Les thérapies psychanalytiques du couple

Jean-Pierre Caillot

Actualisation : décembre 2014

Les thérapies psychanalytiques du couple

Les thérapies psychanalytiques du couple visent à rétablir la communication à l’intérieur du couple, à favoriser la figuration et la mise en fantasme au détriment de l’agir, à interpréter les transferts dans une perspective groupale. Elles tendent à permettre aux partenaires du couple de mieux vivre ensemble ou bien de se séparer.

Nous distinguons la psychanalyse du couple, technique uniquement verbale, du psychodrame psychanalytique du couple avec son jeu psychodramatique.

I.Historique

Historiquement le cadre psychanalytique des thérapies verbales du couple est né dans les années 70. Il a été défini par André Ruffiot et fait suite aux travaux des auteurs systémiques dans les années 60 sur la famille et le couple, notamment ceux  de Grégory Bateson concernant les paradoxes et aux travaux de Jean-Georges Lemaire (Les thérapies du couple, 1971). En 1984 paraît « La thérapie psychanalytique du couple » d’André Ruffiot et Alberto Eiguer. En 1987, dans la revue GRUPPO, Jean-Pierre Caillot et Gérard Decherf abordent la problématique des défenses perverses dans le couple et la famille.

En 1989, dans «Psychanalyse du couple et de la famille», ces mêmes auteurs traitent du couple anti-famille, de la famille anti-couple, des manoeuvres perverses dans le couple et la famille et du fantasme d’autoengendrement du couple.

La thérapie psychanalytique du couple s’enrichit dans les années 80 du psychodrame psychanalytique du couple sous l’impulsion de  Simone Decobert et ses collaborateurs (J.-P. Caillot, A.-M. Blanchard).

II. Principaux concepts psychanalytiques concernant le couple et ses thérapies

En 1912, dans « Totem et Tabou », Freud décrivait les états amoureux comme les prototypes normaux des psychoses.

En 1921 (Massen Psychologie und Ich-Analyse) il mettait l’accent dans l’état amoureux sur la « formation de masse à deux » (Massenbildung) caractérisée par les phénomènes d’indifférenciation psychique des relations d’objet narcissique.

Il disait : « Il n’y a manifestement pas loin de l’état amoureux à l’hypnose, les concordances entre les deux sont évidentes, même soumission humble, même docilité, même absence de critiques envers l’hypnotiseur comme envers l’objet aimé, même résorption de l’initiative personnelle ; aucun doute l’hypnotiseur a pris la place de l’idéal du moi. Simplement, dans l’hypnose, les rapports sont encore plus nets et plus intenses, si bien qu’il conviendrait plutôt d’expliquer l’hypnose par l’état amoureux que l’inverse

Plus loin l’auteur ajoutait : « Mais, d’un autre côté, on peut dire aussi que la relation hypnotique représente, s’il est permis de se servir de cette expression, une formation de masse à deux. L’hypnose se prête mal à la comparaison avec la formation de masse, car elle est plutôt identique à celle-ci. L’hypnose s’écarte de la formation de masse en groupe par cette limitation du nombre comme de l’état amoureux par le manque de tendance directement sexuelle. En ce sens, elle tient le milieu entre les deux. »

À partir de « Totem et Tabou » et de « Psychologie des foules et analyse du moi » une idée essentielle émerge : les phénomènes d’indifférenciation, c’est-à-dire les phénomènes de masse sont à l’origine d’un corps commun imaginaire du couple, du groupe ou de la famille et d’une psyché commune.

Le choix du partenaire sexuel dans le couple se fait pour Freud (« Pour introduire le narcissisme », 1914) selon deux modes :

▪                le choix d’objet narcissique : c’est « un type de choix d’objet qui s’opère sur le modèle de la relation du sujet à sa propre personne et où l’objet représente la personne propre sous tel ou tel aspect » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis).

▪                le choix d’objet par étayage : c’est « un type de choix d’objet où l’objet d’amour est élu sur le modèle des figures parentales en tant qu’elles assurent à l’enfant nourriture, soins et protection. Il trouve son fondement dans le fait que les pulsions sexuelles s’étayent originellement sur les pulsions d’auto-conservation. » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis).

Didier Anzieu soulignait en 1986 qu’un des fantasmes de base du couple est qu’il possède une peau commune, un corps commun et une psyché commune.

« Pourquoi vit-on en couple ? » demandait Didier Anzieu. «… La raison originaire semble être la peur de la solitude, le besoin archaïque d’un étayage des fonctions psychiques sur un objet primordial, la nécessité de parer l’angoisse d’un retour à l’état de détresse lors des frustrations, des échecs, des stress de l’existence. L’objet primordial est celui qui a jadis protégé de cette détresse. L’énamouration apporte la révélation, au sens quasi religieux du terme, que cette personne-ci est une réincarnation de l’objet primordial. Dans l’état d’exaltation amoureuse, qui est généralement l’état fondateur du couple du moins dans la culture occidentale, s’instaure la double croyance que le partenaire est l’objet qui compte par-dessus tout pour moi et qu’il a lui-même le désir d’être cet objet primordial pour quelqu’un, moi en l’occurrence – comme la mère a voulu l’être autrefois pour son tout-petit qui, de son côté, la mettait en place d’être cet objet. »

Dans son « Introduction à l’étude des fonctions du moi-peau dans le couple »,

D. Anzieu (1986) décrivait l’illusion duelle ou gémellaire fondatrice du couple à l’instar de l’illusion groupale fondatrice du groupe.

«La première expérience du couple, écrit D. Anzieu, réalisée par deux partenaires jeunes commence généralement par une phase d’illusion duelle. Les éventuelles expériences ultérieures de couple faites avec d’autres partenaires tendent à reproduire cette phase sous forme atténuée, tantôt exacerbée.

Une telle illusion s’avère fondatrice pour un jeune couple et elle le fonde en même temps comme couple de partenaires qui sont ou qui veulent rester ou redevenir jeunes. La phase suivante, de désillusion, peut entraîner soit la dissolution du couple qui reconnaît avec amertume et ressentiment s’être aveuglé sur lui-même, soit, au travers d’une crise et son dépassement, la réorganisation des relations d’objet entre ses membres et l’évolution des fonctions psychiques exercées envers l’autre, ceci s’effectuant grâce à l’encadrement par des fantasmes nouveaux de peau familiale

Ce couple, ajoutait D. Anzieu, est « un couple de jumeaux imaginaires, unisexes et à la limite interchangeables… »

«Le travail psychanalytique avec des couples en difficulté fait souvent apparaître que chaque partenaire a été dans son enfance très dépendant, bien que de façon différente, de l’image maternelle et n’a pu se séparer de sa famille d’origine qu’en emportant avec lui la peau imaginaire de cette mère.

Leur couple s’enveloppe dans ces deux peaux imaginaires maternelles, structurées selon la double paroi que j’ai décrite, dans mon ouvrage «Le moi-peau», comme typique de l’enveloppe narcissique idéalisée. A l’intérieur de celle-ci les deux jeunes gens se sentent voués au projet d’une union exceptionnelle ».

Par exemple, une femme dit à son mari au cours d’une thérapie de couple : « Je le connais si bien que je pourrais faire son autoportrait, écrire son autobiographie ».

Dans une séance de psychodrame, l’un des membres du couple propose de jouer la séparation du couple mais ils ne possèdent à eux deux qu’un poumon et un coeur. Il faudra donc faire intervenir dans le jeu, un chirurgien et un juge pour décider du partage impossible : qui aura à la fois le coeur et le poumon ? Qui mourra ?

Dans un autre couple à propos de leur unité conjugale, la femme disait : « Nous avons une troisième jambe commune qui nous permet de marcher du même pas ».

La naissance du fantasme de corps commun du couple est consubstantielle à notre avis du fantasme d’engendrement réciproque, du fantasme d’autoengendrement du couple. Le fantasme d’autoengendrement du couple est à l’origine de ce corps commun imaginaire, idéal et omnipotent.

Ainsi dans une thérapie psychanalytique d’un couple, la femme exprime les pensées suivantes : «Avant, dit-elle, on vivait en autarcie, on s’alimentait soi-même, on était en pleine forme sur tous les plans, on n’avait pas besoin d’autre chose. On était indépendant. » Puis, elle ajoute : «Quand on a quelqu’un pour soi tout seul, c’est grisant. » Son mari ajoute : «C’est un besoin ! » « Oui, répond-elle, mais la mère on doit la partager avec les frères et les soeurs, alors que là, c’est une mère pour soi tout seul et en même temps on est chacun la mère de l’autre pour lui tout seul, vous comprenez ? Vous savez, conclut-elle, c’est un lien très fort, bien plus fort qu’avec la mère ».

Cette femme ajoutait sur un mode paradoxal : « J’ai pu ainsi refaire le même chemin différemment» lorsqu’elle comparaît sa relation à sa mère à celle qu’elle établissait avec son mari.

À l’instar de René Kaës (1975) qui décrit « L’appareil psychique groupal », André Ruffiot parle d’appareil psychique familial et d’appareil psychique conjugal. Ces auteurs tiennent compte à la fois de l’espace intra-psychique et de l’espace psychique inter-subjectif des individus.

L’espace inter-psychique est le lieu psychique de la mise en commun des fantasmes. Dans cet espace, le fantasme est partagé ; il est commun. Cette mise en commun des idéaux et des interdits de cet espace psychique intermédiaire appartient, à la fois, à chacun et au couple. L’espace inter-psychique est normalement, certes développé, mais il n’empêche pas la constitution et la préservation d’un espace individuel, intra-psychique et secret.

Dans les relations de couple pathologique, du fait de la massivité des identifications narcissiques adhésives ou projectives, du fait encore des engrènements pervers, cet espace intermédiaire fantasmatique transitionnel disparaît au profit d’agirs et de confusion entre les membres. L’espace transitionnel intermédiaire tend à disparaître au profit de la topique interactive qui désigne selon Paul-Claude Racamier, «…l’organisation particulière qui seule permet de rendre compte de processus psychiques dont l’unité (qui ne peut s’apercevoir dans la seule enceinte intrapsychique) s’accomplit entre plusieurs personnes (couple, famille, groupe, société) en vertu d’interactions inconscientes obligées. Illustrée par le processus d’engrènement et de participation confusionnelle, ainsi que par les défenses interactives, cette topique est celle qui émerge et prévaut dans le jeu des fantasmes-non-fantasmes qui sont en circulation dans toute pathologie narcissique grave. La topique interactive est un dérivé de la troisième topique laquelle désigne l’organisation du réel en trois registres : interne, externe et intermédiaire. » (P.-C. Racamier, « Cortège conceptuel »).

C’est le couple en tant qu’objet qui est surinvesti au détriment de l’individu ; le «nous» est surinvesti au détriment du « Je ».

Nous pouvons ajouter que ce choix d’objet amoureux s’établit à partir « d’une connaissance » de la famille interne du partenaire. Ces phénomènes sont à mettre en rapport avec ceux de la résonance fantasmatique, de l’interaction fantasmatique intense entre les partenaires.  Les représentations familiales prévalentes sont oedipiennes ou antoedipiennes.

Ainsi, un sujet structuré sur un mode oedipien fait le choix habituellement d’un partenaire structuré sur le même mode oedipien prévalent. Cela évoque le choix d’objet par étayage.

De même un sujet structuré de façon prévalente sur un mode antoedipien (antoedipe désigne l’organisation essentielle et spécifique du conflit originaire en tant qu’elle prélude à l’oedipe), c’est-à-dire incestuel ou incestueux, fait habituellement le choix d’un partenaire organisé selon ce même registre antoedipien. Cela évoque le choix d’objet narcissique.

Rappelons qu’incestuel selon P.-C.Racamier « désigne et qualifie ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste non-fantasmé ».

Rappelons aussi que « l‘inceste n’est pas l’oedipe, qu’il en est même le contraire ».

Les familles internes oedipiennes figurent des représentations générationnelles normales où les parents y sont plus âgés et plus grands que les enfants. Ainsi la différenciation des générations, des êtres, des sexes, des morts et des vivants est acquise. Les fantasmes de séduction narcissique et sexuelle co-existent mais la séduction sexuelle prédomine dans le couple. La relation de contenance initiale des partenaires a été vécue de la façon suivante : l’objet maternel a été contenant et a été introjecté comme tel. Les angoisses primitives catastrophiques claustrophobiques (angoisse « du trop serré ») et agoraphobiques (angoisse «du laissé tomber », « du trop lâché ») ne sont pas excessives.

Dans les familles internes antoedipiennes, la différenciation générationnelle est mal ou pas acquise. La séduction narcissique est prévalente et la séduction sexuelle se met pathologiquement à son service. Le fantasme d’autoengendrement est sous-jacent à cette organisation psychique. Les enfants et les parents peuvent être à égalité générationnelle : ils ont imaginairement le même âge, ou bien encore, les parents des parents sont imaginés frères et soeurs, et ainsi de suite.

Il peut aussi s’agir d’un renversement générationnel : l’omnipotence infantile est figurée par des parents plus jeunes et plus petits que les enfants ; les enfants sont ainsi les parents des parents. Ici, la différenciation des générations, des êtres, des sexes, des vivants et des morts  n’est pas bien acquise et des confusions de tous ordres ont lieu, parfois massivement.

La relation précoce des partenaires a été dominée par une dépendance infantile pathologique à la mère contenante.  Tantôt il s’agit d’une dépendance excessive à l’objet, d’une quête frénétique de l’objet, tantôt défensivement contre cette dépendance pathologique s’est constitutée une auto-contenance  mégalomaniaque. Cette auto-contenance pathologique est vraisemblablement le terreau du fantasme d’autoengendrement (J.-P. Caillot, 1992).

Un couple consulte pour tristesse, conflits fréquents et surtout perte des relations sexuelles depuis la naissance de leur fils qui a maintenant cinq ans. Le mari et la femme ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ils sont de niveau culturel élevé, très appliqués à éduquer leur enfant et à le choyer. Leur famille se présente essentiellement comme une institution. Elle a évincé toute sexualité. Dans ses antécédents, la mère avait été fréquemment corrigée et sermonnée par sa mère (grand-mère maternelle) qui lui disait : « Tiens-toi bien ! Assieds-toi correctement ! Baisse ta jupe et serre les jambes quand tu t’assieds ! Tu sais ton père est un homme ! ». Lorsqu’elle allait se coucher, elle devait tirer son verrou pour les mêmes raisons. Ce climat incestuel s’expliquait par le fait que la mère de la patiente (la grand-mère maternelle de l’enfant) avait subi une tentative de viol de la part de son père (l’arrière-grand-père maternel de l’enfant) vers l’âge de 16 ans. Quant au mari, il n’avait pratiquement pas connu son père car ses parents s’étaient séparés très précocement.

Lorsque sa mère se disputait avec son second mari, elle mettait ce dernier à la porte et prenait son fils dans son lit. Ces agirs incestuels ont existé jusqu’à l’âge de 15 ans, âge auquel il est parti de sa famille.

Il habitait alors un studio tout seul. Il semble, comme dans l’histoire d’Oedipe, que la naissance de ce fils ait fait émerger des fantasmes incestueux partagés par le père et la mère. Les parents avaient alors la crainte inconsciente qu’une relation incestueuse ait lieu avec leur fils et avaient défensivement tenté d’éliminer toute sexualité dans leur couple et dans la famille.

Tout se passait comme si les parents se disaient: « Si nous supprimons la sexualité de notre couple, de notre famille, nous vivrons sans drame ».

Dans cette sphère incestuelle ou incestueuse, dans cette sphère antoedipienne les phénomènes d’emprise sont au premier plan, les fantasmes envieux y sont exacerbés, les agirs envieux y sont fréquents. Les angoisses sont volontiers des angoisses catastrophiques primitives, agoraphobiques ou claustrophobiques. Il est fréquent d’observer une répartition dans le couple de ces deux formes d’angoisse : l’un est porteur des angoisses claustrophobiques primitives, l’autre des angoisses agoraphobiques primitives.

Le partenaire agoraphobe recherche la présence du partenaire claustrophobe, ce qui renforce les angoisses claustrophobiques de ce dernier et le pousse à s’éloigner. Ainsi un cercle vicieux s’établit, des interactions conflictuelles surviennent. Le sujet agoraphobe tend à devenir intrusif et le sujet claustrophobe rejetant, voire humiliant.

Ainsi les phénomènes paradoxaux du registre antoedipiens sont à l’origine d’une impasse relationnelle du couple. Nous avons pu décrire (1982) des relations paradoxales entre les partenaires du couple et dans le transfert que nous pouvions résumer de la façon suivante : «Vivre ensemble nous tue, nous séparer est mortel ».

D. Anzieu a énoncé d’autres formes de paradoxe : « Nous sommes un bon couple, dont chaque membre est mauvais pour l’autre ». Ou bien encore : « Nous sommes de bons membres qui formons un mauvais couple ».

 

Enfin, pour R. Kaës, les alliances inconscientes du couple telles que la communauté de déni, «permettent de comprendre comment, dans les modalités névrotiques et psychotiques du refoulement, se constitue ou achoppe à se constituer, pour les sujets singuliers, en raison de l’enjeu de leurs liens, la fonction refoulante. » « Elles sont, dit-il, des formations de l’appareillage psychique des sujets d’un ensemble intersubjectif ». Un couple dans le cas qui nous préoccupe.

Les alliances inconscientes sont au service de la fonction refoulante.

Dans l’exemple que nous venons de donner la communauté du déni, l’alliance inconsciente porterait sur le déni des relations d’objet incestuel dans leur famille d’origine et dans leur couple.

Ce déni protégeait leur enveloppe commune narcissique idéalisée constituée lors de la création de leur couple.

III. Cadres psychanalytiques de la thérapie du couple

▪                Le plus souvent l’échange est uniquement verbal.

▪               Parfois une indication psychodramatique est posée, ce qui donne une place essentielle au jeu.

Les psychanalystes, habituellement, proposent des rencontres hebdomadaires ou bi-mensuelles.

Ils invitent le couple à parler librement de leur couple, en couple.

La règle de non-omission, spécifique de la situation psychanalytique individuelle est remplacée ici par une invitation à parler librement plutôt qu’une contrainte à ne rien omettre. La constitution de secrets individuels marquera fréquemment, en effet, la progression de la thérapie du couple. En somme, chacun dit ce qu’il souhaite dire. Il ne s’agit pas ici de la règle du « tout dire », comme dans l’abord individuel. On parlera alors d’association libre verbale du couple.

Lorsque les manoeuvres perverses dans un couple pervers sont massives et fréquentes, nous proposons désormais dans un premier temps des rencontres ponctuelles consacrées au dévoilement des manoeuvres perverses sans donner ainsi une trop grande prise aux agirs envieux du couple envers la situation psychanalytique. C’est éventuellement dans un deuxième temps lorsque de l’angoisse apparaîtra qu’un cadre de rencontres régulières pourra être mis en place.

L’association libre verbale du couple est associée à la règle d’abstinence.

Le couple doit renoncer à l’obtention de conseils, de solutions concernant la réalité quotidienne, au partage de relations privées ou sociales avec le ou les psychanalystes.

La règle de restitution oblige l’analyste à restituer le contenu de ce que pourrait lui dire entre les séances un des membres du couple.

Seul le couple sera reçu. Il n’y a pas de rencontre individuelle.

IV. Indications

Dans une famille, les indications de thérapie de couple ont lieu lorsque les difficultés relationnelles rencontrées sont localisées essentiellement au couple.

Le couple reconnaît que le dysfonctionnement se situe à son niveau. Il s’agit le plus souvent :

* de conflits verbaux ou physiques avec parfois désirs de séparation ;

* de dépression avec perte des désirs sexuels ;

* de troubles sexuels apparu après la naissance d’un enfant ;

* d’angoisses catastrophiques : l’un des partenaires se sent étouffé par l’autre qui se sent

lui-même abandonné.

* de crainte de passage à l’acte meurtrier dans le couple associé à des passages à l’acte  incestueux envers les enfants.

* l’un des partenaires se plaint des agirs d’emprise incessants de l’autre.

V. Structure des différents types de couple

* Les relations perverses narcissiques sont fréquentes avec leur cortège de manoeuvres sado-masochiques et de provocation, de manoeuvres de séduction mensongère, de disqualification de tous ordres, d’injections d’angoisse et de manoeuvres confusionnantes. Rappelons, à cette occasion, le très bel ouvrage de Maurice Hurni et Giovanna Stoll qui traite du lien pervers dans le couple ( « La haine de l’amour ») et de la tension intersubjective perverse.

Ici le travail interprétatif doit être précédé d’un travail de dévoilement des manoeuvres perverses, de telle façon qu’une certaine quantité d’angoisse nécessaire au travail analytique apparaisse.

Ces manoeuvres d’emprise paradoxale jouissives empêchent dans un premier temps l’établissement d’un cadre de rencontres régulières.

Alors le couple occupe volontiers une position narcissique phallique : c’est la relation dominant-dominé qui est investie préférentiellement. Une lutte pour la possession d’un pénis imaginaire tout-puissant fait rage.

* L’association d’une organisation psychotique chez l’un des partenaires et d’une organisation perverse chez l’autre est aussi un cas de figure fréquent.

* Quelques soient les structures individuelles des partenaires les phénomènes paradoxaux sont fréquents ainsi que les manoeuvres perverses.

VI. Les transferts

Nous distinguons trois catégories d’objets dans les thérapies collectives : l ‘objet-individu, l’objet-couple et l’objet-groupe.

Voici résumées les différentes figures transférentielles :

* le transfert groupal global sur le groupe thérapeutique comme objet transférentiel : un des partenaires ou bien les deux partenaires du couple transfèrent sur le groupe thérapeutique (couple et psychanalystes) comme objet ;

* le transfert groupal central du couple sur le ou les analystes : ici l’objet transférentiel est le ou les analystes. Le couple comme unité transfert sur le ou les analystes.

* les transferts latéraux entre partenaires du couple.  

Bibliographie

D.ANZIEU: « Créer, détruire », Dunod, Paris, 1996

D. ANZIEU, A. BEJARANO, R. KAES, A. MISSENARD, J.-B. PONTALIS : « Le travail psychanalytique dans les groupes », Dunod, Paris, 1975

J.-P. CAILLOT : « Le faux et le renversement générationnel », Revue «Gruppo n° 8», Apsygée, Paris, 1992

J.-P. CAILLOT : Envie , sacrifice et manœuvres perverses narcissiques , RFP , n° 3 , 2003, Paris , P.U.F.

J.-P. CAILLOT et G. DECHERF : « Thérapie familiale psychanalytique et paradoxalité », Clancier – Guenaud, Paris, 1982

« Psychanalyse du couple et de la famille », Apsygée, Paris, 1989

A. EIGUER : « Clinique psychanalytique du couple »,  Dunod, Paris, 1998.

S. FREUD : « Totem et tabou» ,1912

« Pour introduire le narcissisme », 1914

« Psychologie des masses et analyse du moi », 1921

M. HURNI et G. STOLL : « La haine de l’amour », L’Harmattan, Paris, 1996

R. KAES : « Pacte dénégatif et alliances inconscientes », dans  « Autour de l’inceste », Editions du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale, Paris, 1999

J.-G. LEMAIRE : « Les thérapies du couple », Payot, Paris, 1971

P.-C. RACAMIER : « Le génie des origines », Payot, Paris, 1992

«Cortège conceptuel», Apsygée, Paris, 1993

A. RUFFIOT : « La thérapie familiale psychanalytique », Dunod, Paris, 1981

VOCABULAIRE DE PSYCHANALYSE GROUPALE ET FAMILIALE, tome 1, sous la direction de Jean-Pierre CAILLOT, Simone DECOBERT et Claude PIGOTT, Editions du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale, Paris, 1998

       VOCABULAIRE DE PSYCHANALYSE, J. LAPLANCHE et J.-B. PONTALIS, Paris,

PUF, 1967

Sorry, the comment form is closed at this time.

   

Société Psychanalytique de Paris
21 rue Daviel – 75013 Paris
E-mail : spp@spp.asso.fr
Tél. : 01 43 29 66 70

© 2013 Société Psychanalytique de Paris
Responsable de la publication : Vassilis Kapsambelis
Directeur de publication : Denys Ribas