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Bourreaux ordinaires. Psychanalyse du meurtre totalitaire

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Guy Laval nous propose “ des aventures psychanalytiques ” dans le champ social. Les premiers chapitres nous montrent le cheminement de l’auteur et le livre se termine par une sorte de point d’orgue à cette réflexion, il s’agit de l’étude du fonctionnement psychique de l’individu dans un régime totalitaire, “ la métapsychologie du meurtre totalitaire ” .

Comment comprendre la Shoah ? Comment un citoyen ordinaire peut-il se transformer en bourreau ? La formulation psychanalytique du problème est : quelles modifications le nazisme a-t-il imposé au fonctionnement psychique de ces allemands ordinaires ? C’est la réalité extérieure qui modifie le fonctionnement psychique de l’individu. G Laval réévalue l’importance de la réalité extérieure, véritable instance psychique telle que le proposait déjà Freud. Il s’interroge sur les rapports dynamiques entre l’appareil psychique et la réalité extérieure. Quelle est la structure dynamique du rapport individu / socius ? Comment l’appréhender de façon psychanalytique ? Pour étudier cette question, G. Laval n’a besoin de rien de plus que des concepts freudiens. Il nous démontre un schéma dialectique de va-et-vient entre la réalité extérieure et l’appareil psychique pour comprendre cette transformation de l’individu normal en bourreau. Le rapport individu / socius, par essence traumatique, restera-t-il conflictuel (démocratique) ou deviendra-t-il hostile (totalitaire) ? L’auteur fait l’hypothèse de la nécessité pour le fonctionnement interne du sujet d’une “énergie conflictuelle sociale” qui permet de nourrir la conflictualité interne de l’appareil psychique de l’individu. Dans un régime totalitaire, tel le régime nazi, la réalité extérieure est “trouée”, aconflictuelle, le conflit étant effacé par l’élimination puis l’extermination. Le fonctionnement du moi est sidéré, il devient inerte, en miroir avec la dominance externe. Le sujet est contraint d’adopter une position de conformisme. Le régime nazi poussait à l’expression de la pulsion de destruction, l’auteur nous montre la mise hors circuit du surmoi et l’exaltation de l’idéal du moi. L’individu agit sans culpabilité, conformément à l’instance sociale qui dicte le bien et le mal même si ses actes vont à l’encontre de sa morale personnelle ; l’acte est désubjectivé. La mise hors-circuit du surmoi, un moi bloqué, figé et ainsi la voie est libre pour l’expression directe des passions du ça. Guy Laval, psychanalyste et avec la théorie psychanalytique, nous permet de comprendre les déformations de l’appareil psychique face à la barbarie. Tenter de comprendre, n’est ce pas un moyen d’essayer d’éviter la répétition ?

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