Société Psychanalytique de Paris

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Trois séances par semaine ?

Trois séances Débats en psychanalyse 2019

Quel genre de sexe ?

Il s’agit d’un ouvrage collectif très hétérogène, mais avec un point commun : tous les auteurs font appel à Judith Butler et Gayle Rubin, féministes et lesbiennes mais non psychanalystes.

D’emblée, il est important de noter que les théories du genre, réduisant le sexe au genre, sont différentes des études de genre. G. Rubin dénie l’influence de l’anatomie sur l’identité dans le but d’une émancipation de la première assignation de genre, tout en ignorant l’assignation de genre par l’inconscient des parents. L. Kahn propose une lecture critique de Butler en comparaison avec Rubin et d’autres auteurs dont Jean Laplanche, pour arriver à conclure que « la sexuation des corps, mâle-femelle, ne dépend pas, ne dérive pas, ne peut pas dériver de l’action du langage. Ce qui dérive éventuellement de l’action du langage, ce sont des identités sexuelles… » L’articulation entre genre et sexe anatomique montre l’influence de l’environnement si bien formulée par la phrase célèbre de Winnicott, qui ne se réduit pas à la bisexualité : « Vous êtes un homme et j’entends une fille et c’est à cette fille que je parle ».

La notion de théorie de genre est utilisée par les responsables politiques pour disqualifier la légitimité politique d’évolutions juridiques et la légitimité scientifique des études de genre interrogeant la construction sociale des inégalités, selon Réjane Sénac.

Tous ces débats ont comme fantasme sous-jacent l’indifférenciation des sexes et des sexualités afin de ranimer le débat sur l’égalité homme – femme, voulant effacer toute différence même anatomique.

Particulièrement saisissant est l’analyse d’Isée Bernateau du roman « Orlando » de Virginia Woolf qui dénonce les préjugés par rapport au sexe et montre pour le genre, socialement construit, qu’il n’a ni la même définition ni les mêmes valeurs selon les lieux et les époques.

Jacques André termine cet ouvrage par une lecture critique de Foucault qui occupe une place privilégiée dans les études de genre.

Au total, ce livre montre le débat complexe concernant le genre et les théories du genre ainsi que la place que peut y avoir la psychanalyse.

Rénate Eiber

Psychanalyse et terrorisme – L’effroi peut-il s’élaborer ?

Le moi, cet incorrigible

Le moi, cet incorrigible, Paris, Presses Universitaires de France, 2014, ISBN 978-2-13-061740-2, 165 p.

La complexité de sa structure fait du moi, être de frontière, plus qu’une structure. Dans la cure, à côté du transfert, la correction du moi s’opère par le travail du site analytique, sous-tendu par l’inconscient du moi. Les aspects du transfert, dans les cas où les forces hostiles et les résistances inconscientes du moi sont au premier plan, se caractérisent par un transfert sur personne car l’analyste est confondu avec l’objet. L’atteinte des capacités du moi constitue une entrave au fonctionnement psychique. Le Moi, aux prises avec la répétition qui est elle-même sous-tendue par la pulsion de mort, résiste au transfert puisque la répétition constitue une menace. Mais le moi est aussi un objet où le sujet se perd et se nie lui-même.

Particulièrement intéressante est l’approche d’un moi vieillissant, peu abordé dans la littérature. La question se pose de ce qui est ravivé lors de cette expérience originale de vieillissement, jamais vécue auparavant, puisque différents temps coexistent dans le moi. La vieillesse ne peut être réduite aux préoccupations actuelles ; le sujet âgé reste en capacité à mobiliser une vie fantasmatique.

Le moi est aussi le lieu de travail de métaphorisation, superposable au travail de rêve. La métaphore implique une mobilité psychique, mise à mal dans la clinique contemporaine, caractérisée par une déconnection entre mots et choses. Le travail de métaphore du moi exige la figurabilité.

Sur le plan génétique, le moi naît, à partir d’un moi primordial morcelé, par le je dont la construction assure l’unification et le renforcement du moi. La peur de l’étranger individualise le moi par le biais d’un non-objet. Bien que la ligne de démarcation entre moi et je soit difficile à identifier elle correspond à un positionnement du sujet.

Dans la crise compulsive, le moi est sous l’emprise du surmoi entrainant son affaiblissement, car il est destitué de son pouvoir, et peu différencié du surmoi. Il s’agit d’un conflit entre le ça et le surmoi où le moi est exclu.

Le constat final est qu’il est impossible de corriger le moi sans corriger la notion elle-même.

 Publié le 16 décembre 2015

La sexualité masculine

La sexualité masculine, PUF, Que sais-je ? numéro 3983, ISBN 9782130619451, 128 p.

Ce petit livre de la collection « Que sais-je » m’a fait penser à la Première Conférence de « L’Introduction à la Psychanalyse » de S. Freud. Comme celui-ci, Jacques André s’adresse à un public non spécialiste. Comme celui-ci, il réussit à nous parler de notions psychanalytiques fondamentales à partir d’observations de la vie quotidienne et du comportement. Il ne nous demande pas de le croire mais de constater avec lui la diversité des « vies sexuelles des hommes » (quatrième de couverture).

Dans la première partie de son livre, Jacques André ouvre sur notre époque et la récente liberté sexuelle des femmes et des hommes, liberté qui est avant tout celle du choix du partenaire. Cette liberté est ensuite mise en perspective avec les conflits psychiques : l’inconscient est politiquement incorrect.

Le tissage entre le culturel et le  singulier se fait ainsi pendant toute une vie.

Puis, Jacques André fait le lien avec la notion de la pulsion intemporelle, avec l’infantile dans la sexualité et encore avec les fantasmes masculins se confrontant au féminin.

L’auteur appelle la deuxième partie de son livre « Figures ». C’est dans ces « figures » que s’expriment des fantasmes qualifiés parfois de perversions selon les époques et les cultures. Jacques André parle de ces comportements pervers et, surtout, nous permet de nous intéresser à leur sens.

Une troisième partie du livre nous ramène vers la clinique, celle offerte par les grands écrivains et cinéastes. A nouveau, nous ne nous retrouvons plus dans le cabinet du psychanalyste mais dans notre environnement culturel partagé.

Enfin l’auteur aborde la problématique des fantasmes « affaiblis » qui débouchent sur la destructivité…. une conclusion sur l’importance des fantasmes pour la vie singulière et culturelle.

Publié le 16 juillet 2015

 

La sexualité féminine – Mai 2013

La sexualité feminine

Folies minuscules suivi de Folies meurtrières

Le livre est séparé en 2 parties, une principale : « les folies minuscules » suivie d’un court aperçu sur « les folies meurtrières ».

Dans son avant propos, Jacques André annonce son projet avec une finesse et un humour que l’on retrouvera tout au long de son livre. Il remarque que la psychanalyse a fortement souligné qu’il n’y a pas de discontinuité entre la santé et la pathologie mentale, il va explorer les « folies minuscules », celles qui font partie de la « vie normale » », l’inconscient de tous les jours ».

Le livre est divisé en chapitres dont les titres sont presque tous empruntés à des mots entendus au cours d’une cure, tels que « on ne touche plus », « la fourchette » « le temps volé », « ma mère est folle », mots qui frappent par leur caractère concret.

J.André commence en général les chapitres par la citation de quelques phrases prononcées par des patients. Il nous communique ainsi de très courts fragments de séances à partir desquels il laisse vagabonder sa pensée avec virtuosité, sur un mode évoquant l’association libre, tout en restant parfaitement maîtrisé.

Nous ne pouvons qu’en donner quelques exemples, car délibérément il n’a pas voulu donner de fil directeur à son ouvrage.

Ainsi à partir d’une phrase: « tu es un accident, tu n’étais pas désiré »il va mettre en opposition les théories de Freud et de Winnicott sur la relation de la mère et du bébé.

Des chapitres comme « On ne touche plus » ou « Darkness visible »sont construits comme des thèmes et variations à propos du toucher et de la mort, mort dans la clinique (la mélancolie) mais aussi dans la littérature et la peinture, en nous faisant en même temps partager ses plaisirs esthétiques.

Certains chapitres sont très courts voire réduits à une phrase, d’autres donnent lieu à des développements théoriques.

Ainsi à partir du « trou », terme utilisé de façon grossière par un patient pour parler du vagin, l’auteur expose de façon succincte sa théorie sur la « féminité primitive », discute celle de Laplanche sur la généralisation de la théorie de la séduction et la problématique de la castration et fait intervenir les théories de Lacan dans le débat

Ou partant de « juste une chose encore » qui sont les mots d’une patiente pour prolonger ses séances,il développe ses idées sur la régression, qui seront reprises et développées dans son rapport au prochain Congrès des psychanalystes de langue française .Il souligne l’opposition entre Lacan pour qui la « régression n’existe pas » et Winnicott qui a montré l’importance de la régression à la dépendance dans les cas limites .Il en tire la conclusion qu’une « théorie psychanalytique ne peut se constituer en généralité qu’au prix d’une simplification de la complexité psychique ».

Dans la deuxième partie de l’ouvrage « Les folies meurtrières » comme le note J. André des « folies minuscules aux folies meurtrières il y a plus qu’un pas ».

Ayant suivi de près la vie de «criminels ordinaires » en Guadeloupe, il nous livre sans commentaires quelques récits de ces meurtres d’êtres proches.

Tout au long de son livre l’auteur montre son goût des formules lapidaires, voire paradoxales, dont le caractère percutant pourrait parfois entraîner le risque d’inhiber l’esprit critique du lecteur, par ailleurs constamment intéressé. On retiendra la richesse de ces textes courts et la profondeur des aperçus qu’il propose.

La sexualité infantile de la psychanalyse

Le thème de la sexualité infantile de la psychanalyse proposée lors d’une rencontre au Centre d’Etudes en psychopathologie et psychanalyse de l’Université Denis-Diderot-ParisVII, à Ste Anne, en 2006 est retravaillé par ces auteurs pour la collection : « Petite bibliothèque de psychanalyse ».

Chaque auteur élabore une discussion à partir de l’évocation de cas cliniques.

L’hypothèse de départ est que la sexualité infantile de toute évidence est l’objet de la psychanalyse. Elle contamine tous les acteurs de l’analyse. Le psychanalyste lui-même n’étant pas à l’abri de l’inconscient…. est soumis aux mouvements de celui-ci et de sa sexualité infantile.

Nous sommes invités à considérer l’infantile dans la cure comme un moyen qui « participe au processus thérapeutique et au processus théorisant qui l’accompagne. »

En trop ou en trop peu la sexualité infantile de l’analyste est aussi opérante que celle de l’analysant. Mais quelle place prend-elle réellement ? Ce travail « impossible » du psychanalyste semble bien l’être quand on s’arrête sur la convocation à tout dire, véritable invitation à l’auto-érotisme de la pensée de son patient, mise à feu de la sexualité infantile. Elle enflamme les pensées et les mots dans un « incendie transférentiel ». Mais l’objet présent permet à l’analysant une « butée salvatrice de l’altérité ».

Au fil des interventions pourtant, la question du lien entre psychanalyse et sexualité infantile s’interroge, en particulier, face aux troubles sévères de la personnalité à laquelle la clinique actuelle nous confronte.

Le psychanalyste, artisan de la déliaison et contenant du feu pulsionnel, aura affaire dans le cas des états limites à un manque du côté de l’infantile. Les graves défaillances du holding modifient la perspective de la sexualité infantile sans la congédier.

C’est Jacques André qui nous éclairera à ce propos : … « La visée n’est pas d’introduire la sexualité infantile quand elle est trop absente…..Mais d’en restaurer, voire d’en inventer la plasticité. » Cette plasticité permet les déplacements et les métamorphoses.

Parcourant plusieurs champs du travail analytique et une clinique variée des états limites en particulier, cet ouvrage offre une réflexion intéressante sur le sujet.

Passé présent : Dialoguer avec J.-B. Pontalis

… « Notre histoire, notre temps est discontinu et nous aimerions en assurer la continuité qui serait aussi celle de notre identité. » Six auteurs en quête de J-B Pontalis l’écrivain et le psychanalyste, le temps d’un dialogue en mai 2006 à L’hôpital Ste Anne……

Pour J. André les écrits de J.-B. Pontalis sont des mots de psychanalyste et d’écrivain. L’inachèvement pourrait qualifier son œuvre, mais ce terme déplait à J.-B. Pontalis car il clôt ce qu’il souhaite garder ouvert. Son œuvre pour ne pas être unitaire ne manque pas d’unité dit-il encore. Toute œuvre est inachevée dira Pontalis, en insistant sur la notion de mouvement qui vise à répondre à l’immobilité de la mort. Pour Pontalis pas de « Processus » mais une « Traversée », terme repris à C. Chabert. La question de la mélancolie parcourt son œuvre… Mais s’agit-il de mélancolie ou de nostalgie ?

Le rêve occupe une place importante dans les écrits de Pontalis nous dit F. Coblence, elle évoque la « Pensée rêvante », une pensée « Proche du rêver » mais ce n’est pas un modèle, tout au plus une source parmi d’autres, répond Pontalis. Source dont il espère qu’elle étendra le champ de nos perceptions et rendra nos « Pensées du jour plus aventureuses ». Le rêve est extrêmement intelligent et fait de nous des visionnaires c’est pour cela que Pontalis l’aime tant. « Le rêve est une pensée qui ne sait pas qu’elle pense » !

Chacune des propositions des auteurs, commentant ses écrits, recueille un commentaire de Pontalis, ce qui rend cet ouvrage, au ton très amical, extrêmement vivant.

J. Melhman, lui, s’attache à rendre compte des travaux de Pontalis, mais celui-ci dans sa réponse lui fait remarquer qu’il semble vouloir interpréter son inconscient ce qui lui paraît ne pas être le sujet du colloque !! Il le contredit aussi sur les commentaires qu’il fait de l’œuvre de Wolfson : « Le schizo et les langues ». Dans cette réponse on perçoit l’agacement de Pontalis qu’il traduit avec humour et élégance.

« Savoureux », l’exposé de P. Miller plaît à Pontalis ! L’évocation de leur rencontre lors d’un déjeuner d’un congrès et l’allusion au film Bagdad café séduit J.-B. Pontalis. Il veut en rester aux saveurs et non partir vers le savoir… Il se montre « gourmand » des saveurs du monde, mais on peut repousser le savoir quand on en sait déjà beaucoup…..Lui répond-t-on.

Incarné, J.-B. Pontalis montre qu’il l’est. Le sensoriel est toujours présent chez Pontalis nous indique J. P. Dubois qui pose la question de savoir comment l’esprit vient à la chair. Il s’est dépris de la philosophie, mais retrouve à travers l’objet de pensée à partager une continuité entre philosophie et psychanalyse.

Avec Hélène Parat on aborde la question de « l’écho » entre Merleau Ponty et Pontalis et plus généralement de l’entre-deux qui « irrigue » ses livres. Sa pensée, dit-elle, est celle de l’écart, d’une tension maintenue où l’inconscient est invité à laisser sa marque.

Tout un passage sur l’introduction de Winnicott en France par J.-B. Pontalis nous montre H. Parat, en analyste, cheminant d’une pensée à l’autre. J.-B. Pontalis lui répond, en précisant que durant cette journée ont été cernées les pensées qui animent son œuvre : méfiance envers toute emprise des concepts, ou de théories, insistance sur le mouvement, refus de tout assujettissement à un maître ou à une institution ; être assujetti à l’Inconscient lui suffit, dit-il. Il ajoute qu’il « rêve » d’une alliance entre le sensible et l’intelligible et des entrelacs entre la sensorialité et la vie de l’esprit.