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La sexualité masculine

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La sexualité masculine, PUF, Que sais-je ? numéro 3983, ISBN 9782130619451, 128 p.

Ce petit livre de la collection « Que sais-je » m’a fait penser à la Première Conférence de « L’Introduction à la Psychanalyse » de S. Freud. Comme celui-ci, Jacques André s’adresse à un public non spécialiste. Comme celui-ci, il réussit à nous parler de notions psychanalytiques fondamentales à partir d’observations de la vie quotidienne et du comportement. Il ne nous demande pas de le croire mais de constater avec lui la diversité des « vies sexuelles des hommes » (quatrième de couverture).

Dans la première partie de son livre, Jacques André ouvre sur notre époque et la récente liberté sexuelle des femmes et des hommes, liberté qui est avant tout celle du choix du partenaire. Cette liberté est ensuite mise en perspective avec les conflits psychiques : l’inconscient est politiquement incorrect.

Le tissage entre le culturel et le  singulier se fait ainsi pendant toute une vie.

Puis, Jacques André fait le lien avec la notion de la pulsion intemporelle, avec l’infantile dans la sexualité et encore avec les fantasmes masculins se confrontant au féminin.

L’auteur appelle la deuxième partie de son livre « Figures ». C’est dans ces « figures » que s’expriment des fantasmes qualifiés parfois de perversions selon les époques et les cultures. Jacques André parle de ces comportements pervers et, surtout, nous permet de nous intéresser à leur sens.

Une troisième partie du livre nous ramène vers la clinique, celle offerte par les grands écrivains et cinéastes. A nouveau, nous ne nous retrouvons plus dans le cabinet du psychanalyste mais dans notre environnement culturel partagé.

Enfin l’auteur aborde la problématique des fantasmes « affaiblis » qui débouchent sur la destructivité…. une conclusion sur l’importance des fantasmes pour la vie singulière et culturelle.

Publié le 16 juillet 2015

 


La Psychanalyse avec Wilfried R. Bion

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La Psychanalyse avec Wilfried R. Bion, Ed Campagne Première, 2014, ISBN : 978 2372060066.

Ce livre de François Lévy, psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, (SPF), auteur de nombreux articles, est le fruit d’un énorme travail. Quinze ans d’un séminaire d’enseignement sur l’œuvre de Bion, plusieurs années de rédaction.

C’est dire que l’ouvrage constitue un véritable outil de travail, non seulement pour qui voudrait aborder l’œuvre de ce grand psychanalyste, mais également pour ceux qui le connaissent et le pratiquent déjà et qui y trouveront des développements approfondis et des éléments bibliographiques très fouillés.

François Lévy présente cette œuvre réputée difficile en guidant le lecteur, pas à pas, comme un voyageur dans un pays étranger. Il articule des perspectives générales qui situent Bion dans la pensée philosophique et psychanalytique – car en effet Bion est un grand penseur, dont la préoccupation principale était « Qu’est-ce que penser ? » – avec des éléments biographiques très éclairants, et des notions beaucoup plus spécifiques, que l’auteur n’hésite pas à étudier dans le détail, comme elles le méritent. Alors que Bion a la réputation (qui décourage certains !) d’être très abstrait, François Lévy montre que ces théories ont toujours des implications directes dans la clinique. Par exemple, le concept bionien de « non-sein » qui renvoie au concept de « préconception » permet de repenser la question du deuil et de la perte de l’objet. C’est pourquoi, lorsque François Lévy cherche les origines de la pensée de Bion dans l’œuvre de Freud et celle de Mélanie Klein et qu’il le dit fidèle à l’un et à l’autre, on peut se demander si, en fait, l’œuvre de Bion n’est pas plus en rupture qu’en continuité avec ses prédécesseurs.

Tous les grands concepts de Bion sont évoqués et expliqués, dans leurs origines et leurs prolongements. La fonction alpha toujours reliée, selon Bion, à une « expérience émotionnelle partagée »,  le modèle contenant-contenu, les processus de transformations, le fameux et mystérieux point O. Un chapitre original est consacré  à « La récusation de la causalité », où François Lévy montre comment la psychanalyse bionienne nous invite à repenser le modèle de la causalité.

Le livre se clôt avec un chapitre sur les recherches sur les groupes, ce qui est paradoxal, puisque c’est avec les groupes que Bion a commencé, mais qui est en fait très pertinent, car Bion n’a jamais oublié ses travaux sur les groupes, même s’il ne les a plus pratiqués et l’appareil psychique de Bion est toujours conçu comme une configuration groupale.

Une bibliographie et un index complet seront des outils très utiles pour les lecteurs, les étudiants et les chercheurs.

Publié le 16 juillet 2015

 

 

 


Autismes, la clinique au-delà des polémiques

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Autismes, la clinique au-delà des polémiques, Paris, Editions In Press, 2014, ISBN 978-2-84835-273-2, 290 p.

Ce livre est un ouvrage collectif d’articles de qualité inégale et dont les auteurs ne sont pas tous des psychanalystes. Il essaie d’aborder le problème de l’autisme sous un angle objectif et non pas sur un plan affectif. Les changements nosographiques font passer l’autisme d’une maladie rare à une véritable épidémie. A juste titre sont montrés les débats politiques, les lobbies des associations et l’intervention de l’Etat, ce qui serait impensable pour une maladie somatique.

L’approche de l’autisme nécessite de corriger les préjugés et les confusions, notamment entre cause et conséquences. Ce sont Kanner et Asperger qui décrivirent en premier des parents pathologiques et non les psychanalystes. Ces derniers sont mal perçus et mal compris par les non analystes. Dans cette confusion s’ajoutent les différents systèmes diagnostiques avec chacun leur propres définitions. Il semble cependant pertinent de distinguer l’autisme de la psychose car le travail interprétatif dans ces deux pathologies n’est pas le même.

Ce livre fait également le point sur les connaissances actuelles, plus particulièrement dans le domaine de la génétique.

Une étude prospective de Centre Alfred Binet révèle l’efficacité d’une approche psychanalytique ce qui soustend la plasticité du psychisme de ces enfants.

L’autisme en tant que pathologie archaïque dégage une violence qui agit sur le psychisme des parents et des soignants. Il en découle la nécessité d’une réflexion en équipe afin que le soin reste dynamique.

Les cas cliniques présentés montrent la place de la psychanalyse, de l’orthophonie et de la psychomotricité dans la prise en charge de cette pathologie spécifique dont la difficulté  est d’établir un contact avec l’enfant.

Publié le 16 juillet 2015

 


Aux sources de la parole, auto-organisation et évolution

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Aux sources de la parole, auto-organisation et évolution. Odile Jacob, Paris 2013,  ISBN : 978 2 7381 2948 2

L’exposition sur les mathématiques à la fondation Cartier  (2010) ouvrait sur une expérience spectaculaire. Les visiteurs défilant devant trois robots disposant de capacités d’observation d’autocontrôle et d’émission et de réception de bruits, ces robots développaient spontanément un langage partagé. Cette expérience fait partie des recherches que Pierre Yves OUDEYER expose dans ce livre.

Il est possible d’obtenir que des robots disposant au départ de certaines caractéristiques développent spontanément un corpus lexical et une syntaxe, bref un code langagier partagé. Les niveaux de complexité qu’atteignent ces robots reposent sur un degré de sophistication nouveau dans la programmation de l’intelligence artificielle. Ils sont dotés de capacités d’évaluation puis d’ajustement progressif, par essais et erreurs, de leurs stratégies d’adaptation aux signaux émis par d’autres robots.

Ces expériences reposent sur les capacités d’auto-organisation de la matière. Il s’agit de phénomènes physiques passifs par lesquels la matière, inerte ou vivante, soumise à certaine conditions particulières s’organise spontanément dans ses formes macroscopiques. Exemple : les vaguelettes de sable qui se forment spontanément à la surface d’une dune sous l’effet du vent. L’auto organisation est un principe général de structuration qui, combiné à l’évolution des espèces, permet de rendre compte de la morphogénèse. Aussi le code génétique n’a-t-il pas besoin de déterminer précisément tous les aspects morphologiques du vivant. Il suffit qu’il engage une dynamique du développement et celle-ci s’organisera ensuite spontanément dans certaines formes. Ces mécanismes permettent aussi de comprendre l’apparition d’anomalies manifestes de la morphogénèse à partir de dévoiements minimes des conditions initiales.

Concernant l’apparition et le développement d’un langage Oudeyer construit pour ses expériences des modèles robotisés des appareils auditifs et phonatoires. Il montre que des robots ainsi pourvus, de par leurs interactions aléatoires, vont créer progressivement des concepts associés à un lexique et à une syntaxe. Cette création introduit de la discontinuité dans un univers sensoriel au départ continu et statistiquement homogène. Il précise bien que le langage ainsi développé n’a pas valeur de communication. Et on peut d’ailleurs remarquer qu’à ce langage des robots manque ce qui est véhiculé d’affects dans le langage humain par le biais de la prosodie.

L’apparition du langage est selon lui un effet collatéral d’une particularité de l’espèce humaine qu’il tente de recréer d’un point de vue cybernétique : la curiosité. Curiosité dit-il de l ’infans qui le pousse à explorer et son corps et le monde et à juger des relations et conséquences de l’un et de l’autre. Cette épistémophylie propre à l’humain, il la modélise en programmant ses robots de telle sorte qu’ils puissent faire des prévisions à l’aune desquelles seront mesurés les effets réels de leurs actions. Le robot ensuite choisira préférentiellement les stratégies qui lui permettent d’améliorer sa prédictibilité. A l’inverse lorsque celle-ci est parfaite le robot se désintéresse du problème et cherche à produire de nouvelles prévisions.

Le babillage de l’enfant au berceau serait ainsi selon Oudeyer un cas particulier d’un véritable « babillage corporel » de l’enfant explorant son corps en relation avec le monde et qui est soutenu « par la curiosité et le pur plaisir d’apprendre ». C’est de la reproduction par les robots de ce babillage, au départ aléatoire puis progressivement organisé par l’interaction, que naissent les formes verbales qui vont structurer l’architecture syllabique du langage.

Il ya quelque chose de stupéfiant à retrouver, à lire entre les lignes du texte de Oudeyer, les propositions de Freud dans l’Esquisse d’une psychologie scientifique (1895). (Jusque à l’emprunt métaphorique du terme de neurone !). Mais cette confirmation par l’expérience de certaines des propositions freudiennes ouvre en même temps sur un abime des plus inquiétant, celui d’un monde habité d’humanoïdes robotiques qui s’adapteraient parfaitement aux humains, s’ajustant toujours plus finement à leurs comportements et à leurs désirs et qui soulève une angoisse de perte de la spécificité de soi. Le monde de la guerre des étoiles peut être fascinant à l’écran, sa réalité serait terrifiante.

Publié le 16 juillet 2015

 

                                                                              


Penser la psychanalyse avec Bion, Lacan, Winnicott, Laplanche, Aulagnier, Anzieu, Rosolato

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Penser la psychanalyse avec Bion, Lacan, Winnicott, Laplanche, Aulagnier, Anzieu, Rosolato, Paris, Ithaque, 2013, ISBN 978-2-916120-37-9, 178 p.

Ce livre, paru posthume en 2013, est un recueil de textes sur de grands psychanalystes contemporains de Green qu’il a tous rencontrés personnellement. Le message que Green nous a laissé en héritage, est de nous inviter à relire ces auteurs qui ont marqué son œuvre.

Urribari insiste, en préface, sur la particularité de la démarche de lecture et de penser de Green. Tous ces textes ont un dénominateur commun : Green étudie les concepts et pensées de ces auteurs et les enrichit de sa propre pensée.

André Green put rencontrer Bion et échanger avec lui. Il a suivi l’enseignement de Lacan, a eu des relations amicales avec lui pour finalement se distancier de lui. Assoiffé de nouveautés, Green a découvert Winnicott. Il considère « Jeu et Réalité » comme la plus grand œuvre depuis la mort de Freud. Alors que Green adhère à la pensée de Bion et de Winnicott, il se dit déçu par l’écriture de Lacan qui vise à imposer sa pensée. Green remercie Winnicott, qu’il a rencontré pour la première fois en 1961, d’avoir posé un certain nombre de questions fondamentales avec la plus grande sincérité. Bien que Green trouve la pensée de Laplanche très riche, il n’en est pas totalement convaincu car elle ne lui permet pas de mieux comprendre la clinique actuelle. André Green nous guide à travers l’œuvre de Piera Aulagnier tout en apportant ses propres points de vues. Il est admiratif devant la pensée d’Anzieu dont la démarche structuralo-génétique aboutit à des énoncés originaux. A Rosolato le relie une longue amitié depuis leur internat à Sainte-Anne où ils avaient déjà des joutes oratoires. Dans l’addendum, Green nous explique que la découverte d’un manuscrit égaré de de Saussure montra que le « Cours de linguistique générale » (1916) comportait de nombreuses déformations ce qui permet d’expliquer les positions de Lévi-Strauss mais aussi de Lacan.

Un aperçu très clair du contenu de ce livre a été publié par B. Brusset dans la Revue française de Psychanalyse (tome 78 n° 2, 2014).

En conclusion, l’espoir de Litza Guttieres-Green, exprimé dans sa note éditoriale, de susciter l’envie de relire ces grands auteurs, est pleinement accompli.

Publié le 16 juillet 2015

 

 


Le processus analytique. Voies et parcours

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Le processus analytique .Voies et parcours, Paris, Puf, 2015, ISBN 978-2-13-059208-2, 344 p.

Thierry Bokanowski vient de publier : « Le processus analytique »  qui prolonge son rapport du 64ème Congrès des Psychanalystes de Langue Française  (CPLG) qui s’était déroulé à Milan en 2004. Il s’intitulait alors : Souffrance, destructivité, processus.  Donc cette dernière publication recentre la réflexion autour de la notion  même de processus que l’auteur  va développer de façon détaillée, voire même dans un souci d’exhaustivité  tout en maintenant la gageure de préserver un espace ouvert de pensée. L’auteur explore  dans les premiers chapitres cette notion de processus qu’il pose comme un postulat selon la définition du Petit Robert : « un principe indémontrable qui parait tout à la fois légitime et incontestable ».

 Freud a lui-même très peu employé ce terme. Une citation est tirée de l’article de 1913 sur « Le début du traitement » où il s’agit principalement de la résolution des refoulements existants avec l’idée qu’une fois engagé le processus irait son propre chemin, celui de la névrose de transfert .On peut être tenté de questionner l’auteur, avec cette objection de J. Canestri, qui se demande si le processus analytique serait un artifice. N’est il pas tout simplement l’équivalent du travail analytique, de la dynamique des processus psychiques eux-mêmes. Il semble que ce modèle dynamique que T. Bokanowski élabore pour penser le processus en termes de mouvements d’intrication et de désintrication,de processualité transformatrice et d’antiprocessualité, reprend le modèle même de la pulsion.

Quoiqu’il en soit  ce livre est une passionnante leçon clinique qui nous procure aussi un plaisir de lire. T. Bokanowski  place au cœur du processus la rencontre de deux psychés, « une interpénétration » dans leur dynamique complexe et interactive. Il  observe «  l’infinie succession des mouvements psychiques » qui en résulte  tant du coté du patient que du coté de l’analyste. C’est là ce qui fait la richesse de ce livre, en ce que l’auteur nous plonge « dans le vif » de la séance, mais surtout ce qu’il nous transmet du travail psychique de l’analyste en séance.  Dans ses récits cliniques il nous livre tout ce qui anime l’analyste du point de vu de ses affects, ses questionnements sa technique et ses théories, tout en se maintenant dans un accordage proche et précis avec le patient par une écoute à la fois contenante et symbolisante. Un fort désir de transmettre est au cœur de l’écriture.

Pour T. Bokanowski, « l’idée du processus découle du pouvoir transformateur de la psyche », et il fait de la transformation de la douleur en souffrance la finalité de ce processus.   Dans le chapitre XVIII les mots sont précis et inspirés pour parler de l’innommable de la douleur taraudante et terrifiante que l’analyste peut tenter de se représenter et de vivre dans sa chair. Il  nous parle de la douleur comme «  le point de l ‘impossibilité de souffrir », quand les excitations ne peuvent plus être liées à une représentation d’objet intricante, dans  une rupture de contact interne .Pour être éprouvée comme souffrance, la douleur doit rencontrer un objet qui la contienne. T. Bokanowski  se situe au plus près de ces vécus de détresse primaire de l’archaïque  et de la violence fondamentale. Il va «  au contact » de  contenus psychiques, qui sont en deça  du registre secondarisé et de l’organisation œdipienne, là où la déliaison est à l’œuvre et la destructivité.

C’est à ce titre que ce livre nous parle de l’analyse contemporaine ainsi que par la multiplicité des références théoriques, depuis les auteurs post- freudiens jusqu’aux apports  plus récents, dont A. Green et sa théorisation du travail du négatif. qui inspire un partie de la réflexion de l’auteur, autour de la notion de transferts négativants, de destructivité et d’antiprocessualité. Cette diversité nourrit les théories implicites des analystes d’aujourd’hui.            T.Bokanowski nous fait avancer au cœur d’une dynamique complexe, qui prend en compte l’hétérogénéité des niveaux de fonctionnements psychiques dans une écoute multi focale et se référant à des modèles théoriques eux aussi hétérogènes.

Cette complexité est souvent exprimée sous forme de paradoxes, comme le paradoxe d’un mouvement qui ne pourrait s’initier qu’à partir du moment où il porte en lui la nécessité de sa terminaison, que le mouvement processuel ne peut se faire que s’il s’intrique avec en contre champ un mouvement anti processuel que finalement l’analyse aurait pour but d’accroitre la capacité de souffrir du patient…

Ces paradoxes impriment  à la démonstration un mouvement circulaire dont la visée qui peut être déstabilisante est de questionner les théories qui fonctionneraient comme des  convictions  et vérités intangibles et auraient alors un effet anti processuel.

Aussi  dans sa conclusion T. Bokanowski se positionne pour une conception de l’analyse en tant que «  mythe vivant,  espace de pensée ouvert, transformable » et en cela garant de la processualité.

Publié le 16 juillet 2015

                                                              


Le divan familial n°34 : Le corps familial de la métaphore au concept

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Le divan familial n°34 : Le corps familial de la métaphore au concept. In Press, Paris 2015,  ISBN : 978 2 84835 3

Comme son nom l’indique, Le divan familial est la revue de la société française de thérapie familiale psychanalytique. Ce numéro reprend les interventions d’un colloque de 2014 : « Corps, couple, famille ».

Anne Loncan s’interroge sur les analogies entre corps individuel et corps familial tandis que la régression groupale, à l’œuvre dans les thérapies familiales, favorise la pensée métaphorique. L’analyste est sollicité lui-même directement dans son corps (P. Robert)

Divers aspects d’une clinique contemporaine sont évoqués : la sexualité adolescente dans la famille (F. Baruch), l’obésité (Schwailbold et Cuynet), le don d’ovocytes (Levy et Gomes), l’Interruption volontaire de grossesse (Le Clef), dans leurs relations à l’institutionnel.

Armelle Hours propose une élégante vignette clinique d’un enfant de 8 ans suivi dans un groupe conte. Elle montre la possibilité de travailler par moments dans l’illusion d’un espace privé à deux à l’intérieur du groupe, moment transitoire nécessaire ici à l’intégration réelle au groupe.

Alberto Konechickis repère dans une séance familiale, comment un mouvement de l’enfant dans la pièce peut être un élément de l’associativité manifeste. Il s’appuie sur ses travaux antérieurs sur les identifications corporelles du bébé liées au mouvement, lequel constitue une activité psychique primaire dans laquelle le bébé dessine l’espace psychique ; « trace les contours de l’espace et du temps ».

Les prises en charge de couple font apparaître l’importance des traumas sur leur organisation (S. Arpin) au point que les corps peuvent en être absents comme remplacés par un pacte idéologique et dénégatif (M. Sommantico). La prise en charge groupale peut alors amener à la reviviscence d’expériences primaires dans le couple (Rissone et Tartari).

L’incestuel dans le fonctionnement familial fait surgir la figure du « monstre » (A.M. Guehria), fruit d’amours interdites qui provoque effroi et sidération. « Lorsque le monstre paraît », c’est quelque chose d’une intériorité honteuse de la famille qui se trouve dévoilée : l’alliance inconsciente qui assigne au sujet cette place. Un cas clinique illustre la manière dont les soignants peuvent être amenés à leur tour à cette alliance dans la création d’un néo-groupe qui autant qu’il la répète peut néanmoins en permettre le dépassement.

Jean Louis Surgen remarque dans le roman de François Mauriac « Génitrix » (inspiré du personnage de sa mère), comment l’auteur « emprisonne le lecteur dans une identification forcée par le partage du vécu corporel » pour lui faire éprouver quelque chose de l’étouffement de la relation d’emprise incestuelle dans laquelle vivent mère et fils ; et cela jusqu’au-delà du décès de la mère, identification narcissique mortelle dont la traversée s’avèrera nécessaire au travail de deuil. La séduction narcissique favorise le maintien d’un corps à corps sans qu’un espace potentiel puisse s’établir entre eux : « entre elles et les périls de l’ombre –écrit Mauriac- s’était interposé derrière la cloison, le sommeil rauque de son chéri » (cloison qui sépare et réunit les deux lits…). Surget fait l’hypothèse que l’écriture permet à Mauriac de se dédoubler et d’accéder à une nouvelle individuation. 

Publié le 16 juillet 2015


Nombres à compter et à raconter

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Nombres à compter et à raconter. Seuil, Paris 2014,  ISBN : 978 2 1126640 8

Il y aurait comme une évidence de la réalité des nombres dits naturels grâce auxquels nous dénombrons notre quotidien. Stella Baruk nous montre au contraire combien les jeux de nombres font apparaître de conjonctions qui surprennent la pensée et la poussent du côté du magique et du mystique.

Les relations entre les nombres, leurs diviseurs communs, leur caractère premier ou pas, font apparaître des conjonctions saisissantes aussi liées à leur écriture qui, ayant emprunté d’abord aux alphabets, soutient des significations ésotériques. Dans l’Apocalypse l’évocation de « La bête » est liée à un nombre (666) dont l’origine remonte à une itération de termes grecs formant assonance.

De même que l’imprévisibilité du caractère premier des nombres, aussi les palindromes, ces nombres symétriques qui surgissent au gré des calculs, c’est leur génération mystérieuse et leur générativité qui alimente ces fantasmes. Ou bien encore le hasard qui permet d’interroger malgré lui le vouloir divin.

Mais les nombres sont aussi des outils pour penser des concepts comme le discret ou le continu. L’ensemble des entiers Naturels, dénombrable, est un ensemble discret, là où l’ensemble des réels oppose, lui, une continuité sans rupture qui le rend indénombrable, puisqu’en entre deux réels il en existe toujours un autre. Ceci nous amène à un des aspects de l’infini qui est celui du calcul des limites.

Les nombres nous ont permis de franchir cette étape de la pensée qui permet de distinguer le très grand de l’infini et dont les applications à la théorie des ensembles permet de saisir le caractère contre-intuitif des logiques liées à l’infini (par exemple l’ensemble infini des impairs est aussi grand que l’ensemble infini des nombres naturels eux-mêmes). Ces logiques, nous les fréquentons, parfois sans les remarquer, dans certains aspects de notre clinique.

Publié le 16 juillet 2015


Transmissions

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Transmissions, Revue française de Psychanalyse, tome LXXVIII, 2, Paris, PUF, 2014, ISBN 978-2-13-062934-4, p. 317-522.

Transmissions au pluriel car la transmission peut être envisagée sous différentes facettes. Depuis la nuit des temps, il y a transmission. L’histoire très touchante de la bibliothèque d’Alexandrie jusqu’à la Bibliothèque Sigmund Freud en est un exemple. Autant sur le plan phylogénétique qu’ontogénétique la transmission se fait sans rupture ce qui réfute le meurtre du père de la horde primitive. La transmission doit avoir sa place dans la théorie psychanalytique.

La transmission dans le domaine analytique est paradoxale car la rencontre avec le psychisme inconscient n’est pas transmissible ; par contre ; la théorie et la méthode sont, elles, transmissibles. Il y a intrication entre, d’une part l’intransmissible dans la transmission et d’autre part une surtransmission de ce qui résiste à la transmission par retour du trauma. L’analyse offre la possibilité de rejouer la transmission par identification. Les difficultés d’historisation dans notre monde contemporain sont liées à un rapport modifié de la temporalisation affectant cette identification. Les scénarios fantasmatiques cherchent à se répéter que seule une élaboration psychique individuelle est susceptible d’arrêter. Cependant, transmission ne consiste pas dans la répétition immuable du même mais en l’introduction d’une différence. Cet écart est à l’origine de la créativité du processus de transmission, qui lui permet de rester vivante. La transmission est bidirectionnelle aussi bien entre patient et analyste qu’entre ascendant et descendant.

L’analyste, influencé par sa propre cure et par la théorie psychanalytique, en transmet quelque chose au patient. Le substrat de cette transmission psychique est l’investissement libidinal et l’éveil d’endoperceptions. Dans la situation analytique, un contact ou une expérience avec la zone psychique indifférenciée est à l’origine d’une transmission transformatrice psychique.

La puissance de la transmission peut être relevée dans un groupe interanalytique et par là, conduire à un changement psychique dans la situation analytique. La psychanalyse a influencé la psychiatrie, et plus particulièrement par le concept de l’homme psychique. C’est ainsi que, malgré les modifications sociétaires, le travail psychique partagé peut garder sa valeur et son influence en psychiatrie.

Publié le 16 juillet 2015

 

 

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