexité de la psyché humaine et en dénonçant le simplisme de la normopathie qui trouve sa caricature dans le DSM. Ces axes comportent le développement pulsionnel, les mécanismes de défense et de contenance, et l’Œdipe avec ses fantasmes originaires constitutifs : scène primitive, castration, meurtre cannibalique du père, retour au ventre maternel et la séduction. Selon la fixation prédominante d’un de ces fantasmes originaires découlent les différentes lignées pathologiques qui, en intégrant les mécanismes de défenses prévalentes, aboutissent à une nosologie riche et différenciée. L’auteur montre pour chaque pathologie les particularités, par exemple pour la phobie où il convient de distinguer entre véritables phobies névrotiques et phobies des états limites. Quelque soit le type de dépression, le fantasme sous-jacent prédominant est celui de la castration. Dans les états limites, le clivage du Moi joue un rôle central et l’auteur décrit trois types qu’il faut comprendre à partir de la première topique et du préconscient. Les personnalités multiples représentent un exemple caricatural du clivage. La réflexion de l’auteur sur le lien entre la société de consommation et les addictions est particulièrement saisissante. Dans l’anorexie, l’aliment devient l’objet des motions agressives. La névrose traumatique se caractérise par sa temporalité dont le second temps a pour conséquence une paralysie des désirs et des rêves faisant penser à un mode de fonctionnement opératoire. L’hypochondrie, un carrefour pathologique, constitue une barrière contre la régression. Les lignées psychosomatiques ont toutes en commun une défaillance de l’environnement du nourrisson entrainant une hypermaturité précoce. L’auteur explicite le lien entre un deuil invisible et le risque cancéreux à l’aide de deux exemples historiques : Rimbaud et Freud. Dans le registre des psychoses, l’auteur décrit le mécanisme de l’hallucination négative comme condition préalable de l’hallucination positive.

Chaque entité pathologique nécessite des stratégies thérapeutiques adaptées, par exemple la relaxation psychanalytique, qui, en fonction de l’évolutivité, peuvent aboutir à une cure type.

Au total, un manuel bien utile pourtravailler, très clair et surtout très agréable à lire.

 

Rénate Eiber (juillet 2018)

Cicatrices de la psychose

Cicatrices de la psychose sous la direction de Jacques André

Cet ouvrage collectif traite la question de ce qui reste après un épisode psychotique, c’est-à-dire la cicatrice, et sous quelle forme et nature elle se donne à voir. Dans le domaine de l’art, l’oreille coupée de Vincent Van Gogh dans un moment de délire est célèbre, mais ce n’est sûrement pas une cicatrice de guérison. Ce terme est d’ailleurs rarement employé dans le champ de la psychopathologie en général et de la psychose en particulier. En analogie à l’anatomopathologie, la cicatrice peut être envisagée sous l’aspect d’un traumatisme dans le passé ayant produit une effraction du tissu psychique dont le délire tenterait la suture. La cicatrice du tissu psychique témoignerait donc d’un évènement sous l’effet duquel le moi-réalité a subi une déchirure originelle. L’approche thérapeutique analytique illustrée par des cas cliniques montre que l’accès à cette déchirure ne peut se faire que par ces cicatrices. Dans ce contexte, il paraît être intéressant de distinguer cicatrisation par la psychose et cicatrisation de la psychose. Les termes cicatrice et cicatrisation ne semblent néanmoins pas très pertinents pour les formes évolutives mais s’appliqueraient plutôt aux éléments ‘fous’ résistant à toute thérapeutique. Ceci évoque également la question de l’impact de la psychose cicatricielle parentale ou familiale dans la vie de l’individu qui soit s’identifie totalement au discours de l’autre soit n’existe pas. Les cas cliniques d’enfant mettent en évidence l’importance de réintroduire le pouvoir métaphorisant d’une image figée afin de réanimer le psychisme et de l’intégrer au reste du fonctionnement psychique, et soulèvent aussi la question de cicatrisation de la psychose par les voies de la perversion dont un cas particulier constitue le fétiche. Lors d’une cure, une crise psychotique peut, d’une part, interroger sur le rapport entre ce qui n’est pas perçu dans le mouvement analytique et, d’autre part, comme expression d’une dimension historico-psychique qui est restée enkystée jusqu’à ce moment là, laissant supposer l’existence d’une catastrophe originelle.

Au total, le traitement psychanalytique de la psychose devrait tendre à signifier l’insignifiable.

Rénate Eiber (janvier 2018)

Sigmund Freud

Que sais-je ? Freud de Jean-Michel Quinodoz

L’auteur a réussi le grand défi de résumer l’œuvre de Freud et ceci dans un langage très clair. Cet ouvrage permet ainsi une introduction aux théories de Freud pour toute personne désirant s’initier à son œuvre. Comme l’auteur nous l’indique, les contributions freudiennes sont toujours vivantes mais peu de personnes, hormis les experts, arrivent en avoir une vue d’ensemble.

Dans la période avant 1900, la pensée de Freud est très certainement marquée par l’esprit de  modernité introduit, notamment en médecine, par le Professeur Rokitansky. Lors de sa première publication, Freud n’avait que 21 ans. Cependant, sa démarche scientifique , s’exprimant dans les lettres à son ami Fliess à Berlin, nous est connue grâce à l’acquisition de cette correspondance par Marie Bonaparte en 1936. Par son auto-analyse, Freud découvre le complexe d’Œdipe, la notion de complexe provenant de Jung, et l’importance des mythes.

Dans toute son œuvre Freud part de l’observation pour aboutir à la notion de concept, en commençant par le domaine de l’inconscient.

Le transfert est une découverte précoce dans l’œuvre de Freud mais seulement pris en compte après l’échec de la cure de Dora. La métapsychologie est le point d’arrivée et le point de départ dans l’évolution de sa pensée. Freud a prévu 12 textes mais n’en publia que cinq, le sixième « Vue d’ensemble des névroses de transfert » fut retrouvé en 1983. Freud introduit par la suite le principe de nirvana, expression de la pulsion de mort et le principe de plaisir en tant que revendication pulsionnelle, ainsi que la seconde topique. Il distingue la culpabilité consciente et inconsciente, cette dernière étant à l’origine de la réaction thérapeutique négative.

La description de la psychose, caractérisée par le fonctionnement en processus primaires, le défaut de refoulement et un langage particulier, clôt cet ouvrage.

Au total, ce manuel permet se retrouver dans les méandres de la pensée freudienne.

Rénate Eiber (septembre 2017)