Société Psychanalytique de Paris

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Le travail psychanalytique

Le Travail Psychanalytique

Colloque proposé et organisé par André Green
en collaboration avec Alain Fine, Président de la SPP

Samedi 23 et dimanche 24 novembre 2002 – Maison de l’Unesco, Paris.

Colloque UNESCO 2002 – Le Travail Psychanalytique


LE TRAVAIL  PSYCHANALYTIQUE 01
  1. Les motifs du Colloque
    Interview d’André Green
  2. Premier dialogue – Le travail psychanalytique et la question de la recherche
    Daniel Widlöcher (APF) vs César Botella (SPP) Médiateur : Jean Cournut
  3. Deuxième dialogue – Le travail de la séance
    Jean-Claude Rolland (APF) vs Michel de M’Uzan (SPP) Médiateur : Thierry Bokanowski
  4. Brève interview de Daniel Widlöcher

André Green, Parcours

L’ambition de cette interview visait à retracer « le Parcours analytique » d’André Green, depuis ses positions premières jusqu’à celles qui caractérisent aujourd’hui sa conception théorique de la Psychanalyse et sa pratique. Ambition trop vaste pour le temps d’un entretien qui se limite donc à dégager les jalons décisifs de l’évolution d’une pensée toujours en mouvement.

D’entrée de jeu, André Green souligne l’importance de son expérience psychiatrique qui lui fait comprendre «  la force de la résistance et l’opacité de la maladie mentale ». Interne à Sainte Anne où il rencontre Henri Ey ainsi que Pierre Mâle, Granoff, Marty, Pasche …et Lacan,  cette riche expérience prélude à son choix exclusif en faveur de la Psychanalyse.

Son apprentissage analytique se nourrit alors, des influences parallèles de Lacan et de la Psychanalyse anglaise en laquelle il se reconnaît. En 1974, il participe pour la première fois  au Congrès des langues romanes avec son rapport sur « l’Affect » (qui deviendra « le Discours vivant ») et en 1974  paraît son article sur « le changement  dans la pratique et la théorie ».

1975 marque pour André Green, un tournant décisif qui introduit dans son champ de pensée et de recherches, l’opposition entre  névrose et cas limites : « j’ai creusé mon sillon dans ce continent qu’on appelle « les cas limites ». Il se pose en continuateur de l’œuvre de Freud dont l’acuité du regard, dit-il, avait prévu que l’Analyse allait être transformée par des structures qui n’étaient pas névrotiques. Dans cette perspective, il s’est toujours efforcé d’articuler les théories freudiennes et les théories post-freudiennes, en particulier celles d’auteurs tels que Winnicott et Bion qui, eux aussi, contrairement à Lacan, se sont affrontés à cette difficulté.

La poursuite de cette recherche sur les cas limites qui débute par une étude du Narcissisme (1983) et l’exemple même de Freud qui, « à un âge avancé, n’a pas hésité à transformer sa théorie en introduisant la pulsion de mort »,  ont sans doute joué un rôle de modèle et de guide pour André Green, dans son effort pour repenser théorie et pratique analytiques en réponse  à la demande actuelle.

La fin de l’interview pose la question de l’épistémologie psychanalytique et de l’élargissement du champ de la Psychanalyse à la nature du « psychique »  et non pas limité à la seule névrose.

Marianne Persine

André Green – La pensée clinique

C’est à partir d’une analyse critique des difficultés inhérentes à la Psychanalyse comme discipline « a-scientifique » et des limites d’une méthode analytique conçue pour le traitement des névroses, qu’André Green pose la nécessité d’un envisagement plus large du champ des pathologies concernées par la Psychanalyse et des remaniements méthodologiques et conceptuels qu’exige la prise en charge d’une demande de plus en  de plus  nombreuse émanant de patients non névrotiques.

Ces pathologies non-névrotiques, incluant la diversité des cas limites, relèvent le plus souvent, d’un traitement psychanalytique en face à face.

À l’instar de Winnicott, de C. Bolas et bien d’autres, André Green considère la psychothérapie comme une pratique psychanalytique à part entière, qui exige une écoute et une présence plus active de l’analyste, mais aussi des « outils conceptuels » spécifiques, indispensables pour comprendre et analyser des fonctionnements psychiques différents du fonctionnement névrotique, devenu, de fait, la référence en terme de normalité.

Après avoir étayé sa position par des exemples cliniques et affirmé la nécessité d’inclure la formation à la psychothérapie dans le cursus analytique, André Green, au terme de l’entretien, en vient à préciser et tenter de définir le concept de « pensée clinique ».

Contrairement à la démarche médicale, la pensée clinique en psychanalyse, dit-il, implique un renvoi à l’expérience qui ne peut pas être abordé sur un mode descriptif et abstrait. La pensée clinique en psychanalyse est le dégagement de ce que l’activité psychique permet de déduire à distance des faits, elle est « analyse de l’analyse » mais aussi, procédant de l’association libre, elle comprend  son impossibilité…

Michel Fain – Autour de l’interprétation

Michel Fain

Interview par Cl. Smadja et G.Szwec. 1999

Cette  interview de Michel Fain conduite par Claude Smadja et Gérard Szwec au sujet de l’Interprétation, est transcrite intégralement dans le numéro de la Revue française de Psychosomatique consacré à ce thème : 1999/2   n° 16  pages 185-194.

Michel Fain – À propos de son itinéraire personnel et de sa pensée

À travers son histoire familiale et sa vocation tardive pour la Psychanalyse sous l’influence de son ami Pierre Marty, Michel Fain raconte de façon très vivante et pleine d’humour, la situation de la Psychanalyse en France et de la SPP, au lendemain de la dernière guerre (de 1948 à 1953). À propos de la « scission » qu’il a vécue, il apporte sa vision personnelle, insistant sur le rôle de l’antagonisme entre Sacha Nacht (médecin) et Daniel Lagache (psychologue), l’enjeu étant la création de l’Institut et la mise en place d’un cursus de formation, jusque là inexistant. Bien qu’il ne se soit pas senti proche de lui, il exprime de façon éloquente son admiration pour Lacan dont il souligne la personnalité exceptionnelle et l’aura dont il bénéficiait auprès de tous ceux qui le côtoyaient. Michel Fain considère que Lacan a été « une chance pour la Psychanalyse » et il lui attribue, comme bien d’autres témoins, le mérite d’avoir suscité «le retour aux textes freudiens », souvent ignorés des analystes de l’époque. Il pense même que Lacan a été un « homme heureux » tant qu’il a été membre de la SPP. Un bel hommage à Daniel Lagache et à « son sens clinique exceptionnel » clôt cette première partie.
À partir de la question concernant « l’Indication », Michel Fain expose de façon très pédagogique sa conception du fonctionnement psychique. Il insiste sur les conditions nécessaires à la « normalité névrotique» (prématurité du Moi, accès à l’expérience de satisfaction hallucinatoire) par opposition à des organisations psychiques, selon lui, non analysables, et de plus en plus nombreuses. Il insiste sur l’importance du rêve et de l’inhibition motrice qui libère la capacité d’hallucination, situation qui se retrouve dans le cadre analytique.

Marianne Persine

Francis Pasche – À propos de sa pensée et de son œuvre – 1991

Cette pensée s’inscrit d’emblée dans la référence à la 2e théorie freudienne des pulsions : les différents concepts ou théorisations que Francis Pasche propose, résultent du jeu des forces antagonistes de l’instinct de vie et de l’instinct de mort que le « Moi », qui les convoque, transforme en pulsions de vie et de mort. Le modèle de référence de la vie psychique est donc la névrose opposée à la psychose (et non le modèle « névrose /perversion » de la 1ère topique). Ainsi pour Francis Pasche, Descartes « dont toute la philosophie repose sur une expérience infantile de légère dépersonnalisation », illustre de façon convaincante la lutte permanente de la vie psychique contre la psychose, dont il nous précise qu’elle est en chacun de nous.
Il n’est guère possible de rendre compte de tous les thèmes abordés dans cet entretien, riche en élaborations passionnantes et en formulations heureuses : l’anti-narcissisme, « le bouclier de Persée » (ou pare- excitation psychique faisant défaut dans la psychose), les notions de verticalité, d’admiration primaire, la séparation comme source de la culpabilité (« être coupable, c’est être capable »), de « dieu apophatique » ou surmoi impersonnel, le but de l’analyse étant la désidéalisation ou déconstruction des idoles que résume cette formule saisissante d’ « imago zéro ».
Francis Pasche insiste sur le fait que la psychanalyse n’est ni une science, ni une morale, ni un art mais une « praxis », concept central qui annonce celui de « pensée clinique » développé par André Green aujourd’hui

Marianne Persine
Entretien conduit par Jacqueline Schaeffer

René Diatkine – Entretien

À travers l’évocation de sa formation, René Diatkine nous parle d’histoire, celle d’une époque où les étudiants juifs avaient été chassés de la Faculté, celle où les hôpitaux psychiatriques ont pu devenir des lieux inhumains, si bien que pour toute la génération d’après guerre concernée par la santé mentale, le seul projet qui s’imposait était de « trouver une voie pour une psychiatrie respectant l’homme », et à ce moment là , « il n’était pas question de faire intelligemment de la Psychiatrie sans être psychanalyste ».

Le lieu où s’élaborait cette ambition était, sans conteste, l’hôpital Sainte-Anne  où se rencontraient la plupart  des personnalités marquantes du monde de la Psychiatrie et de la Psychanalyse que  René Diatkine évoque avec talent et humour . Pour ce qui est des « étudiants » dont il était, il rend sensible l’enthousiasme « de ce groupe de copains  qui vivaient beaucoup ensemble,…qui avaient une très haute idée de ce qu’était la SPP,…qui discutaient beaucoup dans les bistrots, et pour qui la Psychanalyse représentait une engagement total ».

C’était l’heureuse époque des « pionniers »  de la Psychanalyse en France.

Cet « âge d’or » est troublé par une première crise « politique » en 1949, prémisse de la scission de 1953, qui sépare le groupe et éloigne de la Psychanalyse les psychiatres d’obédience communiste  tels Bonnafé, Le Guillant, Follin etc…

Sur la scission de 1953 et les conflits de pouvoir où se sont affrontés Nacht, Lacan, Lagache et…Marie Bonaparte, sur la mise en place des différentes instances qui, jusqu’à présent, organisent le fonctionnement de la SPP, René Diatkine nous apporte un témoignage vivant, illustré de faits et d’anecdotes, qui éclaire et précise notre compréhension.

Bien sûr, il parle aussi de lui même et notamment, il décrit avec précision comment le processus analytique, « drame à deux personnages »,  fonctionne selon lui.

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Michel de M’Uzan – Une clinique de la rencontre analytique

Cet entretien illustre l’originalité et la créativité de la pensée de Michel de M’Uzan. Il expose ici sa conception de la rencontre entre patient et analyste, en s’attachant surtout à ce qui se passe « du côté de l’analyste ». Il reprend les différentes notions qu’il a proposées pour décrire cette implication réciproque et en explicite le sens et les articulations : ainsi en est-il de la Chimère, des Pensées paradoxales, du Spectre d’identité, du Schème de travail, de « l’Aphanisis psychique »… Pour M.de M’Uzan, si la rencontre entre l’analyste et son patient s’enracine à la fois dans la clinique au sens classique du terme et dans une clinique interpersonnelle liant les protagonistes, il faut aussi aller chercher du côté de « l’identité de l’être » de l’analyste. L’analyste n’est pas, dans son écoute, à l’abri derrière les frontières de son Moi. Pour s’identifier à son patient, éprouver de l’empathie, laisser opérer les identifications jusqu’au vacillement ou même une dépersonnalisation passagère, l’analyste se trouve aux prises avec son propre inconscient et doit, comme le patient, se risquer à la frontière de son préconscient, seul lieu où peuvent se produire des changements. La névrose de transfert comme le contre-transfert est une construction à deux qui se fait indépendamment des activités secondarisées des deux protagonistes : la Chimère qui figure cette relation résulte de l’imbrication étroite de ce qui procède de l’un et de l’autre ; elle fonctionne selon des modalités archaïques qui mettent en jeu les capacités d’identifications primaires de chacun. Cette conception de la position réciproque de l’analyste et de son patient conduit à des modifications de la compréhension de la cure que Michel de M’uzan définit « comme une succession hiérarchisée de résistances », pour le patient comme pour l’analyste. Elle a, de ce fait, des conséquences techniques. Pour qu’il y ait compréhension de l’Interprétation, il faut qu’il y ait une énergie d’investissement disponible qui ne peut se libérer sans un dérangement économique des défenses du Moi, ce que l’auteur appelle « provoquer le scandale ». Si l’on demeure au niveau secondarisé, « rien n’entre et rien ne sort », aucun changement ne peut advenir, pas plus pour le patient que pour l’analyste…Tout changement procède d’un dérangement. Le « cadre » participe de cette oscillation entre empathie et contre-résistance qui caractérise le travail de la cure. Pour Michel de M’Uzan, le « cadre est « une marmite infernale » où, sous une apparence de calme et de neutralité bienveillante, s’affrontent violemment les désirs inconscients/préconscients des protagonistes. En deçà de l’écoute directe secondarisé, un autre fonctionnement peut laisser la place à des « moments féconds » révélant la proximité des préconscients. L’analyste peut s’y risquer grâce à sa capacité à régresser ou à vivre des expériences de dépersonnalisation, sans mettre en péril son Moi. Là ne s’arrêtent pas les enseignements de cet entretien riche en réflexions dérangeantes.

Michel de M’Uzan – L’identité

Un des thèmes majeurs de la pensée de Michel de M’Uzan, son  intérêt pour la notion d’Identité, s’est éveillé avant même la réflexion analytique, à partir  d’expériences personnelles de « vacillement identitaire », de « dépersonnalisation tranquille », comme il les qualifie.
De la labilité constitutive de l’Identité, M. de M’Uzan déduit la notion de « spectre d’identité » qui s’oppose à une conception stable et cernée qui relèverait, selon lui, de la « normopathie ».
Peut-on communiquer vraiment avec l’Autre ? M.de M’Uzan en doute, dans la mesure où nous ne communiquons qu’avec la représentation que nous avons de l’objet. La notion de « spectre d’identité » vient souligner le caractère ambigu, incertain, de la distinction identitaire entre le soi et le non-soi, libidinalement investie.
Cependant pour M. de M’Uzan, le dégagement identitaire s’opère sur deux versants : celui de la rencontre avec l’objet, mobilisant l’énergie libidinale mais également celui  des pulsions d’auto-conservation et de l’énergie « actuelle » dont témoigne la psychosomatique. L’hypothèse d’un temps antérieur à la rencontre du nourrisson avec le monde extérieur, celui de la séparation du sujet d’avec lui-même, conduit Michel de M’Uzan à supposer la création d’un double, le « jumeau paraphrénique ».
Michel de M’Uzan insiste sur l’importance de ce dualisme pulsionnel constitutif de l’identité du sujet.
Dans cet interview, Michel de M’Uzan développe et s’explique sur sa conception originale et complexe d’une notion essentielle mais  difficile à cerner et peu abordée dans la métapsychologie analytique.

Marianne Persine