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Michel de M’Uzan – Une clinique de la rencontre analytique

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : aphanasis (psychique) – archaïque – chimère – contre-transfert – dépersonnalisation – écoute – Identification (primaire) – identité – pensée (paradoxale) – processus (secondaire) – schème (de travail) – spectre (d’identité) – transfert

Cet entretien illustre l’originalité et la créativité de la pensée de Michel de M’Uzan. Il expose ici sa conception de la rencontre entre patient et analyste, en s’attachant surtout à ce qui se passe « du côté de l’analyste ». Il reprend les différentes notions qu’il a proposées pour décrire cette implication réciproque et en explicite le sens et les articulations : ainsi en est-il de la Chimère, des Pensées paradoxales, du Spectre d’identité, du Schème de travail, de « l’Aphanisis psychique »… Pour M.de M’Uzan, si la rencontre entre l’analyste et son patient s’enracine à la fois dans la clinique au sens classique du terme et dans une clinique interpersonnelle liant les protagonistes, il faut aussi aller chercher du côté de « l’identité de l’être » de l’analyste. L’analyste n’est pas, dans son écoute, à l’abri derrière les frontières de son Moi. Pour s’identifier à son patient, éprouver de l’empathie, laisser opérer les identifications jusqu’au vacillement ou même une dépersonnalisation passagère, l’analyste se trouve aux prises avec son propre inconscient et doit, comme le patient, se risquer à la frontière de son préconscient, seul lieu où peuvent se produire des changements. La névrose de transfert comme le contre-transfert est une construction à deux qui se fait indépendamment des activités secondarisées des deux protagonistes : la Chimère qui figure cette relation résulte de l’imbrication étroite de ce qui procède de l’un et de l’autre ; elle fonctionne selon des modalités archaïques qui mettent en jeu les capacités d’identifications primaires de chacun. Cette conception de la position réciproque de l’analyste et de son patient conduit à des modifications de la compréhension de la cure que Michel de M’uzan définit « comme une succession hiérarchisée de résistances », pour le patient comme pour l’analyste. Elle a, de ce fait, des conséquences techniques. Pour qu’il y ait compréhension de l’Interprétation, il faut qu’il y ait une énergie d’investissement disponible qui ne peut se libérer sans un dérangement économique des défenses du Moi, ce que l’auteur appelle « provoquer le scandale ». Si l’on demeure au niveau secondarisé, « rien n’entre et rien ne sort », aucun changement ne peut advenir, pas plus pour le patient que pour l’analyste…Tout changement procède d’un dérangement. Le « cadre » participe de cette oscillation entre empathie et contre-résistance qui caractérise le travail de la cure. Pour Michel de M’Uzan, le « cadre est « une marmite infernale » où, sous une apparence de calme et de neutralité bienveillante, s’affrontent violemment les désirs inconscients/préconscients des protagonistes. En deçà de l’écoute directe secondarisé, un autre fonctionnement peut laisser la place à des « moments féconds » révélant la proximité des préconscients. L’analyste peut s’y risquer grâce à sa capacité à régresser ou à vivre des expériences de dépersonnalisation, sans mettre en péril son Moi. Là ne s’arrêtent pas les enseignements de cet entretien riche en réflexions dérangeantes.


Michel de M’Uzan – L’identité

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : chimère – dépersonnalisation (tranquille) – énergie (actuelle) – identité – interprétation – jumeau (paraphrénique) – non-soi – normopathie – objet – soi – spectre (d’identité) – vacillement (identitaire)

Un des thèmes majeurs de la pensée de Michel de M’Uzan, son  intérêt pour la notion d’Identité, s’est éveillé avant même la réflexion analytique, à partir  d’expériences personnelles de « vacillement identitaire », de « dépersonnalisation tranquille », comme il les qualifie.
De la labilité constitutive de l’Identité, M. de M’Uzan déduit la notion de « spectre d’identité » qui s’oppose à une conception stable et cernée qui relèverait, selon lui, de la « normopathie ».
Peut-on communiquer vraiment avec l’Autre ? M.de M’Uzan en doute, dans la mesure où nous ne communiquons qu’avec la représentation que nous avons de l’objet. La notion de « spectre d’identité » vient souligner le caractère ambigu, incertain, de la distinction identitaire entre le soi et le non-soi, libidinalement investie.
Cependant pour M. de M’Uzan, le dégagement identitaire s’opère sur deux versants : celui de la rencontre avec l’objet, mobilisant l’énergie libidinale mais également celui  des pulsions d’auto-conservation et de l’énergie « actuelle » dont témoigne la psychosomatique. L’hypothèse d’un temps antérieur à la rencontre du nourrisson avec le monde extérieur, celui de la séparation du sujet d’avec lui-même, conduit Michel de M’Uzan à supposer la création d’un double, le « jumeau paraphrénique ».
Michel de M’Uzan insiste sur l’importance de ce dualisme pulsionnel constitutif de l’identité du sujet.
Dans cet interview, Michel de M’Uzan développe et s’explique sur sa conception originale et complexe d’une notion essentielle mais  difficile à cerner et peu abordée dans la métapsychologie analytique.

Marianne Persine


Michel de M’Uzan – Cohérence d’une pensée

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : chimère – compulsion (de répétition) – dépersonnalisation – créativité – énergie (actuelle) – énergie (libidinale) – Identique – identité – même – pensée (paradoxale) – rencontre (analytique) – spectre (d’identité)

Cet entretien est le dernier d’une série de trois, réalisée chez Michel de M’Uzan, au cours de l’année 2000.
À l’époque, Michel de M’Uzan avait déclaré qu’il avait pris conscience récemment de la cohérence interne de ses conceptions psychanalytiques et du fait qu’elles constituent, disait-il, « un système de pensée ». En quoi les différents concepts ou notions qu’il a élaborés au fur et à mesure de ses recherches, tels que l’opposition entre :

    • le même et l’identique (à propos de la compulsion de répétition),
    • le spectre d’identité et l’identitaire,
    • la chimère, et les pensées paradoxales,
    • le rôle prévalent de l’économique et des deux sources d’énergie (libidinale et actuelle) etc, constituent de fait, un ensemble cohérent entre ses « fondamentaux », dirait-on aujourd’hui et leurs articulations ?

Michel de M’Uzan le découvre après-coup avec étonnement et la conviction qu’il ne pouvait en être autrement. C’est le sujet central de cet entretien qui met en évidence la rigueur avec laquelle les notions proposées s’articulent les unes aux autres et construisent un ensemble qui ouvre sur une représentation renouvelée de la vie psychique. Les chapitres consacrés à « la rencontre analytique », à la résistance de l’analyste dans la séance, à la notion de guérison, à l’interprétation etc…illustrent la fécondité de ces conceptions dans le déroulement de la séance et la conduite de la cure. Un grand chapitre consacré au thème de la créativité restitue un débat qui sort un peu du cadre de l’interview pour glisser à la discussion contradictoire. L’intérêt de cette question complexe abordée ici a justifié que ce débat animé soit présenté dans sa spontanéité.
Marianne Persine

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