Société Psychanalytique de Paris

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André Green – La pensée clinique

C’est à partir d’une analyse critique des difficultés inhérentes à la Psychanalyse comme discipline « a-scientifique » et des limites d’une méthode analytique conçue pour le traitement des névroses, qu’André Green pose la nécessité d’un envisagement plus large du champ des pathologies concernées par la Psychanalyse et des remaniements méthodologiques et conceptuels qu’exige la prise en charge d’une demande de plus en  de plus  nombreuse émanant de patients non névrotiques.

Ces pathologies non-névrotiques, incluant la diversité des cas limites, relèvent le plus souvent, d’un traitement psychanalytique en face à face.

À l’instar de Winnicott, de C. Bolas et bien d’autres, André Green considère la psychothérapie comme une pratique psychanalytique à part entière, qui exige une écoute et une présence plus active de l’analyste, mais aussi des « outils conceptuels » spécifiques, indispensables pour comprendre et analyser des fonctionnements psychiques différents du fonctionnement névrotique, devenu, de fait, la référence en terme de normalité.

Après avoir étayé sa position par des exemples cliniques et affirmé la nécessité d’inclure la formation à la psychothérapie dans le cursus analytique, André Green, au terme de l’entretien, en vient à préciser et tenter de définir le concept de « pensée clinique ».

Contrairement à la démarche médicale, la pensée clinique en psychanalyse, dit-il, implique un renvoi à l’expérience qui ne peut pas être abordé sur un mode descriptif et abstrait. La pensée clinique en psychanalyse est le dégagement de ce que l’activité psychique permet de déduire à distance des faits, elle est « analyse de l’analyse » mais aussi, procédant de l’association libre, elle comprend  son impossibilité…

Michel de M’Uzan – Une clinique de la rencontre analytique

Cet entretien illustre l’originalité et la créativité de la pensée de Michel de M’Uzan. Il expose ici sa conception de la rencontre entre patient et analyste, en s’attachant surtout à ce qui se passe « du côté de l’analyste ». Il reprend les différentes notions qu’il a proposées pour décrire cette implication réciproque et en explicite le sens et les articulations : ainsi en est-il de la Chimère, des Pensées paradoxales, du Spectre d’identité, du Schème de travail, de « l’Aphanisis psychique »… Pour M.de M’Uzan, si la rencontre entre l’analyste et son patient s’enracine à la fois dans la clinique au sens classique du terme et dans une clinique interpersonnelle liant les protagonistes, il faut aussi aller chercher du côté de « l’identité de l’être » de l’analyste. L’analyste n’est pas, dans son écoute, à l’abri derrière les frontières de son Moi. Pour s’identifier à son patient, éprouver de l’empathie, laisser opérer les identifications jusqu’au vacillement ou même une dépersonnalisation passagère, l’analyste se trouve aux prises avec son propre inconscient et doit, comme le patient, se risquer à la frontière de son préconscient, seul lieu où peuvent se produire des changements. La névrose de transfert comme le contre-transfert est une construction à deux qui se fait indépendamment des activités secondarisées des deux protagonistes : la Chimère qui figure cette relation résulte de l’imbrication étroite de ce qui procède de l’un et de l’autre ; elle fonctionne selon des modalités archaïques qui mettent en jeu les capacités d’identifications primaires de chacun. Cette conception de la position réciproque de l’analyste et de son patient conduit à des modifications de la compréhension de la cure que Michel de M’uzan définit « comme une succession hiérarchisée de résistances », pour le patient comme pour l’analyste. Elle a, de ce fait, des conséquences techniques. Pour qu’il y ait compréhension de l’Interprétation, il faut qu’il y ait une énergie d’investissement disponible qui ne peut se libérer sans un dérangement économique des défenses du Moi, ce que l’auteur appelle « provoquer le scandale ». Si l’on demeure au niveau secondarisé, « rien n’entre et rien ne sort », aucun changement ne peut advenir, pas plus pour le patient que pour l’analyste…Tout changement procède d’un dérangement. Le « cadre » participe de cette oscillation entre empathie et contre-résistance qui caractérise le travail de la cure. Pour Michel de M’Uzan, le « cadre est « une marmite infernale » où, sous une apparence de calme et de neutralité bienveillante, s’affrontent violemment les désirs inconscients/préconscients des protagonistes. En deçà de l’écoute directe secondarisé, un autre fonctionnement peut laisser la place à des « moments féconds » révélant la proximité des préconscients. L’analyste peut s’y risquer grâce à sa capacité à régresser ou à vivre des expériences de dépersonnalisation, sans mettre en péril son Moi. Là ne s’arrêtent pas les enseignements de cet entretien riche en réflexions dérangeantes.

Michel de M’Uzan – Cohérence d’une pensée

Cet entretien est le dernier d’une série de trois, réalisée chez Michel de M’Uzan, au cours de l’année 2000.
À l’époque, Michel de M’Uzan avait déclaré qu’il avait pris conscience récemment de la cohérence interne de ses conceptions psychanalytiques et du fait qu’elles constituent, disait-il, « un système de pensée ». En quoi les différents concepts ou notions qu’il a élaborés au fur et à mesure de ses recherches, tels que l’opposition entre :

    • le même et l’identique (à propos de la compulsion de répétition),
    • le spectre d’identité et l’identitaire,
    • la chimère, et les pensées paradoxales,
    • le rôle prévalent de l’économique et des deux sources d’énergie (libidinale et actuelle) etc, constituent de fait, un ensemble cohérent entre ses « fondamentaux », dirait-on aujourd’hui et leurs articulations ?

Michel de M’Uzan le découvre après-coup avec étonnement et la conviction qu’il ne pouvait en être autrement. C’est le sujet central de cet entretien qui met en évidence la rigueur avec laquelle les notions proposées s’articulent les unes aux autres et construisent un ensemble qui ouvre sur une représentation renouvelée de la vie psychique. Les chapitres consacrés à « la rencontre analytique », à la résistance de l’analyste dans la séance, à la notion de guérison, à l’interprétation etc…illustrent la fécondité de ces conceptions dans le déroulement de la séance et la conduite de la cure. Un grand chapitre consacré au thème de la créativité restitue un débat qui sort un peu du cadre de l’interview pour glisser à la discussion contradictoire. L’intérêt de cette question complexe abordée ici a justifié que ce débat animé soit présenté dans sa spontanéité.
Marianne Persine