Société Psychanalytique de Paris

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La sexualité féminine – Mai 2013

La sexualité feminine

De mères en filles. Imagos de la féminité

Se référant notamment au livre de Janine Chasseguet-Smirgel Les deux arbres du jardin, Annick Le Guen se situe dans le renouveau des réflexions sur le féminin et en particulier sur l’articulation entre le maternel et le féminin ; elle veut ainsi montrer comment la féminité s’origine dans les fonctions relationnelles de la mère avec son bébé fille.

Freud, qui montre l’homme vivant fantasmatiquement la femme comme étant sans sexe, ne pouvant imaginer la sexualité et la condition féminine que “châtrées”, a privilégié l’envie du pénis chez la femme. Certes, de tels mouvements existent dans la clinique féminine, mais c’est leur place et leur importance que l’auteur conteste : il s’agit d’une élaboration secondaire dont la fonction est défensive. Annick Le Guen insiste donc sur la mère féminine, partie intégrante d’un couple génitalisé, capable de donner à ses enfants un père et de transmettre à sa fille aussi bien sa féminité que l’envie d’enfanter. L’identité de femme implique en effet le désir d’enfanter (différent de celui d’être mère), le fantasme de faire un enfant. Les émois empreints de tendresse et de sensualité éprouvés entre mère et fille, et intériorisés par la fille, fournissent l’étayage nécessaire à une représentation des relations à soi-même et aux autres. Les angoisses, souvent dépersonnalisantes, de certaines femmes devant la perspective d’enfanter, marquées par la dévoration, le morcellement ou le vide sont à référer à un manque de relation à la mère féminine.

Dans cette perspective, Annick Le Guen analyse l’importance de la femme-en-la-mère, les positions de double, les entraves et les impasses de la féminité. On notera ses réflexions sur la filiation féminine des femmes “phalliques”, dont l’imago maternelle est omnipotente et froide, dure, distante ou trop proche. Quant au fantasme féminin d’être un petit garçon, sur le mode défensif d’une revendication phallique et de toute puissance, il se déploie avec la mise en œuvre d’un charme féminin bien reconnaissable et n’exclut pas le désir d’avoir des seins et des bébés comme maman : même alors, la fille se reconnaît dans un dualisme sexuel dans lequel l’envie de l’emporter sur sa mère (en ayant ce qu’elle ne possède pas) n’est pas absente. Les deux derniers chapitres examinent les formes d’ambivalence et de rivalité de cette relation mère-fille si finement et fortement restituée.