Cycle de Conférences d’introduction à la psychanalyse de l’adulte, jeudi 6 février 2003
Litza Guttieres-Green
Le Masculin et le Féminin chez Freud, Winnicott et les autres

« … l’observation de la différence des sexes … est au fondement de toute  pensée, aussi bien traditionnelle que scientifique. … Il s’agit du butoir ultime de la pensée sur lequel se fonde une opposition conceptuelle essentielle : celle qui oppose l’identique au différent, un de ces themata archaïques que l’on retrouve dans toute pensée scientifique, ancienne comme moderne, et dans tous les systèmes de représentation. » Fr. Héritier Masculin/féminin, 1996, O. Jacob, pp.19-20

Sigmund Freud a posé en termes clairs, le problème de la différence des sexes et de l’identité sexuée, mais sa théorisation, pourtant revue et remaniée à plusieurs reprises, en dépit de sa remarquable cohérence, a soulevé dès le début de nombreuses contestations et continue de diviser les psychanalystes.

La sexualité humaine est une psychosexualité où le féminin et le masculin se succèdent, s’opposent, s’intriquent, constituant la bisexualité psychique, qui atteint son apogée avec l’organisation odipienne.

La conflictualité générale et, plus encore, celle inhérente au thème de la différence des sexes se répète, dans le débat entre psychanalystes sur les similitudes, les oppositions et la complémentarité des hommes et des femmes. Débat qui n’a pas fini de nous occuper et auquel participent biologistes, sociologues, ethnologues, historiens, politiques et médias.  Ce champ est tellement infiltré de préjugés, de passion et d’intérêts divers qu’il devient difficile d’en parler avec sérénité. Nous allons cependant tenter d’en faire l’expérience.

Au cours de  l’histoire de la psychanalyse, deux tendances se sont rapidement dessinées au sein des théories sur la sexualité féminine : d’un côté ceux qui soutiennent la méconnaissance du vagin jusqu’à une époque tardive (aux côtés de Freud, Ruth Mack Brunswick, Jeanne Lampl de Groot, Hélène Deutsch, Marie Bonaparte), de l’autre ceux qui en croient en sa connaissance précoce et pour lesquels l’enfant de sexe féminin est fille dès le début (Josine Muller, Karen Horney, Karl Abraham, Mélanie Klein, Ernest Jones).

Par la suite le sexuel, peut-être sous l’influence des kleiniens mais aussi sous le prétexte de l’évolution des mours,  en est venu à perdre de son intérêt, comme s’il fallait lui réserver un refuge qui en préserve l’interdit et le mystère, au profit de l’accent mis sur les relations d’objet avec les rivalités et l’envie que suscite la différence des sexes et qui amènent hommes et femmes à imaginer « sur le corps de l’autre » (M. et J. Cournut[1]) des avantages dont ils sont privés. L’importance de plus en plus grande donnée à la relation d’objet me paraît marquer la prédominance accordée au féminin et surtout au maternel, en raison de la précocité de ce lien primaire, au détriment du masculin – phallique, secondaire. Nous verrons par ailleurs que les théories sur le féminin souffrent du double destin  de ce dernier, féminin érotique et féminin maternel,  qui en augmente la complexité.

Les difficultés sont aggravées par la confusion entre les conceptualisations qui s’appuient sur des facteurs occasionnels, sociologiques ou historiques par exemple, et celles dont les références sont somatiques, pulsionnelles, dérivées de l’organisation psychique d’origine infantile, elle-même soumise à des références culturelles.

Comme on le sait, Freud est parti d’une vision uniquement masculine/phallique de la sexualité, ce qu’on n’a cessé de lui reprocher. Il a décrit l’avènement du féminin à la suite des stades prégénitaux, oral, anal et phallique : « Au stade de l’organisation prégénitale sadique‑anale – écrit-il – il n’est pas encore question de masculin et de féminin, l’op­position entre actif et passif est celle qui domine. Au stade suivant, celui de l’organisation génitale infantile, il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l’opposition s’énonce ici : organe génital mas­culin ou châtré. C’est seulement qua­nd le développement, à l’époque de la puberté, s’achève, que la polarité sexuelle coïncide avec masculin et féminin. Le masculin rassemble le sujet, l’activité et la possession du pénis ; le féminin perpétue l’objet et la passivité. Le vagin prend maintenant valeur comme logis du pénis, il re­cueille l’héritage du sein maternel.»[2] (1923)

Il fait  allusion à une psychosexualité toujours d’essence mâle, qu’elle soit « active » ou  « à buts passifs », à distinguer des différences sexuelles d’ordre anatomique ou hormonal, liées au corps et aux organes génitaux masculins ou féminins.

Il va asseoir sa théorie sexuelle sur trois hypothèses majeures :

1) L’existence, dans les deux sexes, d’un stade phallique  caractérisé par  la présence ou l’absence de pénis :  masculin-phallique par opposition à féminin-châtré. Le clitoris, assimilé à un pénis « rabougri »[3] et dévalorisé, serait le seul organe sexuel connu des fillettes.

Le vagin en revanche et, à plus forte raison l’utérus, « restent longtemps ignorés »[4]. Le vagin ne prendra sa réalité que comme « logis du pénis » au cours du coït ; quant à  l’utérus il sera révélé par les menstrues et l’accouchement.

Au stade sadique-anal, « ….les impulsions agressives des petites filles ne laissent rien à désirer en richesse et en violence. Avec l’entrée dans la phase phalli­que, les différences des sexes s’effacent complètement derri­ère leurs concordances…. Nous pouvons poser que dans la phase phallique de la petite fille, c’est le clitoris qui est la zone éro­gène directrice. » (1933)[5]

Dès 1924 pourtant, Karl Abraham a mis en doute l’hypothèse freudienne : « …je me suis pris à me demander récemment s’il n’y aurait pas déjà, au moment de la prime enfance, une première éclosion vaginale de la libido féminine, qui serait destinée au refoulement, et à laquelle succèderait ensuite la prédominance du clitoris comme expression de la phase phallique. »[6]  De cette vision découle tout naturellement l’existence, chez la fillette, d’une réaction vaginale précoce au pénis du père qui devient ainsi le premier objet, en contradiction avec  la primauté de l’objet – mère.

 Freud, tout en avouant que le problème du féminin lui paraît « obscur » et la féminité un « continent noir », maintient fermement son point de vue et théorise, malgré les difficultés, la nécessité du  changement d’objet et du changement de zone érogène.

A la suite de Lou Andreas-Salomé, il assimile les sensations vaginales  à des sensations anales. Celle-ci en effet, dès 1916, dans Anal und sexual,  faisait dériver le vagin du cloaque et rapprochait les sensations génitales des femmes (adultes) des sensations anales,  évoquant à ce propos la passivité devant la pulsion à laquelle les femmes, faute d’une agressivité suffisamment tournée vers l’extérieur, seraient livrées plus violemment que les hommes.

Prétendre que « seuls les organes génitaux mâles (le phallus) jouent alors [à la phase phallique] un rôle. [et que] les organes génitaux féminins [...] restent longtemps ignorés »[7] paraît en contradiction avec l’ancrage de la sexualité dans le somatique et l’infantile et l’on n’a pas manqué de se poser des questions sur le silence de ces organes : est-il de l’ordre du refoulement ce qui supposerait obligatoirement une connaissance antérieure qui serait levé par la suite ? Est-il possible que la connaissance, sans intuition de ce qui existe même si c’est caché, soit sous l’unique dépendance de la perception ? Depuis, presque tous les auteurs ont contesté la radicalité des affirmations de  Freud qui, jusqu’à la fin de sa vie, n’a pourtant cessé de soutenir ce qui lui paraissait faire la cohérence de sa théorie.

Il  confirmait ainsi une vision phallique de la sexualité et de la libido :  « Il n’y a qu’une seule libido, écrivait-il, qui est mise aussi bien au service de la fonction sexuelle masculine que féminine. Nous ne pouvons pas lui donner, à elle‑même, de sexe ; si, suivant l’assimilation conventionnelle de l’activité à la masculinité, nous voulons l’appeler masculi­ne, nous ne devons pas oublier qu’elle représente aussi des aspirations aux buts passifs. » (1933[8]) . Remarquons que l’introduction d’une aspiration à la passivité nuance la notion d’ « activité » masculine.

2) La confrontation avec la différence des sexes et l’absence de pénis chez la mère, déclenchent chez le garçon, avec la surestimation du pénis qui pourrait venir à manquer, l’angoisse de castration que Freud compare à « la chute du trône et de l’autel », avec son cortège de mépris du féminin et de peur de la dévirilisation ; la fille, en revanche, comprend qu’elle n’aura jamais ce sexe qu’elle admire et désire , « elle se sent gravement lésée, déclare qu’elle voudrait « aussi avoir quelque chose comme ça » et succombe à l’envie du pénis qui laisse des traces indélébiles dans son développement et la formation de son caractère et qui, même dans le cas le plus favorable, n’est pas surmontée sans une lourde dépense psychique »[9]le complexe de castration va la détourner donc de sa mère, elle se réfugiera auprès de son père, beatus possidens, dont elle espère un enfant.

Pour Freud, dans les deux sexes, le premier objet est donc la mère. C’est  l’an­goisse de castration qui oblige le garçon à se détacher d’elle, le faisant  ainsisortir du complexe d’ Œdipe, tandis que sous l’emprise de l’envie du pénis, la fille se détache également de celle à laquelle elle reproche son « incomplétude »,  pour se rapprocher de son père, entrant ainsi dans le complexe d’Œdipe.  Ici s’inscrivent les sentiments ambivalents réciproques entre la mère et sa fille, chaîne d’hostilité se perpétuant  de mère en fille, le père représentant à la fois le séparateur et le refuge.

 Il faut attendre 1933 pour que Freud,  reprenant les travaux de ses élèves féminines, relie les aspects positifs de la relation mère – fille, précisément à l’importance des couches préodipiennes de la sexualité féminine : « L’identification à la mère, chez la femme, permet de reconnaître deux cou­ches: la couche préodipienne qui repose sur le tendre attachement à la mère et la prend comme modèle, et celle, plus tardive, issue du complexe d’Oedipe, qui veut éliminer la mère et la remplacer auprès du père…

Mais c’est la phase du tendre attachement préodipien qui est décisive pour l’avenir de la femme; c’est en elle que se pré­pare l’acquisition des qualités avec lesquelles elle satis­fera plus tard à son rôle dans la fonction sexuelle et accom­plira ses inestimables réalisations sociales. »[10]

N’oublions pas cependant que ce lien préodipien à la mère  recèle aussi, à côté d’aspects positifs, le germe de la paranoïa[11].

3) La  vision  phallocentrique de la sexualité dans le cadre de la bisexualité psy­chique «d’origine corporelle » mais aussi  consécutive à une identification aux deux parents :

«  [la science]… attire votre attention sur le fait que des parties de l’appareil génital masculin se trou­vent dans le corps de la femme, bien qu’à l’état atro­phié, et vice versa. Elle voit dans cette occurrence l’indice d’une double sexualité, d’une bisexualité…Vous êtes enfin invités à vous familiariser avec l’idée que les proportions dans les­quelles masculin et féminin se mêlent dans un individu sont soumises à des variations considérables….

Vous ne pouvez donner aucun nouveau contenu aux notions de masculin et de féminin. Cette distinction n’est pas psycholo­gique ; quand vous dites masculin, vous pensez en général « ac­tif », et quand vous dites féminin, vous pensez « passif »[12].

Bien que l’envie des hommes à l’égard des femmes et de leurs capacités créatrices idéalisées, soit généralement admise, le roc inanalysable de la théorie freudienne repose sur la répudiation du féminin dans les deux sexes[13](1937).  Dans les deux cas, les rôles de l’imaginaire et de la représentation sont au premier plan. A ce propos, soulignons les différences entre le féminin de l’homme et le masculin de la femme. Le premier est une réaction d’opposition au masculin  par envie du féminin, tandis que le masculin chez la femme coïncide avec l’envie du pénis et le refus de renoncer au phallicisme du passé.

Notons également que Freud a mis en relation d’un côté une intrication des pulsions de vie et de mort, de l’autre une intrication du féminin et du masculin dans la bisexualité. Toute idée de pureté est donc exclue.

Quelles sont les conséquences du complexe de castration pour le caractère de la femme ?

- Faute d’organe phallique visible à investir, le narcissisme de la  fillette se reporte sur son corps tout entier :  « Nous attribuons à la féminité un degré plus élevé de narcis­sisme, qui in­fluence encore son choix d’objet, si bien qu’être aimée est pour la femme un besoin plus fort que d’ai­mer. … [le choix d'objet de la femme] se produit souvent con­formément à l’idéal narcissique de l’homme que la petite fil­le aurait souhaité devenir. »[14]

- L’équivalence masculin – actif, féminin – passif expliquerait que la sexualité féminine, exigeant la passivité, soit un terrain favorable au masochisme par retournement de l’agressivité vers l’intérieur.

Le  masochisme « féminin, érogène » reposerait sur le masochisme primaire,  le plaisir de la douleur, pur pour ainsi dire. Freud veut-il dire sans composante sadique ou sans culpabilité ? Il s’agirait d’un masochisme « originaire », précédant la formation du surmoi, lié au narcissisme primaire absolu et formant le  noyau de la pulsion de mort originaire. Le masochisme originaire offrirait une solution susceptible d’expliquer le détournement du principe de plaisir. Il serait à l’origine de la formation du moi.

Freud  a incriminé d’une part la répression de l’agressivité « socialement imposée à la femme » ce qui nous choque à une époque où ce n’est plus le cas. D’autre part le rôle joué par les motions masochistes qui lient les tendances destructrices davantage tournées vers le dedans,  faute de pénis visible qui pourrait la rassurer sur son intégrité. Si l’homme est également concerné ici, son agressivité tournée vers l’extérieur, lui permettrait de mieux lutter pour élaborer la poussée de passivité qui le met en danger. Freud conclut que : « toute l’énergie disponible de l’Eros, que nous appelons désormais libido, se trouve dans le moi-ça encore indifférencié et sert à neutraliser les tendances destructrices qui y sont également présentes. … Une fraction d’autodestruction demeure en tous cas à l’intérieur de l’individu jusqu’au moment où elle réussit enfin à le tuer… »[15].

Le masochisme « gardien de vie » est nécessaire à l’homme comme à la femme pour intriquer sa destructivité interne, mais s’il est plus important chez la femme, comment expliquer que sa longévité soit supérieure à celle de l’homme ?

Bien sûr nous voyons chez nos patientes, nos collègues et amies, une gestion de l’agressivité différente de celle des hommes et il est clair que la dépendance des femmes par rapport à leurs objets prend souvent des accents masochistes.

Pour A. Green l’agressivité tournée vers l’intérieur chez les femmes rend son intégration plus problématique puisqu’elle risque de mettre leur psychisme en danger. Le lien à la mère est un tel mélange inextricable de haine et d’amour, qu’il peut aboutir à un refus d’identification ou à une identification aliénante[16].

-  L’angoisse de castration étant à l’origine de la formation du surmoi, son absence expliquerait la faiblesse du surmoi chez les femmes :  « On hésite à le dire, mais on ne peut se défendre de l’idée que le niveau de ce qui est moralement normal chez la femme est autre. Son surmoi ne sera jamais si inexorable, si impersonnel, si indépendant de ses origines affectives que ce que nous exigeons de l’homme. Ces traits de caractère que l’on a de tout temps critiqués et reprochés à la femme : le fait qu’elle fait preuve d’un moindre sentiment de la justice que l’homme, d’un penchant moindre à se soumettre aux grandes nécessités de l’existence, qu’elle se laisse plus souvent que lui guider dans ses décisions par ses sentiments de tendresse et d’hostilité, la modification de la formation du surmoi, dont nous venons de montrer d’où elle dérive, en est une raison suffisante. Nous ne nous laisserons pas détourner de telles conclusions par les arguments des féministes qui veulent nous imposer une parfaite égalité de position et d’appréciation des deux sexes ; mais nous accorderons volontiers que la plupart des hommes demeurent bien en deçà de l’idéal masculin et que tous les individus humains, par suite de leur hérédité croisée, possèdent à la fois des traits masculins et des traits féminins, si bien que le contenu des constructions théoriques de la masculinité pure et de la féminité pure reste incertain. »[17] . Nous verrons que Melanie Klein adopte la position diamétralement opposée.

Mais les femmes sont-elles vraiment à l’abri de l’angoisse de castration ? Bien sûr leurs organes génitaux  cachés peuvent leurs donner l’impression d’échapper à ce risque.  L’association vagin-anus leur procure plus souvent un dégoût qu’une fierté : ils sentent mauvais, ils suintent, etc. En revanche elles ont peur de perdre leur beauté, leur cheveux, de grossir, de vieillir. L’atteinte des seins, lors d’un cancer par exemple ou par suite de l’allaitement, est vécue comme une castration ; ainsi que la ménopause et l’hystérectomie qui peuvent provoquer dépression et frigidité.

Tandis que les garçons « roulent des mécaniques », les fillettes jouent à la poupée. L’identification à la mère, qui ne va pas sans un certain masochisme les sauve en leur procurant un plaisir qu’elles investissent comme le but principal de leur vie.

On a critiqué l’association du masochisme érogène avec le féminin. Bien sûr Freud parlait du masochisme féminin chez l’homme. Mais qu’en est-il du masochisme érogène de la femme pour laquelle  le coït et l’accouchement, loin d’être « subis », sont source de jouissance et de gratifications narcissiques ? André Green répond que, chez la femme existe « ….un masochisme de base qui ne serait pas le produit d’un retournement, mais la conséquence d’un traumatisme imaginaire. » Soit, mais ce masochisme, en particulier celui qui en fait une mère, nécessite un puissant investissement d’objet. L’enfant, il est vrai, est à la fois son ouvre vivante et une partie d’elle même. La différence avec l’ouvre sublimée  est justement l’investissement  objectal plus que narcissique qu’elle implique. Il est vrai que  le glissement vers un masochisme moral qui ferait préférer la souffrance à l’objet est fréquent sinon obligatoire comme nous le montrent toutes les « mater dolorosa ».

Ce qu’André Green décrit comme une « déqualification  objectale qui accompagne le masochisme féminin-masochisme moral [et] donne une prévalence au but, la souffrance, plutôt qu’à la recherche de l’objet nécessaire à l’accomplissement de ce but…… [ce qui] semble aller dans le sens d’une narcissisation de la souffrance. »[18].  Désobjectalisation donc et repli narcissique qui accompagnent  le masochisme « mortifère ».

Les différences psychiques entre les hommes et les femmes dépendraient, selon Freud et là-dessus je ne peux que le suivre, des différences anatomiques qui orientent différemment leur évolution, « L’anatomie, c’est le destin » disait-il parodiant Napoléon. Ce que certains auteurs, Laplanche en particulier, donnant priorité au fantasme, ont contesté comme un « fourvoiement » biologique.

Tel est le bilan forcément schématique de la sexualité féminine, selon Freud.

Depuis, de nombreux psychanalystes, dont des femmes, se sont attelés à la question, la faisant évoluer sans la clore.

 H. Deutsch (1925)[19], par exemple, associe : féminin – oralité, vagin – bouche, sein pénis.  Le vagin n’a aucun rôle érogène. Le clitoris ne joue un rôle qu’à la phase phallique.. C’est l’enfant qui est l’instigateur de la sublimation chez la mère. La triade masochiste, par « soumission masochique au pénis », comprend : castration – viol – accouchement. Le vagin devient le réceptacle de l’enfant, le souhait de retour au sein maternel étant réalisé par identification à ce dernier. L’acmé du plaisir sexuel est atteint lors de l’accouchement. On peut lui reprocher de ne pas faire la part des désirs érotiques féminins. Tout est sous la dépendance au pénis.

Reste à préciser  ce qu’est la « femme féminine ». Pour H. Deutsch, c’est celle qui « a réussi à  établir la fonction maternelle du vagin et à abandonner les revendications du clitoris » . Pour d’autres c’est la femme érotique et séductrice mais notons que la féminité prend souvent dans ce cas une connotation phallique.

Freud corrige ce point de vue lorsqu’il affirme que le féminin pur et le masculin pur sont des mythes du fait de la bisexualité.

Lacan va plus loin que Freud et élabore une thèse structurale  partant du primat du phallus, pour aboutir à des considérations inattendues. Le père de la structure soutient l’existence du système signifiant dont la fonction est symbolique. Le vagin serait un morceau de réel, non marqué par le signifiant. « C’est ce que le discours analytique démontre, en ceci que, pour un de ces êtres comme sexués, pour l’homme en tant qu’il est pourvu de l’organe dit phal­lique ‑j’ai dit -, le sexe corporel, le sexe de la femme ‑j’ai dit de la femme, alors que, justement, il n’y a pas la femme, la femme n’est pas-toute, le sexe de la femme ne lui dit rien, si ce n’est par l’intermédiaire de la jouissance du corps »[20].

Dans la mouvance lacanienne, pour V.Granoff[21], une partie du sexuel féminin, tout le courant de l’instinct maternel, tomberait hors de la médiation phallique et de l’analyse : « Enceinte, elle [la femme] a ses évidences. Elle a « dedans » un corps étranger. C’est du « dehors », et qui sera dehors. Un dehors qui est dedans. »[22]

De nouveau ces points de vue choquent par leur théorisation abstraite qui élimine le féminin de l’organisation psychique pour en faire un domaine à part.

Les femmes cependant ont souvent le sentiment d’être trop accrochées au  réel, « au ras de pâquerettes » disait l’une de mes patientes, leur ventre dominant leur esprit.

Pour mieux situer l’apport spécifique de Winnicott il est important de le cadrer en revenant sur les conceptions d’un certain nombre d’auteurs qui ont exprimé leurs opinions soit du vivant de Freud soit après sa mort.

Le changement, amorcé par  K. Abraham, a été repris par Karen Horney (1922-1955)[23]. L’enfant de sexe féminin est d’emblée femme ; c’est la crainte de l’effraction et des atteintes dont serait l’objet à l’intérieur du corps qui pousseraient la fillette à refouler la connaissance du vagin et à transférer ses pulsions vaginales sur le clitoris, organe externe et accessible.

Quant à M. Klein(1928-32), elle  va avancer des conceptions bien à elle centrées sur la prééminence du sein maternel[24].

Elle ouvre ainsi une controverse entre Vienne et Londres  sur la précocité de ce qui fait la spécificité de la femme.

Pour elle, la fillette désire le pénis, sous l’action de désirs instinctuels féminins, sous l’empire de l’oralité, et non de l’analité. C’est la frustration orale engendrée par le mauvais sein qui lui fait désirer le pénis contenu par la mère. L’envie du pénis est à la fois secondaire à une frustration orale, et liée au désir d’un organe visible dont elle pourra constater l’intégrité lors des angoisses de castration qui n’épargnent pas les femmes. Le désir oral du pénis paternel devient le prototype du désir génital, vaginal.  L’introjection du pénis paternel, objet odipien, constituera le noyau du surmoi féminin. La fille sera plus soumise au père que le garçon et son surmoi, contrairement à l’opinion de Freud, sera plus sévère. Le masochisme féminin dérive du retournement du sadisme contre les mauvais objets intérieurs. M. Klein oppose le bon au mauvais, en lieu et place de l’opposition  phallique – châtré ou  « avoir » et «manque ». Son mérite est d’avoir renversé l’ordre phallique pour ériger un ordre maternel féminin.

A Melanie Klein  se joindra Ernest Jones[25] (1932) pour lequel la fillette est d’emblée féminine, « par nature », le clitoris est un organe féminin et non un pénis atrophié, le désir d’enfant est un désir féminin et non une compensation pour le manque de pénis. Bref , la femme n’est pas un homme manqué mais être différent.

Plus près de nous, Janine Chasseguet-Smirgel[26] continue dans la ligne de Freud. Pour elle, la mère et son sein sont investis entièrement négativement tandis que  le père et son pénis sont idéalisés. Pour maintenir cette désintrication la fillette doit refouler ses pulsions agressives dans la relation au père. D’où « une culpabilité spécifiquement féminine dans la composante sadique-anale de la sexualité ». La sublimation dont parlait H. Deutsch serait plutôt une formation réactionnelle expliquant l’inhibition : « en ce qui con­cerne toute une série d’activités intellectuelles, professi­onnelles, créatrices, la culpabilité odi­pienne de la femme, liée au dépassement de la mère, se double [...] d’une cul­pabilité à l’égard du père [....], le bon fonctionne­ment intel­lectuel est équivalent, dans l’inconsci­ent, à la possession du pénis. Or cette pos­session signifie pour la femme qu’elle détient le pénis du père dont elle a ainsi dé­possédé la mère ‑ce qui est conforme au schéma odipien ‑mais dont elle a, de surcroît, châtré le père. De plus, l’u­tilisation adéquate de ce pénis signifie, pour l’inconscient, sa fécalisation et finalement la détention d’un pénis anal. »[27]

Joyce Mac Dougall  exprime des vues  personnelles qui font le lien entre Freud et Klein.  Elle remarque que  les garçons souffrent autant que les filles de l’envie du pénis du père. La pensée que son pénis est trop petit provoque chez l’homme les mêmes angoisses que celle de la fille « lorsqu’elle s’accroche inconsciemment au fantasme redoutable qu’elle est un garçon castré »…. « l’envie et l’admiration qu’éprouve le garçon pour le corps et la sexualité de la mère sont semblables à celle de la fille pour le pénis et les prouesses sexuelles de son  père. »  S’opposant à Lacan, elle distingue le symbole (phallus) de l’objet partiel (pénis) : « Le phallus n’est pas le symbole de l’organe sexuel masculin, mais celui de la fertilité, de la complémentarité et du désir érotique. »[28] C’est  que « …la monosexualité masculine ou féminine reste une blessure narcissique majeure. Atteindre la représentation symbolique de la complémentarité entre les deux sexes demande … de renoncer au plaisir enfantin d’être et d’avoir les deux sexes. »

Peu à peu sous l’influence des vues contrastées de différents auteurs, une approche développementale a remplacé les oppositions d’ordre sexuel mises en place par Freud.

Une tendance vers le féminin maternel se dessine : envie de la puissance de procréation des femmes, tandis que “l’orgueil phallique” dissimule mal, dans son mépris des femmes, l’envie que suscite la jouissance féminine.

Si l’on s’appuie sur une théorie mettant en avant le relation mère – enfant, la tentation de l’observation directe impose sa séduction. Mais on néglige alors le rôle des fantasmes inconscients et la présence, dans la pensée de la mère, du père amant et géniteur.

Signalons qu’un concept de complémentarité entre pénis et vagin, hommes et femmes, se retrouve chez Mac Dougall et  chez Bion.

Nous avons tenu à faire le point de la question pour préciser d’où Winnicott est parti. Il est temps d’arriver à la

contribution de Winnicott

Prenant un chemin tout à fait original, Winnicott a imaginé  une transmission, de la mère à l’enfant, de la « vitalité » dont il aura besoin pour vivre. Cette transmission, de nature quasi existentielle, a lieu avant la séparation, avant la constitution du moi, et donc d’un objet étranger. Ce qui est transmis est la faculté d’ « être ». Le  « féminin pur »[29], sans trace de masculin,  ignore l’autre et, à plus forte raison la différence des sexes, il est féminin  parce que la mère est femme. C’est de la transmission de l’essence de mère et de son omnipotence, non  d’une mère réelle qu’il s’agit. On peut le rapprocher du narcissisme primaire, décrit par Freud en ces termes : «… le moi où s’accumule, dès le début, toute la part disponible de libido. C’est à cet état que nous donnons le nom de narcissisme primaire absolu.  Il persiste jusqu’au moment  où le moi commence à investir libidinalement ses représentations objectales» (p.10)[30].

Le féminin pur précède la libido dont Freud dit qu’elle est d’essence masculine.  Pour Winnicott, il n’y a pas de pulsion avant la constitution du moi et,  par fé­minin pur, il n’entend pas une entité d’ordre sexuel enracinée dans le pulsionnel. C’est la fusion avec le sein de la mère qui fonde le « féminin pur ».  L’enfant, garçon ou fille, « est » le sein, avant de pouvoir le prendre. Il faudra qu’il le reconnaisse comme « autre », pour pouvoir le désirer et accéder au masculin dans les deux sexes. Le virage vers le masculin  dépendrait, chez le bébé garçon, d’une rêverie de la mère qui reconnaîtrait le sexe de son fils alors que lui-même n’en a pas encore conscience. Ce lien primaire, primordial,  à la mère permettrait l’acquisition d’une matrice psychique grâce à laquelle l’enfant serait ensuite en mesure de se séparer d’elle et de supporter la perte d’ob­jet consécutive.

On peut dire, pour suivre Winnicott, que le féminin pur survient à un moment où la narcissisme primaire est roi (un concept qu’il ignore) et où les pulsions ne sont pas encore dirigées vers un objet différencié extérieur. A ce stade d’omnipotence, sujet et objet ne font qu’un, d’où la notion d’objet subjectif. Pourvu que l’environnement soit « suffisamment bon », l’enfant peut créer une zone d’illusion qui le rendra capable de supporter la désillusion lorsqu’il sortira de l’omnipotence et comprendra que l’objet ne lui appartient pas (objet objectivement perçu). C’est alors qu’il devra acquérir le « masculin pur » afin de s’approprier ce qu’il n’a pas, par une action. Il sera contraint de « faire ». Ce masculin  de Winnicott, est donc actif (« faire ») et susceptible de se renverser en passivité (« être fait »), pour les filles comme pour les garçons. Tandis que le féminin pur n’a rien à faire, il n’a qu’à être, pourvu que la mère réussisse à entretenir l’illusion de la fusion. Cet état d’omnipotence illusoire est ce que l’enfant masculin, qu’il soit fille ou garçon, enviera à sa mère censée le posséder.

Si le féminin pur, par défaillance de la mère ou de son substitut, ne réussit pas à s’installer, l’enfant ne pourra pas acquérir cette base de sécurité qui lui  permettra d’affronter la séparation.

C’est seulement après la coupure de ce qu’André Green appelle “un cordon ombilical psychique”, que l’élément masculin pourra se constituer. Le  « masculin pur » serait donc secondaire. On peut  imaginer que le garçon aura plus de difficultés à se constituer une identi­té sexuée séparée et qu’il gardera la cicatrice prête à se rouvrir de cet arrachement, tandis que la fille dont l’identité sexuelle, la même que celle de la mère, serait plus anciennement constituée, pourra toujours conserver la trace du premier lien. En revanche, elle devra changer d’objet de désir lors de l’Œdipe, alors que le garçon pourra revenir à un objet du même sexe que son premier amour. Pour Freud, la masculinité étant première, c’est la fille qui aurait du mal à y renoncer et aura plus de facilités pour la bisexualité. La discussion n’est pas close de savoir si le détachement est plus facile pour la fille ou pour le garçon.

Qu’est-ce qui pousse l’enfant vers le sein, la bouche vers le mamelon ? Cette quête vient du dedans, elle est ancrée dans le corps. Pour Freud, les pulsions sont des forces qui « agissent à l’arrière plan des besoins impérieux du ça et qui représentent dans le psychisme les exigences d’ordre somatique » [31],  pour Winnicott les pulsions sont secondaires à cette pression.

Dans la  Nature humaine, ouvrage posthume, écrit de 1954 à sa mort en 1971, et dont, malheureusement les articles n’ont pas été datés, Winnicott a fait une place importante aux pulsions : « Freud … mit en relation … l’importance de la pulsion et la signification de la sexualité infantile. Une théorie qui court-circuite ces questions est une théorie qui ne sert à rien. » Il assimile la pulsion à l’instinct animal : « l’exigence pulsionnelle est … la même que chez l’animal »[32],  alors que Freud la définit comme un concept limite entre le psychisme et le somatique, liée à la notion de représentant.

Décrivant l’évolution du prégénital au phallique puis au génital, il montre que l’enfant dispose de toutes les voies de l’excitation, y compris peut-être la génitale, « mais encore dépourvue de fantasmes génitaux ». Il n’y a pas encore de différence entre les sexes.

Puis vient la phase  phallique, dans les deux sexes avec la référence à l’organe génital masculin, son érection, sa sensibilisation périodique. L’état féminin est alors une affaire négative.  Les chemins vont alors diverger.

Ce fantasme est enrichi jusqu’à  réapparaître à l’adolescence sous forme masculine ou féminine : pénétrer, être pénétré etc. [33]

Reprenant la théorisation de Lou Andreas Salomé, Winnicott conclut que « le côté féminin de la nature humaine sonne à la porte du prégénital ». Dans la phase phallique, la performance de l’enfant est fantasmatique c’est pourquoi elle concerne également le garçon dans la fille, alors que dans la phase génitale, l’enfant doit attendre « la possibilité de mettre le rêve en acte ». Pour cela il faut que son moi puisse se débrouiller avec une « impressionnante quantité de frustration »[34].. La peur de la castration par le père rival vient à point pour  montrer  au garçon un autre chemin que celui de l’agonie impuissante. Leur vulnérabilité phallique les protège donc d’angoisses de non existence plus graves.

La divergence entre l’évolution de la fille et celle du garçon a donc deux racines :

- Avant l’individuation, la fusion – identification avec la mère permet la constitution d’un féminin  pur, sorte de paradis primitif où il suffit d’être mais qui fondera les bases d’une capacité ultérieure de mieux supporter la frustration et la perte.

 Si la mère a su laisser à l’enfant la possibilité de s’illusionner il pourra ensuite supporter la désillusion pour acquérir le masculin pur, sous tendu par la volonté de s’approprier l’objet du désir (le sein). L’accès à un masculin secondaire sur une base mal consolidée de « féminin pur » va donner  un faux-semblant d’équilibre.

- Tandis que les filles ne peuvent s’organiser que par rapport à ce qui leur manque (par rapport au négatif).  Elles doivent donc se procurer à tout prix l’équivalent du pénis, investissement du corps entier, d’un amant ou d’un enfant. Leur intégrité en dépend. Ceci rend leur position  plus précaire et leur narcissisme plus fragile. Elles sont plus dépendantes de leurs objets, alors que les garçons, rassurés par la présence de leur pénis, se sentent plus entiers.  On voit qu’ici,  les vues de Winnicott sont  proches de celles de Freud.

 Winnicott fait remarquer qu’il n’y a pas de mot pour vagin dans la nurserie. Si les mères modernes en ont inventé plusieurs, ils n’ont pas encore de sens universel.

Il reste un fait indépassable, le vagin et l’utérus ne se voient pas ; la place est à la représentation. Tant et si bien que certaines femmes, mères de famille, n’ont aucune représentation de leur « matrice », tandis que des femmes, après une  hystérectomie, peuvent imaginer la posséder encore.

Les garçons, soutient Winnicott, auraient une représentation du vagin, basée sur des désirs  et des sensations orales et anales, mais aussi vaginales alors que l’organe leur fait défaut ! Cela me semble pour le moins énigmatique.  Les filles seraient-elles gênées par l’existence du clitoris et des sensations qu’il leur procure, pour se représenter les sensations phalliques ? Rappelons que c’est ce que soutenait H. Deutsch, lorsqu’elle décrivait le clitoris « faisant barrage » à l’avènement du vagin à la phase phallique. Le clitoris, sans  fonction reproductrice, donc inutile, serait un pénis pour rire (à la manière des seins des hommes pourrait-on dire). Il ne ferait que blesser leur narcissisme  et ajouter à leur déception.

 Il est évident que Winnicott comme Freud et les autres psychanalystes ont du mal à trouver leur chemin entre d’une part la réalité de la bisexualité psychique, les identifications aux parents des deux sexes, et, d’autre part, la nécessité d’assumer une identité sexuelle conforme à l’anatomie. Jusqu’où peut-on aller pour que le fantasme ne devienne pas inadapté et  conduise à un déni de la réalité ? Il faut cependant remarquer que chez les êtres humains les rôles sexuels ne sont pas toujours liés au sexe anatomique. Dans son livre  Masculin/féminin, l’ethnologue Françoise Héritier montre comment chez les Inuit, (une société d’Esquimaux  au Canada ) l’identité et le genre  sont fonction  du genre de l’âme-nom réincarnée[35].

Le débat reste ouvert s’il est plus facile pour les filles de réussir le féminin  que pour les garçons, le masculin. On l’a dit, les hommes le croient.

Les exemples cliniques ne semblent pas toujours le confirmer. Les femmes, comme les hommes,  ont parfois tendance à « faire » plutôt qu’à « être ». Elles ont eu, comme eux mais plus difficilement comme le montre la clinique, à se dégager de l’identification primaire à la mère. Est-il plus laborieux ensuite de se constituer une identité féminine secondaire ?

Ce qui est certain c’est qu’il y a conflit entre le féminin – érotique et le maternel comme D. Braunschweig et M. Fain l’ont joliment résumé en appelant la « censure de l’amante » le désir qui pousse la mère à s’éloigner de l’enfant pour rejoindre l’amant[36].

Les femmes ont des échanges érotiques avec leur partenaire et leur enfant. Il n’est pas étonnant qu’elles soient tiraillées entre les deux. Le féminin doit intégrer cette conflictualité, tandis que pour les hommes, il n’y a pas de conflit entre le masculin et la paternité.

Winnicott  cependant a soutenu que l’expérience féminine,  n’exige qu’une structure mentale “minime”, puisqu’elle s’appuie sur l’identification première à la mère. L’identité féminine serait plus économi­que et demanderait moins d’effort psychique que l’acquisition du masculin qui exige d’abord un dégagement. Pourtant, dans La nature humaine, Winnicott est obligé de constater que nombreux sont les écueils que les filles rencontrent pour l’acquisition de leur identité de femme adulte. Au stade du féminin pur, il n’y aurait pas de différence entre les sexes, sauf dans le regard de la mère, trahissant les fantasmes qui voient la fille comme semblable à elle [et loin d'être toute puissante]… et le garçon comme possédant le sexe qu’elle envie et idéalise mais dont elle doit accepter l’altérité.

Stoller (1975) discute l’affirmation de Freud que le garçon commence sa vie comme hétérosexuel. D’accord avec Winnicott, il insiste sur la fusion première avec la mère, « femme avec une identité sexuelle féminine », qu’il lui faudra  surmonter. Il souligne  l’importance du désir maternel pour le passage de son fils à une identité sexuée masculine : « Je ne pense pas, écrit-il,  que le sentiment de ne faire qu’un avec la mère encourage un sentiment même primordial de masculinité au cours des premiers mois de la vie ; au contraire il doit être neutralisé. Il ne sera pour l’essentiel surmonté, à me­sure que le moi se développe, que si la mère encourage le développement de la masculinité. Elle le fera en premier lieu parce qu’elle désire un fils masculin.[37] Stoller, comme Winnicott, accorde toute son importance à l’influence de l’environnement. Un bébé seul n’existe pas, en tous cas il ne se développe pas, à la limite il ne survit pas. Pour aller plus loin, les cas des enfants de sexe ambigu et des transsexuels confirment que l’enfant, s’il naît  avec un sexe anatomique défini, ne va acquérir son identité de genre qu’à la suite d’une longue élaboration. Le biologiste Jean-Didier Vincent confirme l’influence de la mère, dès les premiers instants sur l’orientation sexuelle de l’enfant.

Après Winnicott

Nous allons maintenant examiner les conceptions des auteurs modernes qui ont abordé le thème de la différence des sexe en tenant compte des apports de Winnicott.

Pour A. Green le féminin pur occulterait une destructivité primordiale, née de la relation négative mère – enfant[38], que la mère essaye de faire taire et qui est liée par le masochisme érogène. Chez l’enfant- fille cette destructivité serait moins violente, peut-être par identification plus profonde à la mère. Green se démarque de l’hypothèse  qu’il n’y a pas de différence avant le stade phallique entre les filles et les garçons. La répudiation du féminin serait, selon lui,  plutôt un rejet du maternel découlant de la nécessité de se désengager de la mère vécue comme dangereuse pour la virilité du garçon et pour la  féminité de la fille[39].

Pour Jean Laplanche l’angoisse naîtrait lorsque le moi de l’enfant est débordé par l’attaque interne de son objet source( la mère) qui ne trouve plus à symboliser.[40] Le traumatisme vient de la réactualisation après-coup de l’irruption de sexualité adulte dans une scène à laquelle l’enfant n’est pas préparé du fait de son immaturité (théorie de la séduction généralisée).

J. André, à la suite de Laplanche, reprend l’idée d’Abraham d’une féminité primitive, qui serait refoulée par la suite. Le rapprochement de la  féminité  avec la situation de l’enfant « effracté » et passif, expliquerait le refus du féminin dans les deux sexes. L’angoisse féminine serait en rapport avec la destructivité plus qu’avec la perte d’objet. Pour Benno Rosenberg, l’angoisse signale la menace de déliaison qui risque de déchaîner la pulsion de destruction[41].

C’est à tort parfois, remarque Winnicott,  que certains hommes envient les femmes croyant que chez elles l’élément féminin va de soi.

Dans La nature humaine, il souligne  le caractère secret de la sexualité féminine : « Le fonctionnement génital féminin véritable est caché, quand il n’est pas secret.  … d’habitude le fantasme joue avec le recueillement en soi, le caché et le secret.  … les représentations génitales trouvent leur expression la plus complète dans l’identification avec la mère…[les rendant ] capables d’agir et de concevoir un enfant. »[42]

Nombre d’hommes se plaignent qu’elles sont énigmatiques, imprévisibles et qu’elles ont un « esprit tortueux ».

 Je suppose que l’envie des femmes, se portant sur  le pénis « visible », est plus facile à concrétiser que celle des hommes, plus floue, plus anxiogène,  reposant sur quelque chose d’irreprésentable et d’inquiétant qui sous tend les fantasmes de sorcières : « …la nature de l’orgasme vaginal garde sa ténèbre inviolée. » écrit Lacan[43]. Il  associe la jouissance féminine à un rapport avec Dieu : « Cette jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien, n’est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l’ex-sistence ? Et pourquoi pas interpréter une face de l’Autre, la face de Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? » [44]

Freud, en revanche,  liait le mystère féminin à l’importance de la bisexualité des femmes. L’acquisition du féminin étant postérieure à une phase phallique, celui-ci en garderait la trace  et la nostalgie : « Partant de la préhistoire, je veux seulement souligner ici que l’épanouissement de la féminité reste exposé à la pertur­bation résultant des séquelles de la pé­riode masculine anté­rieure. Des régressions aux fixations de ces phases préo­di­piennes ont lieu très fréquemment ; dans bon nombre d’exis­tences il se pro­duit une alternance répétée de périodes dans lesquelles la masculinité ou la fé­minité a pris le dessus. Une part de ce que nous, hommes, appelons “l’énigme de la femme” dérive peut‑être de cette expression de la bisexualité dans la vie féminine. »[45].

Lacan a  radicalisé la théorie du primat du phallus énoncée par Freud. Il s’agit de phallus et non de pénis, c’est à dire d’une représentation symbolique de la puissance phallique. Cependant pour lui, au contraire de ce que souligne Mac Dougall, le phallus est lié au masculin, à la présence du pénis. La  femme est incomplète, « pas toute », mais dotée d’un mystère qu’elle protège.  Dans Encore, il harangue avec hargne les analystes femmes : « …Nos collègues les dames analystes, sur la sexualité féminine elles ne nous disent …pas-tout ! ….Elles n’ont pas fait avancer d’un bout la question de la sexualité féminine. Il doit y avoir à ça une raison  interne liée à la structure de l’appareil de la jouissance. [...] Il y a une jouissance à elles à cette elle qui n’existe pas et ne signifie rien. Il y a une jouissance à elle dont peut-être elle-même ne sait rien, sinon qu’elle l’éprouve – ça, elle le sait. Elle le sait, bien sûr, quand ça arrive. [...] depuis le temps qu’on les supplie, qu’on les supplie à genoux – je parlais la dernière fois des psychanalystes femmes - d’essayer de nous le dire, eh bien, motus! On n’a jamais rien pu en tirer. Alors on l’appelle comme on peut, cette jouissance, vaginal…. » [46] 

Le moins qu’on puisse répondre est que devant un désir d’emprise si agressif, une telle rage d’avoir le dernier mot, les femmes ne peuvent rien faire d’autre que de se tenir à l’abri à l’écart de la compétition phallique.  « Che mi fa ! » disait l’héroïne de la nouvelle de Maupassant, Les sours Rondoli.

Les plaintes des hommes et des femmes sont donc à la fois semblables et différentes. Ils se plaignent tous deux d’un manque, la plus grande blessure narcissique étant le renoncement à l’un ou l’autre sexe. Mais  l’angoisse de castration (La peur de la castration par le père rival), en  indiquant un autre chemin que celui de l’agonie impuissante, structure les névroses masculines et concentre les inquiétudes masculines sur un organe visible et très investi, elle leur donne ainsi aux hommes un aspect de moindre vulnérabilité narcissique, alors que chez les femmes elle devient angoisse de perdre l’objet.  On pourrait ajouter que l’angoisse de castration féminine anticipe un dommage touchant à la fois sa féminité, son amant et son enfant. Si bien qu’elle paraît plus dépendante des objets extérieurs, l’inquiétude naissant à chaque séparation. Est-elle moins narcissique que  l’homme puisque l’amour est vital pour elle alors qu’il valorise surtout ses performances phalliques ? Ou, comme le pense Freud, plus narcissique puisque ses objets d’amour ne visent qu’à combler un déficit, que l’amant est « l’homme qu’elle aurait voulu être » et l’enfant mâle, celui qu’elle a créé ? Le masochisme féminin découle de cette situation où,  les objets qui complètent la femme étant indépendants d’elle,  elle doit prendre le risque de les perdre ou accepter une incomplétude sans espoir. Ce sont ses capacités d’identification au partenaire sexuel ou à l’enfant qui vont lui permettre de récupérer ce qui, sinon, est perdu pour elle définitivement, l’amour maternel.

 Il y a bien sûr des femmes « masculines » qui tentent la solution masculine, plus narcissique, censée les protéger des chagrins et malheurs féminins. Inutile de dire qu’elles risquent de rencontrer d’autres difficultés et  de venir alors sur nos divans pleurer sur la vanité des succès obtenus, si elles les ont obtenus.

Pour Catherine Parat “Le phallique n’est pas mâle, le phallique est narcissique.”[47] La satisfaction d’or­dre phallique se trouverait dans le domaine des sublimations. Les sublimations, originaires d’identifications fémi­nines mais aussi d’identifications viriles de la période anale et de la période de latence, constituent ce qu’elle désigne comme phallique féminin. Celles  que les hommes désignent négativement comme “femmes phalliques” sont les femmes qui, « en imposant leur analité possessive, s’opposent à leur besoin de maintenir une valeur phallique (narcissique) à leur pénis »

Florence Guignard[48], dont la réflexion s’appuie à la fois sur Freud et sur Mélanie Klein, postule deux temps du féminin : le « maternel primaire », premier espace qui se dessine chez l’infans, à partir de la représentation de sa relation première au monde. Elle y introduit «  la capacité de rêverie maternelle » dont Bion fait la condition de l’apparition de la vie psychique. le « féminin primaire » au cours duquel s’organisent les premières identifications féminines chez les enfants des deux sexes et qui se développe en relation avec la première triangulation. Le deuxième temps serait  la combinatoire de la position dépressive et de l’Oedipe précoce ( théorisés par M. Klein). Winnicott a également fait l’hypothèse que le fantasme de la mère qui reconnaît l’enfant dans son sexe, joue un rôle primordial pour la capacité future de l’enfant,  en s’identifiant à cette rêverie maternelle, à prendre conscience de son identité sexuée. Nous avons vu que Stoller a une opinion approchante.

M. Cournut – Janin, fait aboutir le lien entre la mère et la mort d’une part, la fille/femme d’autre part, à la formation d’un noyau mélancolique que l’on voit apparaître au cours de certaines analyses.[49] Le défi féminin  pourrait, je crois, montrer là son revers de culpabilité.

J. Schaeffer[50] a souligné la proximité de l’expérience de la jouissance féminine avec l’angoisse et donc avec le masochisme : « La défaite, dans tous les sens du mot, est la condition de la jouissance féminine. » Encore la référence au masochisme érogène qu’il faut bien intégrer pour blessant qu’il soit.

J. Kristeva[51] insiste sur l’universalité de la référence phallique pour l’avènement du sujet, dans les deux sexes. Le pénis à la phase phallique est le bienvenu, le  « point de rencontre entre le désir et le sens ». Le phallicisme succombera à la découverte de l’autre sexe pour donner naissance à la sexualité adulte. Le monisme phallique ne serait donc qu’une illusion infantile de la phase phallique. L’envie du pénis une  fixation « phallacieuse ». Elle se réfère à Winnicott  pour théoriser l’oedipe biface de la fille, biface parce que négatif ( désir pour la mère), puis positif, lorsqu’elle se tourne vers le père. Mais dès la phase phallique, des différences la séparent du garçon . Invisible ou presque, le clitoris dissocie le sujet femme du phallus. La déception de ne le percevoir qu’à peine et de sa dévaluation, installe, avec la dissociation sensible/signifiant, la croyance que l’ordre phallique est illusoire, indice de bisexualité, non d’un faux self. Au phallique illusoire,  succède la passivation puis l’investissement maternel de l’enfant qui apparaît comme la seule « chose sérieuse » à côté d’un ordre phallique dérisoire.

Bisexualité et maternité donc,  au centre du devenir de la femme.

Raquel Zak de Goldstein [52] aborde le passage de l’enfance à la maturité sexuelle et à la maternité qui fonde chez la femme son identité comme être humain sexué. La présence du père ne suffit pas à inhiber complètement les aspects persécutoires dérivés des images oedipiennes de la mère sorcière. Il s ’ensuit une « tempête psychique » avec des fantasmes de viol qui découlent des fantasmes infantiles d’attaques contre le sein/corps maternel. Ces processus constituent le « carnal body », corps somatique, érogène, habité par le désir. La réalité psychique féminine, habitant son corps charnel, est proche de l’expérience de la temporalité et de la finitude.

De nos jours, parité oblige, les femmes veulent un homme, des enfants, des gratifications phalliques faisant jouer à plein leur bisexualité. Elles en paient le prix avec la culpabilité, fières et épuisées , elle en arrivent quand même à des renoncements plus ou moins douloureux, mais au moins ce sont elles qui choisissent.

Conclusion

Winnicott a apporté des vues nouvelles sur l’avènement du féminin et du masculin. On  lui a reproché d’avoir négligé le rôle des pulsions de vie et des pulsions de mort et leur ancrage dans le corps. Mais dans  La nature humaine, il insiste sur le rôle prédominant des pulsions.

A la fin de sa vie Freud s’est trouvé devant une énigme non résolue : « un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence des deux sexes »[53] et de la bisexualité biologique.

Pour Winnicott, le fantasme d’activité orale n’est pas forcément  « érotique » au début. L’ambivalence serait due aux changements du moi plutôt qu’au développement du ça, lorsque l’enfant passe de « l’amour impitoyable » (ruthless love) au « souci » ( concern) de l’autre. Après le stade anal et uréthral qui dépendent des caractères bon ou mauvais des matières excrétées, vient le stade phallique qui intéresse le garçon et « le garçon » dans la fille. Le stade génital se développe ensuite sur le pré génital dont il gardera les traces. D’abord lié à l’érection chez le garçon et suscitant l’angoisse de castration en relation avec la mère aimée et le père rival, il tend vers des désirs de pénétration et de fécondation avec la représentation d’un « objet d’amour réel ». Nous avons vu que pour le garçon, l’angoisse de castration est un havre par rapport à des angoisses plus impensables, « disséquantes ».

Les filles, en l’absence d’organe castrable et d’angoisse de castration, auraient un chemin précaire à parcourir qui « offre des chances d’un développement homosexuel ». Winnicott  reconnaît là  que, contrairement à ce qu’il soutient dans Jeux et réalité, « la place ne manque pas pour du malheur et de la détresse chez la fillette ». Il insiste sur l’aspect positif de l’envie du pénis  et sur l’importance de sa complète reconnaissance dans les analyses de femmes pour le renforcement de  leur relation avec l’homme de leur choix. Beaucoup de femmes de nos jours peinent à y arriver. Cependant écrit Winnicott et nous conclurons avec cette citation : « Il serait faux de penser qu ’il ne s’agit de rien d’autre que d’une névrose culturelle. Une culture dans laquelle la petite fille est autorisée à connaître très tôt la fonction féminine n’est pas de ce fait nécessairement la meilleure amie de cette petite fille ».

Nous ne sommes donc pas arrivés au port et les problèmes soulevés par la différence des sexes et « l’énigme » de la bisexualité continuent de nous faire penser, heureusement !  Mais la voie tracée par Freud continue d’éclairer notre chemin : c’est l’intégration de la bisexualité psychique qui, si difficile qu’elle soit, offre aux hommes comme aux femmes une issue pour des relations possibles.


[1] Cournut-Janin M. et Cournut J., “La castration et le féminin dans les deux sexes” in : Rev. Franç.Psychanal., T. LVII, Puf, spécial congrès, mai 93, pp. 1335-1557.

[2] ”L’organisation sexuelle infantile”, in  La vie sexuelle, Puf, 1970, cit. p. 116.

[3] Abrégé de psychanalyse, 1938, Puf, 1949. Cit. p.65.

[4] « Développement de la fonction sexuelle », in  l’Abrégé de psychanalyse, (1938),  Puf, 1970.

[5] 1933, « La Féminité », pp. 150—181, in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanaly­se, Gallimard, 1984, trad. R‑M. Zeitlin. Cit. p.158.

[6] « Lettre à Freud, 3/12/1924 » in : Ouvres complètes, t. II, Payot, 1966.

[7] Abrégé de psychanalyse, op. cit. Cit. p.15.

[8] « La Féminité », in  Nouvelles conférences d’introduction à la psychanaly­se, Gallimard, 1984,  p.176 .

[9] Op.cit. p.166

[10] « La Féminité », op.cit.  p.179

[11] « Sur la sexualité féminine », op. cit. p. 141

[12] « La Féminité », op.cit. p. 152-153

[13] « Analyse avec fin et analyse sans fin », in Résultats, idées, problèmes, T. II, Puf, 1985.

[14] op.cit. pp. 177-178.

[15] Abrégé de psychanalyse (1938) Tr. Anne Berman, Puf, 1970. Cit. p. 9.

[16] « Agressivité, féminité, Paranoïa et réalité » 1971 Int. J. PsychoAnal.

[17] « Différence anatomique entre les sexes », 1925, in La vie sexuelle, cit. pp.131-132.

[18] Op.cit. p.147.

[19] La psychologie des femmes (1945), Puf, 1959

[20] Séminaire1972‑73 Encore,  Paris, Seuil, 1975, cit. p.13.

[21] La pensée au féminin, Minuit, 1976

[22] op. cit.

[23] La psychologie de la femme, 1967, PBP, 1969

[24] « Le retentissement des premières situations anxiogènes sur le développement sexuel de la fille », in La Psychanalyse des enfants, 1932, Puf

[25] ”Le stade phallique” in Théorie et pratique de la psychanalyse, Payot, 1969

[26] « La culpabilité féminine » in : Recherches  psychanalytiques nouvelles sur la sexualité féminine, Payot, 1964. Cit. p.132

[27] Op. cit., p. 144

[28] Eros, aux mille visages, Gallimard, 1996, p.28

[29]  « La Créativité et ses origines »,  Clivage des éléments masculins et féminins chez l’homme et chez la femme, in : Jeu et Réalité, Galli­mard 1975, pp. 91-119

[30] Abrégé, op.cit.

[31] Abrégé, op.cit. p7

[32] La Nature humaine, Gallimard, 1990, orig. 1988, pp. 54, 58.

[33] Op.cit. p. 59.

[34] Op. cit. pp. 62, 63.

[35] Masculin/féminin, O. Jacob, 1996

[36] Eros et Antéros, 1971, PBP

[37]  1975, « Angoisse de symbiose et développement érotique de la masculinité »pp.140-165, in La perversion, forme érotique de la haine,Payot, 1978

[38] 1986, « Féminité et masculinité » in Bulletin de la SPP9

[39] Les chaînes d’Éros, 1997, Odile Jacob, p.54.

[40] Nouveaux fondements de la psychanalyse, Puf, 1987.

[41] Le moi et son angoisse, Monographie de la Rev. Franç. Psychanal., 1997, Puf

[42] Op.cit. p.65.

[43]  « Propos directifs pour un congrès sur la se­xualité féminine»,1960, in Psychanalyse 7, Paris, Puf, 1964, p. 5.

[44] Encore, op.cit, p. 71

[45] « La féminité » op.cit, p. 175.

[46] Le séminaire, livre XX, Encore, 1975, Seuil, p.66-69.

[47] « Le phallique féminin », in : Rev. franç. Psychanal., 4/1995, pp.1239-1257.

[48] Epître à l’objet, Puf, Epîtres, 1997.

[49] Féminin et féminité, Puf, Epîtres, 1998.

[50] Le refus du féminin, Puf, Epîtres, 1997

[51] « De l’étrangeté du phallus ou le féminin entre illusion et désillusion », 1995.

[52] « Women’s Destinies », 1995, 39th IPAC, San Francisco

[53] L’Abrégé, op. cit. « Un exemple de travail psychanalytique »

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