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Le psychanalyste pendant la séance

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Deux axes essentiels constituent cet ouvrage très dense : l’implication de la texture psychique de l’analyste pendant la séance, et l’implication du corps dans les trajectoires de la douleur. Il faut y ajouter la façon dont les textes freudiens et lacaniens sont revisités de façon serrée à cette occasion.

En montrant combien l’analyste est atteint par ce qu’il entend, Patrick Miller, psychanalyste du Quatrième Groupe, tient un double front : un propos critique envers ce qui dans les difficultés de l’analyse, revient aux défenses de l’analyste qui refuse de se laisser entraîner dans cette expérience particulière du féminin qu’est l’analyse, avec son écoute flottante et sa neutralité – qui implique avant tout la capacité à ne pas exercer de représailles, si profondément que l’on ait été atteint. L’autre front, c’est l’exploration de la manière dont la “texture psychique” de l’analyste est impliquée et transformée par ce qu’il entend. L’auteur montre combien la haine de transfert peut être à l’œuvre et le travail exigé du psychanalyste pour s’en déprendre et permettre son élaboration. Une attention particulière est portée au projet de devenir analyste, tâche interminable, qui suppose qu’une forme d’expérience singulière et irremplaçable correspondant à une attente de toujours, a été rencontrée dans l’analyse. Le refus de “perdre ça” n’est pas le refus de laisser se dissoudre le transfert, ni une identification à l’analyste (ou à sa fonction analysante) ni la volonté de prendre sa place. Ce que l’on ne veut plus perdre, “c’est la capacité à se mettre dans un certain état en présence de l’autre à qui l’on reconnaît, et permet, la possibilité d’atteindre ce même état”, qui permet un travail psychique propice à la transformation et à la métabolisation, et que le dispositif analytique rend possible dans la durée. Cet état psychique contre-nature est proche du sommeil et du rêve, mais dans la veille, “c’est-à-dire dans un investissement narcissique aussi intense que réservé et suspendu, accompagné d’un investissement objectal tout aussi important mais inhibé.” Le prix à payer en est sans doute l’accentuation de la vulnérabilité issue de cette attitude particulièrement réceptive – mais il est bien des manières de s’en dispenser, aux dépens de l’analysant et de ses attentes légitimes. Notons dans cette réflexion sur l’éthique de l’analyste, les pages consacrées au souvenir et à la réflexion de Micheline Enriquez.

L’autre ligne de force de l’ouvrage, c’est la reconnaissance de l’affect et de la dynamique psychique, mais d’une façon particulièrement attentive à la mémoire du corps. La présence de l’analyste est pensée aussi en termes de contact de psychisme à psychisme, la mémoire corporelle des traumatismes précoces, la douleur et le sommeil font l’objet d’interrogations soutenues, dans une perspective psychosomatique ouverte et renouvelée. Une étude sur la peinture de Francis Bacon, attentive au visage, au cri et à la chair, mais aussi à la distorsion et à la destructivité vient à la fois illustrer et prolonger ce propos aussi sensible qu’il est rigoureux.

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