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L’Utérus artificiel

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L’ectogenèse, thème de L’Utérus artificiel d’Henri Atlan, est un terme inventé par John B.S. Haldane en 1923, pour désigner le développement des embryons humains hors du corps des femmes, depuis la fécondation jusqu’à la naissance.

La gestation en dehors du corps d’une femme est actuellement possible du premier au cinquième jour grâce à la fécondation in vitro, et ses variantes, et à l’insémination artificielle, puis, à partir de la vingt quatrième semaine.

Une difficulté essentielle à laquelle les chercheurs sont confrontés pour réaliser une ectogenèse chez les humains réside dans le fait de devoir apporter le milieu ambiant nécessaire au développement de l’embryon au fur et à mesure du temps, « le placenta assure au fœtus, de différentes façons suivant son âge, l’apport d’éléments nutritifs et d’hormones en provenance de la mère ainsi que l’élimination des déchets de son métabolisme. »

Ces bouleversements technologiques conduisent à interroger les notions d’identité des individus et la nature de l’espèce humaine. À partir de quand peut-on parler d’embryon ? Jusqu’alors, la réponse était dès la fusion des gamètes ; les Anglo-saxons ont récemment inventé l’idée de pré-embryon, de la fécondation au quatorzième jour, au-delà duquel on parlera d’une « personne humaine » ; la tradition française a recours à la notion de « personne potentielle ». Puis, l’absence de fécondation lors des clonages a amené à préciser la définition : « L’implantation couronnée de succès dans un utérus est nécessaire à la qualification d’embryon ».

Si les développements techniques peuvent être justifiés par les finalités médicales que constitue le traitement d’avortements spontanés à répétition ou de stérilités, inéluctablement se développera une demande de la part des femmes de pouvoir procréer sans avoir à supporter les contraintes d’une grossesse, selon le droit à disposer de leur corps. « Les barrières entre le vivant et le non-vivant et entre les différentes espèces sont évolutives, existentielles et non essentielles », leur caractère évolutif permet de comprendre qu’il sera aisément possible de les transgresser.

La pratique de PMA a instauré une dissociation entre sexualité et procréation, l’ectogenèse, une dissociation entre procréation et grossesse.

Le lien entre la mère et l’enfant sera modifié, « la maternité dans les conditions d’une ectogenèse, deviendrait très proche des conditions de la paternité, la maternité, en l’absence de grossesse et d’accouchement, devra être construite », « la différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiatement perçue », la parenté deviendra plus sociale, moins biologique. Et de nouvelles identités, féminine et masculine, de nouvelles relations entre les genres et entre les individus, alors, se profileront.

La réflexion d’Henri Atlan ouvre des perspectives, fondamentales et innovatrices, sur les conséquences identitaires, éthiques et socio-culturelles que les nouvelles technologies au service de la procréation et de la gestation peuvent entraîner ; il poursuit une ligne de pensée qui ne peut que vivement intéresser les psychanalystes que l’avenir des sociétés modernes concerne.

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