© Société Psychanalytique de Paris

Paul Denis – Emprise et théorie des pulsions

Auteur(s) : Paul Denis
Mots clés : emprise – emprise (folie d’) – Eros – formant de la pulsion – gradient – imago – mode de fonctionnement – objet – pulsion de mort – satisfaction – thanatos

Cette interview de Paul Denis a pour sujet central la conception de la vie pulsionnelle telle qu’il l’a présentée au « Congrès Psychanalytique des langues romanes » en 1992, dans son rapport intitulé : « Emprise et théorie des pulsions ».
Dans ce rapport et par la suite dans d’autres écrits, Paul Denis propose une théorie du fonctionnement pulsionnel différente de la théorie freudienne. Selon lui, la pulsion n’est pas une donnée élémentaire mais le résultat d’une première élaboration psychique de l’énergie libidinale.
À l’opposition entre Eros et Thanatos, il substitue le schéma de 2 formants liés « Emprise et Satisfaction » qui place la contradiction interne au cœur même de la pulsion.
L’Objet étant à la fois objet d’emprise et objet de satisfaction, l’équilibre ou la prédominance de l’une ou l’autre source d’excitation (en emprise ou en satisfaction) rend compte de toutes les variations de la vie psychique : Paul Denis propose un gradient entre les structures qui intériorisent sur le modèle de la représentation et les structures qui passent à l’acte, soumises à l’intraitabilité de « l’Imago ».
Récusant le bien fondé théorique de la pulsion de mort, pour laquelle la notion de « mode de fonctionnement » (également proposée par Laplanche), lui paraît mieux adaptée, Paul Denis aborde le problème de la haine et de la destructivité dont l’Emprise, jusqu’à « la folie d’Emprise, est la forme ultime.
Cette interview décrit et explicite une conception de la vie psychique dont on peut souhaiter que la rigueur théorique et la richesse des implications cliniques ouvre davantage à la discussion et au débat.

Marianne Persine


Roger Misès – Un psychanalyste en pédopsychiatrie

Auteur(s) : Roger Misès
Mots clés : adolescent/adolescence – enfant – évolutivité – Fondation Vallée – histoire – Institution – lieu psychique – pedopsychiatrie – psychanalyse (institutionnelle) – subjectivation

Cet entretien avec Roger Misès retrace son itinéraire personnel et plus particulièrement son action à la Fondation Vallée, avec en arrière plan, la conception de la pédo-psychiatrie d’inspiration psychanalytique telle qu’il l’a initiée et mise en œuvre depuis les années 50.

Ce témoignage est important à un moment où les classifications DSM remettent en cause, au delà de la visée unificatrice et descriptive invoquée par ses promoteurs, tout l’effort d’élaboration théorico-clinique de la pédo-psychiatrie française fondée sur la prise en compte de l’évolutivité de l’enfant, de la dynamique subjectivante de la relation thérapeutique. et  de l’Institution comme outil de soin.

Marianne Persine


André Green, Parcours

Auteur(s) : André Green
Mots clés : affect – cas-limite – narcissisme – nature (du psychique) – pratique – théorie

L’ambition de cette interview visait à retracer « le Parcours analytique » d’André Green, depuis ses positions premières jusqu’à celles qui caractérisent aujourd’hui sa conception théorique de la Psychanalyse et sa pratique. Ambition trop vaste pour le temps d’un entretien qui se limite donc à dégager les jalons décisifs de l’évolution d’une pensée toujours en mouvement.

D’entrée de jeu, André Green souligne l’importance de son expérience psychiatrique qui lui fait comprendre «  la force de la résistance et l’opacité de la maladie mentale ». Interne à Sainte Anne où il rencontre Henri Ey ainsi que Pierre Mâle, Granoff, Marty, Pasche …et Lacan,  cette riche expérience prélude à son choix exclusif en faveur de la Psychanalyse.

Son apprentissage analytique se nourrit alors, des influences parallèles de Lacan et de la Psychanalyse anglaise en laquelle il se reconnaît. En 1974, il participe pour la première fois  au Congrès des langues romanes avec son rapport sur « l’Affect » (qui deviendra « le Discours vivant ») et en 1974  paraît son article sur « le changement  dans la pratique et la théorie ».

1975 marque pour André Green, un tournant décisif qui introduit dans son champ de pensée et de recherches, l’opposition entre  névrose et cas limites : « j’ai creusé mon sillon dans ce continent qu’on appelle « les cas limites ». Il se pose en continuateur de l’œuvre de Freud dont l’acuité du regard, dit-il, avait prévu que l’Analyse allait être transformée par des structures qui n’étaient pas névrotiques. Dans cette perspective, il s’est toujours efforcé d’articuler les théories freudiennes et les théories post-freudiennes, en particulier celles d’auteurs tels que Winnicott et Bion qui, eux aussi, contrairement à Lacan, se sont affrontés à cette difficulté.

La poursuite de cette recherche sur les cas limites qui débute par une étude du Narcissisme (1983) et l’exemple même de Freud qui, « à un âge avancé, n’a pas hésité à transformer sa théorie en introduisant la pulsion de mort »,  ont sans doute joué un rôle de modèle et de guide pour André Green, dans son effort pour repenser théorie et pratique analytiques en réponse  à la demande actuelle.

La fin de l’interview pose la question de l’épistémologie psychanalytique et de l’élargissement du champ de la Psychanalyse à la nature du « psychique »  et non pas limité à la seule névrose.

Marianne Persine


André Green – La pensée clinique

Auteur(s) : André Green
Mots clés : a-scientifique – Bollas (Christopher) – méthode psychanalytique – pathologie limite – pensée (clinique) – psychothérapie – Winnicott (D.W.)

C’est à partir d’une analyse critique des difficultés inhérentes à la Psychanalyse comme discipline « a-scientifique » et des limites d’une méthode analytique conçue pour le traitement des névroses, qu’André Green pose la nécessité d’un envisagement plus large du champ des pathologies concernées par la Psychanalyse et des remaniements méthodologiques et conceptuels qu’exige la prise en charge d’une demande de plus en  de plus  nombreuse émanant de patients non névrotiques.

Ces pathologies non-névrotiques, incluant la diversité des cas limites, relèvent le plus souvent, d’un traitement psychanalytique en face à face.

À l’instar de Winnicott, de C. Bolas et bien d’autres, André Green considère la psychothérapie comme une pratique psychanalytique à part entière, qui exige une écoute et une présence plus active de l’analyste, mais aussi des « outils conceptuels » spécifiques, indispensables pour comprendre et analyser des fonctionnements psychiques différents du fonctionnement névrotique, devenu, de fait, la référence en terme de normalité.

Après avoir étayé sa position par des exemples cliniques et affirmé la nécessité d’inclure la formation à la psychothérapie dans le cursus analytique, André Green, au terme de l’entretien, en vient à préciser et tenter de définir le concept de « pensée clinique ».

Contrairement à la démarche médicale, la pensée clinique en psychanalyse, dit-il, implique un renvoi à l’expérience qui ne peut pas être abordé sur un mode descriptif et abstrait. La pensée clinique en psychanalyse est le dégagement de ce que l’activité psychique permet de déduire à distance des faits, elle est « analyse de l’analyse » mais aussi, procédant de l’association libre, elle comprend  son impossibilité…


Michel Fain – À propos de son itinéraire personnel et de sa pensée

Auteur(s) : Michel Fain
Mots clés : formation – Freud (retour à -) – Hallucinatoire (Satisfaction) – indication – Lacan (Jacques) – Lagache (Daniel) – moi (Prématurité) – Nacht (Sacha) – psychanalyse (histoire) – retour (à Freud) – rêve

À travers son histoire familiale et sa vocation tardive pour la Psychanalyse sous l’influence de son ami Pierre Marty, Michel Fain raconte de façon très vivante et pleine d’humour, la situation de la Psychanalyse en France et de la SPP, au lendemain de la dernière guerre (de 1948 à 1953). À propos de la « scission » qu’il a vécue, il apporte sa vision personnelle, insistant sur le rôle de l’antagonisme entre Sacha Nacht (médecin) et Daniel Lagache (psychologue), l’enjeu étant la création de l’Institut et la mise en place d’un cursus de formation, jusque là inexistant. Bien qu’il ne se soit pas senti proche de lui, il exprime de façon éloquente son admiration pour Lacan dont il souligne la personnalité exceptionnelle et l’aura dont il bénéficiait auprès de tous ceux qui le côtoyaient. Michel Fain considère que Lacan a été « une chance pour la Psychanalyse » et il lui attribue, comme bien d’autres témoins, le mérite d’avoir suscité «le retour aux textes freudiens », souvent ignorés des analystes de l’époque. Il pense même que Lacan a été un « homme heureux » tant qu’il a été membre de la SPP. Un bel hommage à Daniel Lagache et à « son sens clinique exceptionnel » clôt cette première partie.
À partir de la question concernant « l’Indication », Michel Fain expose de façon très pédagogique sa conception du fonctionnement psychique. Il insiste sur les conditions nécessaires à la « normalité névrotique» (prématurité du Moi, accès à l’expérience de satisfaction hallucinatoire) par opposition à des organisations psychiques, selon lui, non analysables, et de plus en plus nombreuses. Il insiste sur l’importance du rêve et de l’inhibition motrice qui libère la capacité d’hallucination, situation qui se retrouve dans le cadre analytique.

Marianne Persine


René Diatkine – Entretien

Auteur(s) : René Diatkine
Mots clés : Bonaparte (Marie) – Bonnafé (Lucien) – communisme – formation – Nacht (Sacha) – pionniers – politique – psychiatrie – scission 1953 – secteur

À travers l’évocation de sa formation, René Diatkine nous parle d’histoire, celle d’une époque où les étudiants juifs avaient été chassés de la Faculté, celle où les hôpitaux psychiatriques ont pu devenir des lieux inhumains, si bien que pour toute la génération d’après guerre concernée par la santé mentale, le seul projet qui s’imposait était de « trouver une voie pour une psychiatrie respectant l’homme », et à ce moment là , « il n’était pas question de faire intelligemment de la Psychiatrie sans être psychanalyste ».

Le lieu où s’élaborait cette ambition était, sans conteste, l’hôpital Sainte-Anne  où se rencontraient la plupart  des personnalités marquantes du monde de la Psychiatrie et de la Psychanalyse que  René Diatkine évoque avec talent et humour . Pour ce qui est des « étudiants » dont il était, il rend sensible l’enthousiasme « de ce groupe de copains  qui vivaient beaucoup ensemble,…qui avaient une très haute idée de ce qu’était la SPP,…qui discutaient beaucoup dans les bistrots, et pour qui la Psychanalyse représentait une engagement total ».

C’était l’heureuse époque des « pionniers »  de la Psychanalyse en France.

Cet « âge d’or » est troublé par une première crise « politique » en 1949, prémisse de la scission de 1953, qui sépare le groupe et éloigne de la Psychanalyse les psychiatres d’obédience communiste  tels Bonnafé, Le Guillant, Follin etc…

Sur la scission de 1953 et les conflits de pouvoir où se sont affrontés Nacht, Lacan, Lagache et…Marie Bonaparte, sur la mise en place des différentes instances qui, jusqu’à présent, organisent le fonctionnement de la SPP, René Diatkine nous apporte un témoignage vivant, illustré de faits et d’anecdotes, qui éclaire et précise notre compréhension.

Bien sûr, il parle aussi de lui même et notamment, il décrit avec précision comment le processus analytique, « drame à deux personnages »,  fonctionne selon lui.

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Michel de M’Uzan – Une clinique de la rencontre analytique

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : aphanasis (psychique) – archaïque – chimère – contre-transfert – dépersonnalisation – écoute – Identification (primaire) – identité – pensée (paradoxale) – processus (secondaire) – schème (de travail) – spectre (d’identité) – transfert

Cet entretien illustre l’originalité et la créativité de la pensée de Michel de M’Uzan. Il expose ici sa conception de la rencontre entre patient et analyste, en s’attachant surtout à ce qui se passe « du côté de l’analyste ». Il reprend les différentes notions qu’il a proposées pour décrire cette implication réciproque et en explicite le sens et les articulations : ainsi en est-il de la Chimère, des Pensées paradoxales, du Spectre d’identité, du Schème de travail, de « l’Aphanisis psychique »… Pour M.de M’Uzan, si la rencontre entre l’analyste et son patient s’enracine à la fois dans la clinique au sens classique du terme et dans une clinique interpersonnelle liant les protagonistes, il faut aussi aller chercher du côté de « l’identité de l’être » de l’analyste. L’analyste n’est pas, dans son écoute, à l’abri derrière les frontières de son Moi. Pour s’identifier à son patient, éprouver de l’empathie, laisser opérer les identifications jusqu’au vacillement ou même une dépersonnalisation passagère, l’analyste se trouve aux prises avec son propre inconscient et doit, comme le patient, se risquer à la frontière de son préconscient, seul lieu où peuvent se produire des changements. La névrose de transfert comme le contre-transfert est une construction à deux qui se fait indépendamment des activités secondarisées des deux protagonistes : la Chimère qui figure cette relation résulte de l’imbrication étroite de ce qui procède de l’un et de l’autre ; elle fonctionne selon des modalités archaïques qui mettent en jeu les capacités d’identifications primaires de chacun. Cette conception de la position réciproque de l’analyste et de son patient conduit à des modifications de la compréhension de la cure que Michel de M’uzan définit « comme une succession hiérarchisée de résistances », pour le patient comme pour l’analyste. Elle a, de ce fait, des conséquences techniques. Pour qu’il y ait compréhension de l’Interprétation, il faut qu’il y ait une énergie d’investissement disponible qui ne peut se libérer sans un dérangement économique des défenses du Moi, ce que l’auteur appelle « provoquer le scandale ». Si l’on demeure au niveau secondarisé, « rien n’entre et rien ne sort », aucun changement ne peut advenir, pas plus pour le patient que pour l’analyste…Tout changement procède d’un dérangement. Le « cadre » participe de cette oscillation entre empathie et contre-résistance qui caractérise le travail de la cure. Pour Michel de M’Uzan, le « cadre est « une marmite infernale » où, sous une apparence de calme et de neutralité bienveillante, s’affrontent violemment les désirs inconscients/préconscients des protagonistes. En deçà de l’écoute directe secondarisé, un autre fonctionnement peut laisser la place à des « moments féconds » révélant la proximité des préconscients. L’analyste peut s’y risquer grâce à sa capacité à régresser ou à vivre des expériences de dépersonnalisation, sans mettre en péril son Moi. Là ne s’arrêtent pas les enseignements de cet entretien riche en réflexions dérangeantes.


Michel de M’Uzan – L’identité

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : chimère – dépersonnalisation (tranquille) – énergie (actuelle) – identité – interprétation – jumeau (paraphrénique) – non-soi – normopathie – objet – soi – spectre (d’identité) – vacillement (identitaire)

Un des thèmes majeurs de la pensée de Michel de M’Uzan, son  intérêt pour la notion d’Identité, s’est éveillé avant même la réflexion analytique, à partir  d’expériences personnelles de « vacillement identitaire », de « dépersonnalisation tranquille », comme il les qualifie.
De la labilité constitutive de l’Identité, M. de M’Uzan déduit la notion de « spectre d’identité » qui s’oppose à une conception stable et cernée qui relèverait, selon lui, de la « normopathie ».
Peut-on communiquer vraiment avec l’Autre ? M.de M’Uzan en doute, dans la mesure où nous ne communiquons qu’avec la représentation que nous avons de l’objet. La notion de « spectre d’identité » vient souligner le caractère ambigu, incertain, de la distinction identitaire entre le soi et le non-soi, libidinalement investie.
Cependant pour M. de M’Uzan, le dégagement identitaire s’opère sur deux versants : celui de la rencontre avec l’objet, mobilisant l’énergie libidinale mais également celui  des pulsions d’auto-conservation et de l’énergie « actuelle » dont témoigne la psychosomatique. L’hypothèse d’un temps antérieur à la rencontre du nourrisson avec le monde extérieur, celui de la séparation du sujet d’avec lui-même, conduit Michel de M’Uzan à supposer la création d’un double, le « jumeau paraphrénique ».
Michel de M’Uzan insiste sur l’importance de ce dualisme pulsionnel constitutif de l’identité du sujet.
Dans cet interview, Michel de M’Uzan développe et s’explique sur sa conception originale et complexe d’une notion essentielle mais  difficile à cerner et peu abordée dans la métapsychologie analytique.

Marianne Persine


Michel de M’Uzan – Cohérence d’une pensée

Auteur(s) : Michel de M’Uzan
Mots clés : chimère – compulsion (de répétition) – dépersonnalisation – créativité – énergie (actuelle) – énergie (libidinale) – Identique – identité – même – pensée (paradoxale) – rencontre (analytique) – spectre (d’identité)

Cet entretien est le dernier d’une série de trois, réalisée chez Michel de M’Uzan, au cours de l’année 2000.
À l’époque, Michel de M’Uzan avait déclaré qu’il avait pris conscience récemment de la cohérence interne de ses conceptions psychanalytiques et du fait qu’elles constituent, disait-il, « un système de pensée ». En quoi les différents concepts ou notions qu’il a élaborés au fur et à mesure de ses recherches, tels que l’opposition entre :

    • le même et l’identique (à propos de la compulsion de répétition),
    • le spectre d’identité et l’identitaire,
    • la chimère, et les pensées paradoxales,
    • le rôle prévalent de l’économique et des deux sources d’énergie (libidinale et actuelle) etc, constituent de fait, un ensemble cohérent entre ses « fondamentaux », dirait-on aujourd’hui et leurs articulations ?

Michel de M’Uzan le découvre après-coup avec étonnement et la conviction qu’il ne pouvait en être autrement. C’est le sujet central de cet entretien qui met en évidence la rigueur avec laquelle les notions proposées s’articulent les unes aux autres et construisent un ensemble qui ouvre sur une représentation renouvelée de la vie psychique. Les chapitres consacrés à « la rencontre analytique », à la résistance de l’analyste dans la séance, à la notion de guérison, à l’interprétation etc…illustrent la fécondité de ces conceptions dans le déroulement de la séance et la conduite de la cure. Un grand chapitre consacré au thème de la créativité restitue un débat qui sort un peu du cadre de l’interview pour glisser à la discussion contradictoire. L’intérêt de cette question complexe abordée ici a justifié que ce débat animé soit présenté dans sa spontanéité.
Marianne Persine

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