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Délire d’interprétation et/ou interprétation du délire

Auteur(s) : Guy Cabrol
Mots clés : délire – écriture – identification – interprétation – psychose(s) – vérité historique

Interpréter n’est-t-il pas au cœur de l’existence du sujet une nécessité ontologique autoréflexive permanente ? Se penser, se sentir, se représenter : un effort incessant de traduction ancrée dans une langue pour se comprendre et comprendre le monde, pour se sentir sans trop de ressentiment pour soi et l’autre. Freud est un paradigme historique de cette redécouverte auto-analytique de l’Inconscient à l’aube du XXème siècle. Cette capacité interprétante est mise en scène par le cadre de la séance et la règle fondamentale dans une offre de parole, parole à l’adresse d’un autre, mais autre que soi-même, et pour Lacan, cet énigmatique grand Autre. Cette activité humaine de penser auto interprétante, de la rêverie à l’autofiction, et au roman familial, est portée par la pulsion de savoir, du désir de connaître, fonction K de Bion, source de croissance psychique. Elle peut être défaillante, entravée, voir négativée. L’ambition de la psychanalyse par cet effet de transfert sur la parole est de sensibiliser le sujet à ses potentialités créatives et à les réanimer dans un espace transitionnel où, sujet, il est l’auteur, l’acteur, l’interprète principal sur cette autre scène.

Parfois le besoin d’interpréter envahit le sujet dans une urgence à être face à des angoisses agonistiques jusqu’à une activité interprétative paroxystique, délirante paranoïaque, face à une catastrophe imminente du monde interne, externalisée, catastrophe annoncée qui a déjà eu lieu en un hors temps et un hors lieu où l’inconscient de l’autre est perçu, deviné, interprété.

Freud propose même une analogie étrange entre activité délirante et construction analytique, des « tentatives d’explication et de restitution » « d’une vérité historique » (1937d, p. 280). « Dans la paranoïa se pressent également jusqu’à la conscience toutes sortes de choses dont chez les normaux et les névrosés nous ne mettons en évidence la présence dans l’inconscient que par la psychanalyse » (1901b, OC p. 352). Dans le fonctionnement paranoïaque cette connaissance aiguë de soi et de l’inconscient est travestie par une projection protectrice sur l’autre, détail par détail avec une conviction de vérité perceptive de ce monde extérieur qui l’assure de sa propre méconnaissance, déni de son monde interne.

L’art subtil de l’analyste, aux prises avec sa névrose, voir psychose de contretransfert (Racker H., 1948) aura à s’exercer entre méconnaissance aveuglée et triomphe paranoïaque de l’accès à l’inconscient de l’autre. La psychanalyse ambitionne de ranimer chez le sujet cet art délicat de l’interprétation bien tempérée dans une conversation singulière, « subversive », la situation analysante qui redonne chair à la langue.

Dans mon identité de psychiatre et de psychanalyste j’ai été confronté, comme d’autres, à ma position de soignant vis à vis de la folie et à quelles possibilités de soins psychiques nous pouvions disposer dans un traitement impossible, ou à peine possible, de la psychose. Il est des rencontres analytiques, telle celle de Mr Frioul, qui permettent d’approfondir nos questionnements. Ce patient pourrait même symboliser mon propre référentiel théorique : une théorie vivante des énigmes de la psychose. Ce texte tente de rend compte de constructions défensives, par-excitantes en après coup qui habitent l’analyste confronté à des vécus de catastrophe psychique et à un impensé, un insensé radical. La destructivité, les déliaisons attaquent la capacité de penser. La fonction contenante de l’analyste est au premier plan.

Monsieur Frioul est né dans les années cinquante, ainé de trois enfants. ses parents italiens ont émigré jeunes adultes dans l’immédiat après-guerre et ont fui comme d’autres Italiens l’effondrement socio-économique de l’Italie avec la complexité d’un état fasciste depuis les années 20. Ils sont originaires de deux villages voisins du Frioul. La mère sera traditionnellement mère au foyer, émigrée, restée nostalgique du pays. Le père chauffeur livreur en camion Berliet sera en invalidité, à l’adolescence du patient qui fut alors atteint d’une affection de la colonne vertébrale pour laquelle il dut être hospitalisé pendant six mois et a dû porter un corset-coque invalidant, double atteinte narcissique qui participa à, voir engendrera sa décompensation psychotique.

Je rencontrais alors un jeune homme en plein effondrement schizophrénique dissociatif et délirant luttant contre un vécu homosexuel persécutant et déréalisant.

Durant toute une première période de sa très longue psychothérapie, en pratique libérale, il m’apportait à chaque séance un tableau qu’il venait de peindre dans la semaine, sur lequel il avait projeté tout son chaos, son univers délirant : l’acte de peindre, un pinceau à la main, semblait lui permettre une lutte contre la passivation déréalisante du délire, favoriser une reprise en main de son monde interne dans une figuration désuète, créée sur une toile blanche cadrée. Il représentait dans un style figuratif des paysages répétitifs de montagnes et de vallées dont, en séance, il me dévoilait par la parole, sa parole interprétative, tous les détails invisibles masqués, indices et fruits d´un formidable travail de transformation de sa psyché en souffrance.

Puis il en vint à dialoguer en séance, dans des éclaircies de sa confusion, par la médiation de photos, autoportraits, et photos prises sur sa terre natale, ébauche d’un réel apprivoisé, qu´il me commentait dans des fragments de son histoire infantile qu’il pouvait ainsi se réapproprier trouvant appui en un créativité primaire.

Ces dernières années, il venait à sa séance et il déposait en préambule sur mon bureau un feuillet d´écolier plié en quatre, rempli d’un texte manuscrit, écrit en script et en majuscule, fruit de ses interrogations, de ses tourments et de ses réflexions de la semaine. Sous l’illusion de guérir, de se guérir, il voulait témoigner, me témoigner de son inlassable combat quotidien et de sa compréhension de la psychose.

L’objet primaire n’aurait pas permis au sujet d’organiser et d’utiliser suffisamment ses propres refoulements, confronté à un excès de déni de l’objet, déni de ses propres désirs barrant au sujet la reconnaissance de son propre désir, condamnée au désir de l’autre, un non-désir, glorification d’un phallus maternel. La massivité d’identifications projectives maternelles aurait entravé ses capacités de penser et de symboliser ses propres affects primaires il aurait été condamné dans une alliance aliénante à un communauté de déni qui ne pourra être dénouée, déjouée par un tiers paternel en raison d’identifications précoces défaillantes.

Ainsi sujet barré de son existence d’être sexué, effracté, violenté par un sexuel infantile qui le persécutait dès l’enfance, funambule déséquilibré par la conflictualité paradoxale de ses investissements narcissiques et objectaux, Mr Frioul mît très progressivement au jour des objets internes paradoxaux pour sa psyché et des identifications précoces énigmatiques et aliénantes infiltrant son vécu délirant qui se révéleront avoir un noyau de vérité historique, mais vérité historique le fixant dans les années noires de l’Italie fasciste à son insu et vécu par procuration. L’enquête, malgré lui, qu’il sera contraint de mener au Frioul dans son délire apaisé lui révèlera le passé trouble de son Père, un « Lacombe Lucien à l’italienne ».

Le délire met radicalement au défi la mémoire, la vérité, la vérité historique matérielle des faits et la vérité historique, vérité des fantasmes inconscients (Freud1937d). Comment ces vérités sont -elles repérables dans le délire, et à quelles conditions pourraient-elles être transformables, subjectivables, ces néoréalités qui collent à la peau, piètre identité issue de traumas.

Freud dans « La perte de la réalité dans la névrose et la psychose » (1924e) précise que « dans la psychose le fragment de réalité repoussé revient sans cesse forcer l’ouverture vers la vie psychique » (p. 302), une réalité primaire refusée, déniée dans un temps primaire.

Freud, dans « Construction en analyse », (1937d) reprend cette réflexion : « on n’a pas encore assez apprécié ce caractère peut-être général de l’hallucination d’être le retour d’un événement oublié des toutes premières années, de quelque chose que l’enfant a vu ou entendu à une époque où il savait à peine parler » ( p.279) Mais en lieu et place du refoulement, le déni est opérant comme mécanisme de défense : « morceau de réalité qu’on dénie dans le présent par un autre morceau qu’on avait également dénié dans la période d’une enfance reculée » (p.280).

Freud semble proposer donc deux logiques en deux temps : soit un refoulé 1 qui sera dans un temps 2 dénié soit un dénié 1 qui sera dénié dans un temps 2, dans la logique singulière d’un déni redoublé, déni pouvant aussi s’articuler dans les logiques de communauté de déni.

Mr Frioul fut très longtemps hanté par des identifications narcissiques grandioses avec des thématiques tel la race aryenne les grands blonds aux yeux bleus dont il descendrait, du Duce et de la gloire du fascisme, et du nazisme, jusqu’à revêtir des tenues paramilitaires.

Le vécu délirant emprunte ses représentations à un fond culturel et familial donné et à son imaginaire groupal d’appartenance, soit mythique, soit historique, soit sociétal, à des lieux mémoriels de son monde interne, alimentés de restes diurnes vus, entendus, ressentis et transformés par les affects primaires.

Quand ce vécu délirant s’apaisait, il oscillait dans une perplexité interrogative, amorce d’une auto-réflexivité, ouverture d’une communauté de déni partagé, frontière subtile pour le contretransfert entre délire partagé et déni d’une possible vérité. De ses différents mouvements identificatoires surgissant de sa psyché, il oscillait entre prise et déprise, prise dans une jouissance phallique narcissique grandiose et déprise face à une angoisse et horreur d’anéantissement. Ces vécus imaginaires au fil du temps migrèrent du monde du jour au monde de la nuit dans des rêves qu’il pouvait se et me raconter dans une narration subjectivante.

Je vais tenter maintenant, en donnant la parole à mon « co-auteur anonyme », le véritable interprète de vous rendre sensible, un discours vivant grâce à des extraits choisis de ses nombreux écrits qui pourraient aussi symboliser la reprise d’un processus de refoulement et d’archivage de la mémoire et d’un véritable travail de culture et d’une fonction auto-interprétante restaurée. J’ai choisi des extraits de ses nombreux écrits qui témoignent des transformations de sa psyché blessée et apaisée. Ils pourraient aussi symboliser la reprise d’un processus de refoulement et d’archivage de la mémoire et d’un véritable travail de culture. Le statut de ces écrits produits hors séance et confiés en début de séance est complexe pour l’analyste et pose un dilemme pour toute éventuelle publication. Sont-ils une mise en dépôt, en « sécurité »de son monde interne ? alors le risque de ce dévoilement est celui d’une nouvelle « trahison » répétée ici par l’analyste…Sont-ils une volonté de laisser traces, traces mémorielles écrites de son combat contre la psychose et affirmation de son existence, une ultime reconnaissance peut-être à l’instar du Président Schreber dans ses Mémoires d’un névropathe (1903) dont Freud s’était saisi de son vivant pour comprendre la paranoïa ? Mr Frioul n’était pas comme le Président Schreber en capacité de rendre publique et de publier lui-même. J’ai entendu, interprété son désir « secret » que je fusse aussi un témoin, un messager, un historien…et psychanalyste. Du temps est passé et son histoire ne peut-elle pas faire partie du tragique de l’histoire des « anonymes » ?

« La première fois que l’on s’est vu vous m’avez dit que les parents sont la société en miniature. Avant d’avoir été trahi par mon père je ne me représentais pas la société en miniature, donc la société. Je n’accepte pas la société car j’ai été dérangé par la société parentale” …”J’ai commencé à perdre la tête à 15 ans quand je suis revenu de Hyères. Ma tante m’avait acheté un pull jaune, je voyais les filles rirent, au fond de moi je savais que j’étais cocu… dans le fantasme de l’accouplement je suis le cocu de l’histoire car ma place était occupée par mon père ».

« À l’adolescence j’ai été trahi par mon père. Maintenant. C’est moi qui le trahit comme Galeazzo Ciano, le gendre de Mussolini. Mon père ne m’a pas trahi. (À l’adolescence j’avais du abandonner la grandeur du père. Avec le délire sur le fascisme, je voulais rétablir le podestat de mon père, j’ai refait mon histoire j’ai choisi la sexualisation de mon père).” Il y a eu le fascisme en Italie. La volte-face du roi et du conseil fasciste qui ont fait arrêter Mussolini. Ce qui a conduit à la création de la république de Saló. Car les Italiens ne voulait pas passer pour des traîtres vis à vis des allemands. Dans l’obscurité de mon esprit cela a conduit à la trahison de mon père à l’adolescence »…

« À l’adolescence quand j’ai su de la sexualité de mon père et que j’ai été trahi par lui, dans ma tête s’est construit un réseau relationnel du monde. Entre mon père et ma mère il y avait le maillon d’un réseau. Le fantasme que j’ai avec mon pénis et une femme c’est d’être dans un réseau, être observé par le réseau, ce sont les journaux, la télé, déversoir de la sexualité. Ce qui me dérange dans les rapports sexuels c’est ĺ’ interchangeabilité des sexes et de la scène. Je crois que j’ai un fantasme à l’adolescence : quand j’étais enfant mon père se disputait avec ma mère, j’étais terrorisé. […]À l’adolescence quand j’ai découvert la trahison de mon père, j’ai vu l’horreur. Les angoisses enfantines prenaient un sens. Mon père pouvait chasser ma mère et moi rester démuni. Les femmes sont les maîtresses de mon père. Je vis l’angoisse enfantine, l’abandon de ma mère. Je suis le cocu de l’histoire car je suis aux ordres du pénis paternel. À l’adolescence il s’est imposé dans ma vie. Quand j’étais enfant mon père me faisait souffrir, lui et moi nous ne faisions qu’un (avec) contre ma mère. À l’adolescence avec sa sexualité, mon père pouvait chasser ma mère et faire qu’il y avait un rapport ambivalent avec ma mère, il aurait pu me satisfaire en me disant qu’il ne me trahirait pas, qu’il n’était pas avec ma mère, Mais je ne pouvais pas me résoudre à abandonner ma gloire, avec d’un côté ma mère et de l’autre la fusion avec mon père[…] Il y a de quoi devenir fou quand on découvre l’on a été trahi pour un objet qui n’a jamais existé et que l’on est trahi pour un objet réel qui démoli toutes les croyances[…] Ce qui me fait souffrir c’est l’interchangeabilité des sexes et des personnes, deuxième trahison de mon père après la première avec ma mère qui a été abandonnée comme Ariane à la sortie du labyrinthe ».

Les fantasmes originaires, dont la scène primitive, ne semblaient pas s’être structurés dans une valence organisatrice de la psyché pouvant apprivoiser une violence pulsionnelle qu’il s’efforçait de contenir mais qui resurgit et “s’épanouissait”, sur un mode prégénital cru dans le délire peut être en raison des défaillances conjuguées des objets primaires plus excitants que contenants :

« J’ai envie de planter un poignard sur la table. Quand mon Père se disputait avec ma Mère parfois à la table de la cuisine. Il faisait une croix avec un couteau. Quand je le voyait détruire le mobilier ça m’angoissait… j’ai tout le temps l’appréhension de croiser des passants ou des automobilistes. J’ai une hallucination visuelle : sur le visage des gens, on me fait des mimiques qui traduisent du dédain pour moi. C’est ma Mère qui a du dédain pour moi. Elle me reléguait tout le temps aux oubliettes. Quand je croise le regard des gens c’est autant de coup de martinet de ma Mère… J’ai une souffrance avec ma Mère car elle est restée de l’autre côté comme l’Istrie et la Dalmatie à la fin de la guerre, elle est restée du côté de mes rêves… j’ai le deuil de l’autre côté, terre d’exil où est restée ma Mère ».

Dans ses reconstructions élaboratives il revient souvent sur ces vécus traumatiques d’infans où il situe les premières failles ressenties en lui au travers d’événements parfois anodins en apparence mais au potentiel désorganisateur ainsi :

« Une fois je jouais avec une petite voiture en plastique, une 2CV camionnette comme celle de mon Père, j’avais 2-3 ans. Ma Mère me brusqua pour je ne sais quel motif. La voiture se casse. Le rêve est brisé. L’identification à mon Père aussi. Je me mets à pleurer. Ma Mère n’a rien su de ce qui s’était passé en moi. La voiture est cassée, elle essaie de la réparer. Mais rien à faire le rêve est brisé. J’avais besoin de réparation car ma Mère démolissait l’imaginaire que j’avais dans la construction de l’identification à mon Père ».

Adolescent, il était confronté au désir génital, ce désir fou, à la rencontre de l’autre qui convoque la mise à mort de ses objets œdipiens au risque d’un meurtre de ses objets internes. Ces alliances aliénantes aux imagos parentales lui barrèrent radicalement l’accès à son propre désir qui resurgissait sous l’emprise excitante de la pulsion qui ne pouvait aller à la rencontre d’un autre sujet qui ravivait tous ses fantasmes originaires, sa libido ne pouvait s’épanouir que narcissique, phallique narcissique. L’imago paternelle protectrice sur laquelle il avait pu trouver un relatif appui dans sa prime enfance face à une imago maternelle terrifiante le confronta à une double trahison de son père, défaut de protection et d’identification, en deux temps, infans et adolescent, dans son accès au masculin et à la génitalité. Son vécu délirant grandiose vient réparer paradoxalement la toute-puissance paternelle déchue, vitale pour son narcissisme dans une mise en scène, représentation d’un drame historique, romancé, fiction et réalité confondues. Le délire offre ici par sa figurabilité historicisée une possible narrativité des conflits primaires déniés et offre une tentative déguisée d’appropriation subjective du sujet.

Si sur sa scène psychique les personnages centraux sont des imagos parentales bien identifiables d’autres personnages peuvent en être les représentants sous divers travestissements mais aussi de parties du moi et des pulsions dans des mises en scène oniriques ou délirantes. Parfois le statut économique est difficile à situer quant à la problématique du sujet. Certains personnages historiques apparaissaient sur cette scène, Hitler, Mussolini, aux fonctions générales impersonnelles métaphorisantes et symbolisantes des imagos primaires, comme, classiquement, le Diable (tel en témoigne l’étude de Freud en 1923 d’une névrose démoniaque au XVIIème siècle sur le peintre Hainzmann).

Vont aussi apparaître, dans certaines séquences, d’autres personnages secondaires mais non moins signifiants qui hantent sa psyché tels, Menguele et Fughin qui vont le conduire sur la piste d’une problématique paternelle déniée et d’une vérité historique matérielle.

La figure de Mengele Josef fit un jour irruption dans son monde imaginaire et délirant, ce monstre, ce « médecin » du camp d’Auschwitz qui fit de folles et barbares expérimentations sur les humains et des enfants et qui put se cacher en se réfugiant jusqu’à sa mort en Amérique Latine. Cette représentation condense l’ampleur des pulsions sadiques liées à des imagos parentales primitives et des identifications projectives, figures de l’abjection qui se remobiliseront sur l’analyste, médecin

étrange, qui expérimente une science mystérieuse, juive, la psychanalyse, sur lui, l’infans persécuté-persécuteur ; et j’aurais à endosser un transfert négatif que le patient dans ses capacités de réparation parviendra à contenir malgré la violence pulsionnelle et il sera en capacité d’en prendre conscience …..

« La souffrance que j’ai avec la réalité c’est l’actualité… Il y a quelques années en Amérique du Sud on avait déterré le corps de Mengele… sur Paris Match il y avait la photo de son crâne, le journaliste avait écrit :maintenant le monstre à un visage”… Avec mon pénis je suis avec le tourment de l’exhumation du corps de Mengele. J’ai enfin un visage… j’ai acheté une demi tête de cochon… il faut que mon imperfection soit dévoilée… Parce que j’étais gentil… aux yeux des autres je n’affichais que la perfection que je devais à mon père. Le porc c’était mon père ».

« À chaque moi son objet, à chaque surmoi son abject », cette citation condensée de Julia Kristeva qu’illustre cette séquence me permet d’évoquer son remarquable travail, Pouvoirs de l’horreur (1980) qui réfléchit à ces problématiques complexes aux limites de l’humain :« Il y a, dans l’abjection, une de ces violentes et obscures révoltes de l’être contre ce qui le menace et qui lui paraît venir d’un dehors ou d’un dedans exorbitant, jeté à côté du possible, du tolérable, du pensable. C’est là, tout près mais inassimilable. Ça sollicite, inquiète, fascine le désir qui pourtant ne se laisse pas séduire. Apeuré, il se détourne. Écœuré, il rejette. » (p.9)

Progressivement le vécu délirant s’estompant il put se ressaisir d’une problématique paternelle clivée, présente et non présente à sa psyché, ce qu’il pût me formuler ainsi :

« De manière latente, j’ai toujours présent à l’esprit la guérilla qu’il y a eu dans le village de mon père de 1943 à 1945. Ma guérilla c’est ce que j’ai vécu ici au début des années 1990. J’ai un fantasme mortuaire de la réalité, on n’est plus avec ça le temps s’est écoulé. Depuis le début de 1990 je vivais la guérilla de mon père. C’était une façon pour moi de remonter dans la vie de mon père avant ma naissance, avant ma conception. Je vivais mon père d’avant ma naissance ».

Dans sa quête des origines le sujet naissant en quête d’identité est confronté à sa filiation réelle, imaginaire et symbolique, et à ses énigmes oscillant entre la fiction d’Œdipe et de Narcisse. Un réel, un actuel, « la guérilla de mon père », passé de son père marqué de son secret dénié « la trahison » effractant les enveloppes psychiques de mémoire contenantes et protectrices, était projetée au dehors dans une activité délirante qui, jouant des clivages, s’expose au grand jour et envahit la réalité mais dans des figurabilités travesties où le sujet de passif devient actif, acteur de son destin funeste dans des identifications aliénantes « je suis mon père » et ici de surcroît des identifications délirantes « je suis Menguele, je suis Fughin ». Le fonctionnement familiale incestuel lui aurait barré la voie des identifications secondaires sociétales, étrangères et ainsi la possible rencontre avec l’autre, le non-familier. La rencontre analytique dans l’après coup lui permettra très progressivement de s’y familiariser et d’en dialectiser les enjeux.

L’autre personnage qui entra en scène, autre identification délirante est Fughin, une figure qui, elle, semble ouvrir une voie sur un possible noyau de vérité historique : Fughin serait le commandant SS qui brûlait les villages au Frioul. La séquence que j’ai choisie, illustre un dilemme auquel il est confronté face au processus psychique inexorable engagé dans la situation analysante, face à la problématique paternelle et les dangers de la voie de la guérison.

« Avec vous, avec la guérison j’ai un transfert négatif de mon père mais cela me donne un sentiment de culpabilité… Je ne veux pas voir mon mauvais père par peur d’être imparfait, car c’est ce qu’on attend de moi d’être parfait. Avec vous je ne peux faire aucun transfert négatif car la guérison me donne un sentiment de culpabilité. Le sentiment de culpabilité que j’ai avec vous c’est par rapport à la scène primitive où était impliqué mon père. À travers vous, j’ai le sentiment de culpabilité d’avoir découvert l’altérité. Je ne proteste pas car je me sens coupable d’avoir déboulonné mon père …

Avec vous je ne peux rien vous dire car m’ayant conduit où je suis maintenant vous avez le droit de vie ou de mort sur moi. En vous je vois le strass, le chiffonnier de mon père, transfert négatif car comme mon père vous ne parlez pas, vous êtes muet. Mon père avait un surnom Muti qui en italien veut dire muet, je ne le connaissais uniquement sous le nom de Muti. Sur sa tombe maintenant je vois son nom Filippo. Entre 2-4 ans, ma tante, belle-sœur de ma Mère me disait que mon père s’appelait Filippo et non Muti je hurlais et je menaçais de brûler le village de ma mère. Durant l’époque où mon père était partisan il y avait un commandant SS stationné au terrain d’aviation surnommé Fughin car il incendiait les maisons.

Le commandant SS c’est moi car avec mes yeux j’ai incendié. Devant mes yeux j’ai vu un incendie ; nous étions arrivés avec la voiture avec mes parents devant la maison de mes grands-parents. Mes parents se disputaient il y avait le feu devant mes yeux, la maison de mes grands-parents brûlait, la cause de l’incendie s’était le frère de ma mère.

Le commandant Fughin, c’est moi car avec mes yeux j’incendie, dans mes yeux on voit que je suis l’incendiaire Fughin, j’ai une allumette à la place du pénis (allumeuses, femmes, mère désespérée à son arrivée en France ne parlant pas le français, fiamiferi-fuminanti-allumette).

Le travail de délire comme le travail de rêve met en action tous les processus du penser pour tenter de figurer l’irreprésentable, l’incompréhensible d’une psyché débordée par l’excitation de son propre inconscient, inconscient primaire et aussi des inconscients parentaux qui ont effracté sa psyché par défaillance des pare excitations individuels et groupaux. La dynamique transférentielle de cette période témoigne de ses capacités à utiliser l’objet-analyste pour exprimer ses affects et tenter d’élaborer le conflit et le dilemme dans une appropriation subjectivante de la méthode analytique dont une utilisation de l’associativité élaborante et non délirante.

Son père mourra à 60 ans et sera enterré dans son village natal. Chaque année la famille retournait en vacances dans le village maternel et Mr Frioul errait dans la région entre ces deux villages maternel et paternel souvent dans un halo délirant et interprétatif de persécution : ainsi au café du village où il se rendait il entendait souvent murmurer sur lui “les gens jasent, car je ne suis pas comme eux je suis de race aryenne et non un italien”. Il me parla souvent de lieux où il revenait chaque année comme hanté par une force d’attraction et qu’il prenait répétitivement en photo ainsi une banale clairière, un canal vide, sans grand intérêt apparent mais qui le rendait très angoissé et alimentait son vécu délirant.

Après la mort de son père il s’interrogea beaucoup sur le passé de son père durant la guerre, cela le rendait très confus et angoissé « tout ça me tourne la tête, je n’y comprends plus rien ».

Depuis, il séjournait alors avec sa mère six mois l’an dans le Frioul. Il avait toujours eu l’habitude de fréquenter les cimetières de jour et de nuit avec beaucoup d’interrogations sur la mort et les morts, les feux follets et les fantômes. Un jour se rendant au cimetière il vit que la tombe de son père avait était profanée, on avait arraché la photo-plaque de son père. Il se mit à questionner et des gens du village lui apprirent que son père aurait eu une attitude trouble durant la guerre. Ces faits furent confirmés par un cousin : durant la république de Saló il aurait trahi et dénoncé des partisans qui furent aussitôt assassinés et dont les corps auraient été jetés dans le canal mis hors eau aujourd’hui. Pour se venger les partisans avaient voulu se saisir de son père qui avait fui mais ne le retrouvant pas ils aurait pendu, en représailles, à sa place, le père de son père donc son grand père à un arbre de cette clairière qui hantait son esprit comme le canal. Et c’est dans tel contexte que son père se serait réfugié en Savoie.

« Il y’a une chaîne RAI Storia on nous montre des images sur le fascisme, l’union avec les allemands, la république de Saló. J’ai su que mon grand père est mort par la faute de mon père. J’ai une fascination pour la république de Saló car je n’étais pas né à ce moment-là, j’étais dans la tête de mon père. Je savais la terreur que j’avais avec mon père quand il hurlait après ma mère. Mon père me faisait souffrir car j’avais une lacune dans sa vie. J’ai un fantasme avec mon père, je suis avec l’avant ma mère. Je suis dans la tête de mon père. Jésus par l’action du saint esprit était dans le ventre de vierge immaculée. Moi je suis dans la tête de mon père. Mon grand père est mort durant cette période. Je suis avec un duplicata de l’épreuve, c’est comme si j’étais responsable de la mort de mon père. Avant sa mort, j’avais cherché à savoir ce qu’il avait fait durant la république de Saló, j’ai vu qu’il était interloqué. J’aurais préféré le voir avec les SS, plutôt qu’éleveur de lapins. Quand il est mort, j’ai pensé que c’est moi qui l’avais fait mourir en remuant le passé. Je pense à la souffrance qu’il a dû avoir quand son père est mort. Avec l’avant mère, étant dans la tête de mon père, j’ai le fantasme que mon père a bousillé sa vie et moi, j’aurai pu avoir une autre existence. Le fantasme que j’ai se voit au cinéma dans les films de science-fiction. Avec une machine à remonter le temps, une personne retourne dans le passé, et voit ses parents qui ne se connaissent pas encore. Les soucis de ses parents ne sont pas encore dans sa tête. Chacun vit sa vie. Le paradoxe c’est que la personne vivante n’existe pas dans la future rencontre de ses parents… J’ai le fantasme de l’auto-engendrement. »

Mr Frioul fut confronté à ce secret de l’histoire de jeunesse de son père dans des périodes où l’histoire privée est très infiltrée de l’histoire sociétale, culturelle et des drames de la guerre, des totalitarismes, dans une confusion des idéaux préœdipiens, œdipiens et sociétaux complexifiant la construction du roman familial, confusion des sentiments d’amour et haine, au paroxysme de l’ambivalence, qui mettent en crise la constitution du moi idéal et de l’idéal du moi.

Il aurait donc hérité d’un “secret” honteux, abject et confusionnant, objet de clivage et déni, trahison et meurtre, trahison du groupe, meurtre par procuration du fils, meurtre de son propre père, secret scellé dans un pacte dénégatif qui va fonctionner dans la psyché comme une crypte incrustée dans le moi en suivant M. Torok et N. Abraham( 1978) et dans un nouage libidinal œdipien mais dont les fantômes vont le hanter jusque dans le délire.

Dans la cure analytique le sujet en souffrance ne va-t-il pas devoir prendre le risque insensé de se livrer corps et âme à un étranger, un non-familier, un tiers, avec le pari de la rencontre possible d’un Nebenmenschet ses aléas. Au fil du temps, dans cette machine à remonter le temps qu’est la séance il a accepté cette rencontre avec l’autre, une nouvelle filiation, filiation analytique, au filtre de cette relation transféro-contretransferentielle si énigmatique qu’il s’est appropriée sur la base d’un transfert homosexuel en double, non sans aliénation à un Nebenmensch « la seule puissance qui aide »(Freud (1950c [1895]).

Quand le déni de réalité est prédominant comme dans le délire, de jour, le sujet éveillé peut être tourmenté par ces restes diurnes, encryptés, le vu, l’entendu, le ressenti, mais venus d’ailleurs d’un autre temps, temps éclaté et il puise dans cette mémoire inconsciente où toutes les traces perceptives ont été conservées, dans un archivage toujours mystérieux des noyaux originaires et secondaires, mais toujours susceptible de jaillir soit dans la réalité, le rêve et même ici le délire. Par contre le délire s’affirme comme réalité perceptive actuelle, une réalité réelle, qui s’impose et s’affirme vraie au nom du vécu, du ressenti et des affects du sujet dont les convictions excluent l’autre, sauf à délirer avec, dans cette néoréalité. Le déni porterait aussi sur une réalité de faits historiques familiaux alors que le sujet est confronté à un vécu de possession et d’intrusion des objets parentaux. Le sujet semblait totalement possédé par la problématique des objets primaires dont il ne pouvait se décoller, il était agglutiné aux conflits de ses objets internes et leur vérité historique. C’est dans une possible mise en représentation et figuration d’une supposée mais vérifiée réalité historique matérielle parentale qu’il pourra très progressivement apprivoiser la vérité historique de ses fantasmes originaires et de ses identifications, et décondenser des agglutinations du moi et accéder à une relative indépendance.

Dans le travail effectué avec M. Frioul le processus engagé, dans de lentes transformations, autour d’une remise en jeu et circulation des possibilités de figurabilité et de représentation à travers les différents modes d’expression amenés et accueillis, co-investis en séance, peintures, photos, écrits, à la fonction d’objets malléables (Roussillon, 1991) et la parole libérée en séance sans trop d’entrave, rétorsion, représailles dans une fonction contenante et pare-excitante de l’analyste.

Les identifications projectives excessives s’apaisèrent et un travail de rêve s’organisa dans sa fonction régulatrice et anti-trauma de la psyché et la narration des rêves en séances commença à coexister à la narration des vécus délirants, de même qu’il pouvait de mieux en mieux utiliser des processus secondaires voir tertiaires, tel peuvent en témoigner ses écrits, alors que longtemps les processus primaires entravaient sa pensée.

Dans un transfert paternel qui pût réguler les effets d’un transfert délirant et négativiste, voir négationniste il pût réélaborer ses identifications précoces et investir son psychanalyste et la psychanalyse dans sa dimension tiercéisante de vérité et de liberté.

Sa destructivité qui se donnait libre cours dans son délire et ses fantasmes fut toujours suffisamment contenue, et les quelques fois où il se sentit trop débordé et angoissé il disparaissait et trouvait de lui-même refuge, asile, quelques jours à l’hôpital psychiatrique où il avait lié contact à des frères de misère et une équipe soignante fiable et investie.

Via la psychanalyse, dans la singularité de la rencontre analytique Mr Frioul s’est très progressivement familiarisé à la rencontre avec l’autre, au dedans et au dehors, s’ouvrant sur un travail de culture (Kulturarbeit) qui s’imposera à lui en tant que sujet, sujet humain luttant contre les forces du mal et de l’abjection.

Les matériaux constituants du délire sont composites et forment des êtres chimériques en lien avec la culture qui acquièrent une vie indépendante et infiltrent la réalité, la vie diurne et parasitent le sujet dans ses dimensions symboliques réelles et imaginaires. Si le délire est sociétal, norme d’une culture donnée, partagée, conforme au surmoi de la culture, (Freud 1930a, p. 329-331), telle la religion, illusion partagée (Freud, 1927c), voir délire (Freud, 1937d) il assure paradoxalement une assise narcissique et identitaire au sujet et au groupe. Mais s’il est intime, privé, il devient asocial, folie privée qui isole le sujet déchu et le met au rang de paria. Le délire emprunte alors des oripeaux, des ersatz de culture, venus on ne sait d’où : a-culture. Le sujet devient piètre acteur d’un piètre théâtre mais qui inspire cependant toutes les inquiétantes passions de la vie d’âme, d’âme damnée, ensorcelée par le diable.

Parfois s’est infiltré un réel, un actuel (Asseo, 2014) qui dépasse la fiction de la réalité, une réalité déniée d’un sujet qui sous forme de réel « l’offre » en héritage à son descendant destinataire privilégié ainsi le premier né, tel un fils ainé, l’héritier et son droit mythique d’aînesse qui prédestine.

Mais dans une telle tragédie, la fiction narrative de la séance interprétée et vécue par Mr Frioul, comment peut se représenter la trahison et le meurtre du père déniés et la crainte projetée de la découverte du forfait dont on a pensé avoir effacé toute trace par l’exil et le silence. Le crime était presque parfait. Le fils, meurtrier virtuel, le deviendra à l’adolescence de fait. La folie sera un compromis où le meurtre se réalisera non dans la réalité mais dans un réel, le réel du théâtre de Mr Frioul, d’Œdipe-roi à Hamlet.

Telle serait la tragédie de Mr Frioul qu’il fut condamné à jouer à perpétuité. Il a toujours redouté de franchir, radicalement et définitivement, l’écran de son monde imaginaire grandiose et tragique : quitter cette scène actuelle devenue si familière et si existentielle où tel le tragédien, au seuil de la sortie des artistes, il devient un roi nu aux illusions perdues.

 

Conférences d’introduction à la psychanalyse, 30 novembre 2017

 

Références

Abraham N. Torok M. (1978) L’écorce et le noyau, Aubier.
Asseo R., Dreyfus-Asseo S. Deuil dans la culture : l’actuel, détail par détail, in RFP, vol. 78, n° 5 (2014).
Freud S. (1950c [1895]) Projet d’une psychologie, in Lettres à W. Fliess, 1897-1904, PUF, 2006.
Freud S.(1923a) Une névrose diabolique au XIIe siécle, OCF, XIII.
Freud S.(1924e) La perte de la réalité dans la névrose et la psychose OCF, XIII.
Freud S.(1927c) L’avenir d’une illusion,OCF XVII.
Freud S. (1930a [1929]), Le malaise dans la culture, OCF, XVIII, Paris, PUF, 1994, p.245-333
Freud S. (1937c) L’analyse avec fin et l’analyse sans fin, OCF, XX.
Freud S. (1937d) Construction en analyse, OCF, XX.
Roussillon R. (1991) Le médium malléable, in Paradoxes et situations limites de la psychanalyse, PUF.

Résumé

La psychose et le délire mettent radicalement au défi le travail d’interprétation dans une confusion, une collusion entre fantasme et réalité. Comment la psyché en souffrance peut-elle s’y retrouver ? Parfois se révèle au sujet une vérité historique offerte en héritage dans le délire. Le travail d’écriture que parfois mobilise la situation analytique en parallèle à la séance témoigne de cette lutte engagée par la psyché pour des transformations. Quel est le statut de tels écrits confiés à l’analyste ? D’une manière paradoxale, je propose une réflexion, un dévoilement, non pas sur sa parole, son intime dans la situation analytique mais sur ses écrits élaborés en mon absence…. avec le dilemme entre être psychanalyste et historien. J’ai pensé cet écrit aussi comme témoin.

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