Société Psychanalytique de Paris

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L’originaire et l’archaïque – mars 2017

L'originaire et l'archaïque

Penser l’inconscient. Développements de l’œuvre de Didier Anzieu

S’il fallait une démonstration solide de la pertinence de la pensée analytique dans le champ de la clinique notamment autour de toutes les avancées contemporaines, cet ouvrage pourrait tout à fait répondre à cette exigence. La solidité de l’édifice théorique élaboré par Didier Anzieu tout au long de son œuvre réside dans la possibilité offerte d’un contenant pour penser, notamment du coté des cliniques difficiles.

La meilleure preuve de la vivacité des différentes conceptions théoriques d’Anzieu pourraient être ces contributions plurielles qui s’appuient sur son œuvre tout en développant des ouvertures. Les différentes travaux que propose cet ouvrage font suite à une journée d’hommage ayant eu lieu en 2009.

Gérard Bonnet propose une réflexion à partir des travaux d’Anzieu sur le travail du rêve dans l’auto-analyse mettant en avant l’apport magistral de sa pensée, et soulignant la dimension du travail comme exigence de transformation. Maurice Corcos développe quand à lui une réflexion sur le travail de l’inconscient dans l’œuvre prenant pour appui l’œuvre de Francis Bacon . Il met en évidence les défaillance des enveloppes, criantes dans l’œuvre du peintre, et, source de sa créativité. Bernard Gibello , s’attache plus particulièrement aux représentations mentales de transformation dans le fond et dans la forme. Ces réflexions théoriques permettant un apport assez conséquent pour les pathologies autistiques , psychotiques ou plus généralement les troubles dans lesquels prévalent les difficultés cognitives.

Serge Tisseron reconnaît la source qu’à constitué pour lui dans son travail sur l’image , l’œuvre d ‘Anzieu. L’image se propose comme une peau psychique porteuse de la triple valence celle de la signification , celle du contenant et celle de la transformation.

René Kaës qui dirige cet ouvrage ,expose un autre aspect de l’œuvre d’Anzieu , celui concerne les groupes . C’est à partir d’une longue expérience de travail en commun qu’il examine les convergences puis les divergences de sa pensée avec celle d’Anzieu, notamment en ce qui concerne les limites de l’inconscient individuel. François Richard soumet une conception de l’interprétation au service du dégagement des impasses possibles transféro-contre-transférentielle en prenant appui sur les propositions d’Anzieu concernant le transfert paradoxal et l’analyse transitionnelle.

Evelyne Séchaud dans la post-face , souligne la vertu créatrice du travail de penser l’inconscient .Ainsi la preuve est faite que l’œuvre d’Anzieu a la valeur d’ une ouverture rigoureuse du coté de la créativité.

Le complexe fraternel

Rares sont les écrits consacrés spécifiquement au complexe fraternel. Et pour cause, associé le plus souvent au complexe d’Œdipe dont il témoigne l’un des déplacements, celui-ci ne fait pas l’objet d’un regard particulier. C’est donc le mérite de R. Kaës de pouvoir rassembler dans l’ouvrage consacré à ce sujet, l’ensemble des réflexions qu’il mène à propos du complexe fraternel, depuis plusieurs années, en en spécifiant les enjeux. Car pour l’auteur, « le complexe fraternel est un véritable complexe, au sens où la psychanalyse en a formulé la structure et la fonction dans l’espace psychique du sujet de l’inconscient. [Il] ne se réduit pas au complexe d’Œdipe […], il ne se limite pas non plus au complexe de l’intrus, qui en serait le paradigme. ». A ce titre, il s’organise tout autant sur un axe vertical que sur un axe horizontal, précisément dans le lien à un « autre semblable » dont la fonction de double narcissique, vecteur de la bisexualité psychique organise des configurations fantasmatiques dont celle du fantasme incestueux frère-sœur. Au-delà, la problématique du complexe fraternel sous-tend toutes les dynamiques du lien fraternel qui traversent la famille, les groupes et surtout les institutions. Et comme l’auteur s’y attache, l’on y retrouve à partir de là, les grands cycles mythiques qui animent le rapport frère-soeur (Caïn et Abel, Jacob et Esaü…) dans son étroite relation au couple parental, aux parents comme voie d’entrée dans la complexité de la création, de la violence, de l’ordre et du désordre groupal culturel. Et si l’on devait résumer l’une des thèses originales de l’auteur, elle proviendra de cette remise en chantier du seul « Complexe paternel » autoritaire au profit d’une « co-invention de l’autorité, entre les générations, une co-création de chacune par l’autre […] » ; une thèse permettant d’ouvrir l’écoute au niveau de la cure analytique , non seulement aux enjeux de déplacements alimentés par le complexe fraternel, mais aussi par la spécificité de son approche, les liens qui le sous-tendent dans l’organisation de la cure et les configurations groupales que celui-ci peut produire.

Comme toujours, les thèses de R. Kaës s’appuient sur ces nombreuses années d’exploration des phénomènes de groupe tout en cherchant à s’appuyer avec rigueur, sur l’ensemble des travaux qui ont été écrits sur la question. C’est la raison pour laquelle l’ouvrage se scinde en 10 chapitres, chacun explorant une dimension spécifique du complexe fraternel, de Freud à Lacan en passant par les thèses kleiniennes pour ouvrir de façon plus spécifique à la problématique des liens fraternels qui structure la deuxième partie de l’ouvrage. Soulignons ainsi l’intérêt à lire ce livre qui donne des pistes de réflexion face à « l’actualité » du fraternel en psychanalyse : que ce soit dans le récit des cures de nos analysants ou dans nos propres représentations institutionnelles, cette problématique reste, en effet, au cœur de l’humain, entre le conflit intrapsychique et les alliances intersubjectives organisatrices du lien social.

Les alliances inconscientes

L’ouvrage Les alliances inconscientes de R. Kaës poursuit les nombreuses réflexions sur le groupe entrepris par l’auteur depuis de nombreuses années. Scindé en 5 parties avec 11 chapitres, cet essai cherche à mettre en valeur les liens qui se nouent entre plusieurs sujets, au-delà de la seule définition anthropologique sur laquelle pourtant la notion d’alliance s’appuie. Car il s’agit pour cet auteur de spécifier ce qui caractérise la notion d’alliances dans ses dimensions inconscientes en montrant les différents enjeux qui les mobilisent, tant d’un point de vue structural/ structurant que d’un point de vue souffrant voire aliénant comme la notion de « pacte dénégatif » peut le convoquer. Son point de vue s’appuie sur différents exemples cliniques mais aussi littéraires et cinématographiques.

L’ouvrage se termine par une réflexion sur la problématique des alliances inconscientes au sein de la situation analytique, à partir de certains exemples connus comme la problématique du pacte scellé entre Freud et Fliess autour de l’intervention chirurgicale effectuée sur Emma, vient relancer la question des alliances, des pactes et des contrats au sein des institutions analytiques, à partir de leur point d’origine.

L’auteur, ici, reste prudent mais sa perspective ouvre à la question des liens dans les ensembles institutionnels, et au-delà, à une réflexion sur la transmission et la formation en psychanalyse. Est-ce parce que cet auteur propose, dès lors, des pistes d’élaboration sur ce qui peut faire violence dans un groupe que l’ensemble de ses écrits sur les espaces interpsychiques, dont ce dernier ouvrage, a tendance à être mis de côté par un certain nombre de membres de la communauté analytique ?