L’identité d’un peuple se définit par certaines spécificités de son fonctionnement mental. Celles-ci se transmettent par identification et s’inscrivent dans tout ce qui constitue sa culture, ses langages, ses habitus, ses intimités, ses œuvres. Pour approcher cette identification, Freud suit une démarche auto analytique centrée sur son identité juive. Dans une lettre de 1926 - année de la création de la SPP -, il revisite son transfert sur les membres de la société B’nai B’rich tout en leur exprimant sa gratitude envers leur accueil et leur bienveillance. Il poursuit cette réflexion dans l’Homme Moïse. « Ce qui me liait au judaïsme, ce n’était pas - je me dois de le confesser - la croyance, ni même l’orgueil national, car je fus toujours un incroyant, j’ai été élevé sans religion, quoique non sans respect pour les exigences dites « éthiques » de la culture humaine. L’exaltation nationale est un sentiment que je me suis efforcé, quand j’y inclinais, de réprimer comme funeste et injuste, effrayé que j’étais et mis en garde par les exemples des peuples parmi lesquels nous vivons, nous autres juifs. Mais il restait suffisamment d’autres choses qui rendaient irrésistible l’attraction du judaïsme et des juifs, beaucoup d’obscures puissances de sentiments, d’autant plus violentes qu’elles se laissaient moins saisir en des mots, et tout aussi bien la claire conscience de l’identité interne et la quiétude apportée par une même construction animique. En outre, je me rendis bientôt compte que je devais à ma seule nature juive les deux propriétés qui m'étaient devenues indispensables sur le difficile chemin de ma vie. C'est parce que j'étais juif que je me trouvais libre de nombreux préjugés qui en limitaient d'autres dans l'usage de leur intellect, c'est en tant que juif que je me vis préparé à passer dans l'opposition et à renoncer à une entente avec la « majorité compacte » (1). Durant cette soirée au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, nous tenterons de déployer le paradoxe présent dans cette citation, et qui s’applique aussi à l’identité de psychanalyste référée aux sociétés de psychanalyse : une identité groupale qui permet de se démarquer de la majorité compacte ; un fonctionnement mental fondant une identité groupale qui s’oppose à un autre, « de masse ».
(1) Freud, S (1926j). Allocution aux membres de la société B'nai B'rith. In Œuvres complètes XVIII : 1926-1930 (pp. 113-117). Paris : Puf, 1994.
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