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Et puis, un jour, nous perdons pied

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La promenade analytique du détective flâneur que nous propose Miguel de Azambuja, en quatorze petits textes incisifs, part du vol et de la chute pour évoquer par la suite le sol lui-même incertain, celui du voyage en train, du tremblement de terre ou de l’exil.

L’image initiale est celle de la mano desasida, de la main qu’on lâche ou qui vous lâche, soit pour la chute sans fin, subie ou évitée, soit pour enfin traverser la rue ou faire du vélo tout seul. Ce que l’auteur cherche à saisir, c’est le moment où l’on perd pied, ainsi que les formes d”évitement du risque de chute, tant dans l’effet pour habiter l’envol, dans les contrées de l’idéal, que dans l’entremêlement avec le sol et avec les morts, dans le pays mélancolique. Icare se noie et sa chute est rechute, car le mouvement vers le soleil était déjà une chute vers le haut. L’enjeu est de “trouver une vie qui permette le sol et l’envol, la route et les rêves”. Léger comme l’oiseau, et non comme la plume, le flâneur peut vivre les passages et va-et-vient fluides entre l’extérieur et l’intérieur, tandis que le héros, homme de l’agir et de l’extérieur, ne peut s’arrêter, s’asseoir ni faire de détours. La flânerie illustre toutes les formes de libre association. Si l’analyse est déliaison et intranquillité, il s’agit en même temps de construire une “terre” psychique là où il n’y avait qu’excitation. L’analyse ou la construction sont solides mais ne cessent pas de trembler : l’équilibre est difficile entre le tremblement et le sol, car le tremblement est la vie et sa perturbation.

Travaillant à rouvrir des “routes qui permettent de retrouver l’ailleurs en soi”, et où “les bisons finiront toujours par nous surprendre”, M. de Azambuja nous propose un livre imagé et personnel, dont les associations sont nourries de littérature et de bandes dessinées, de cinéma et de dessins animés, dans un très agréable alliage entre la solidité du sol analytique, clinique et culturel, et la liberté de l’enfance et des fantaisies.

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