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Les fantasmes provoqués et leurs dangers

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Sous le titre « les fantasmes provoqués et leurs dangers », se trouvent rassemblés des textes étagés entre 1919 et 1928, souvent repris de communications orales, et dans lesquels Ferenczi élabore et transforme ce qu’il a appelé lui-même « la technique active ». Saluons l’idée des éditions Payot de réunir ces textes extraits des œuvres complètes ce qui permet de les re(?)découvrir dans leur unité. L’intéressant ici en particulier c’est de pouvoir suivre le cheminement et les infléchissements de Ferenczi qui après avoir été entraîné, en particulier dans sa collaboration avec Rank, à toujours plus d’activité se rend compte à partir de 1925 (psychanalyse des habitudes sexuelles) de l’impasse dans laquelle ils sont engagés pour revenir à une pensée et une pratique plus spécifiquement psychanalytique et redonner une place centrale tant au fantasme qu’au jeu transféro-contre-transférentiel.

La description des aménagements techniques utilisés laisse perplexe. Qui oserait de telles injonctions aujourd’hui ? L’activité de l’analyste portait sur des contraintes, sur des interdits, ou bien sur la fixation d’un terme à la cure. Soucieux des effets de séduction, il déconseille en revanche, explicitement, toute induction d’un contact physique. Après avoir été jusqu’à interdire à certains patients un discours jugés par lui contraire à l’association libre, il fait machine arrière constatant un épuisement rapide de l’effet escompté, et découvre alors des défenses à type de « morcellement » qui étaient restées jusque là masquées.

On appelle souvent Ferenczi « l’enfant terrible » de la psychanalyse comme si son œuvre était marquée du sceau indélébile d’une certaine naïveté infantile. La lecture de ces textes modifie ce point de vue. On y découvre combien ses expérimentations, en même temps qu’elles ouvrent des perspectives inattendues, restent cependant en très grande proximité et résonance avec les écrits freudiens de l’époque. Il est parfois difficile de comprendre le parfum de scandale qui entoure son œuvre tant les questions qu’il explore paraissent aujourd’hui familières et quotidiennes pour les psychanalystes. Les techniques psychothérapiques ou de relaxation, l’adaptation du style d’intervention de l’analyste selon l’organisation clinique du patient, la formalisation d’un cadre et d’une distance, qui permettent un abord des pathologies psychotiques, tous ces aspects du travail nous semblent aujourd’hui aller de soi.

Si Ferenczi a souvent été critiqué c’est par rapport à la crainte d’un retour de la suggestion et de la séduction sur une scène analytique qui s’était donnée tant de mal pour s’en débarrasser. Lui-même prend de nombreuses précautions oratoires (comme d’ailleurs le fera plus tard aussi Mélanie Klein) pour introduire ses aménagements de cadre : Il avertit des dangers ; il invite au respect des règles de la cure type ; il en appelle à l’analyse du contre transfert, et il encadre très précisément ses interventions dans le temps et selon le type de cure. Plutôt qu’une nouveauté radicale, il présente son travail comme un artifice technique destiné à favoriser en particulier les analyses de caractère pour lesquelles il insiste déjà sur la difficulté du maniement des défenses narcissiques, ou bien encore pour aider au détachement du patient dans certaines fins de cures pour lesquelles la régression semblerait vouloir l’emporter. Ainsi son questionnement paraît-il assez proche de celui d’un Freud, en difficulté face à « l’homme aux loups » à peu près à la même époque.

Ferenczi a certainement été entraîné d’abord dans la direction d’un contre-sens qui ferait de l’expérience vécue sur le divan une sorte de néo-réalité réparatrice d’un traumatisme effectif de l’enfance, les derniers textes de ce recueil montrent une évolution sensible, un retour vers la question du fantasme et de l’hallucinatoire, répétant la manière dont Freud avait dû d’abord en passer par l’idée du souvenir traumatisant d’une séduction effective, avant de percevoir le rôle essentiel du fantasme dans le fonctionnement psychique. Des questions telles que le statut de la vérité en psychanalyse ou bien le juste dosage du silence de l’analyste, savoir à quel moment il est ou pas répétition traumatique, restent très actuelles. Ainsi, à près de cent ans de distance, les préoccupations d’un Ferenczi concernant la technique analytique gardent-elles toute leur pertinence.

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