Les dernières attaques contre la psychanalyse, entre les décisions de l’HAS et une campagne médiatique de discrédits calomnieux, apparaissent de plus en plus nettement comme une façon de créer des confusions entre la pratique de la psychanalyse, les pratiques psychanalytiques, la psychiatrie et la pédopsychiatrie.
Vous trouverez dans ce dossier plusieurs textes et articles à propos du sens de ces attaques et de la réalité des pratiques psychanalytiques en pédopsychiatrie et des pratiques de psychanalystes avec les enfants et les adolescents, pour permettre à tous une réflexion plus ajustée sur les enjeux liés à cette actualité.
« Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage »
Pour en finir avec les soins en psychiatrie, on accuse la psychanalyse
Ce communiqué rédigé par le bureau de la SPP a été signé sous forme de Tribune par les associations du Groupe de contact, qui réunit plusieurs associations de psychanalystes, pour affirmer une position commune vis-à-vis des pouvoirs publics. Les journaux contactés n’ont pas donné suite.
Le 12 février dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié ses recommandations sur les Troubles neuro-développementaux (TND), et en particulier les Troubles du spectre autistique (TSA).
Dans ce document, une décision se distingue, aux conséquences très préoccupantes pour tous les acteurs de la pédopsychiatrie et de la psychiatrie, cliniciens en institutions, libéraux, universitaires et chercheurs, qui se réfèrent à l’approche psychanalytique. Inspirées de la psychanalyse, toujours dans un cadre pluridisciplinaire, leurs méthodes thérapeutiques et de prise en charge, jusque-là qualifiées de « non consensuelles », deviennent ici « non recommandées ».
La prochaine étape franchie par la HAS pourrait consister à rendre ces recommandations « opposables », c’est à dire obligatoires : elle interdirait à la pratique inspirée par la psychanalyse de contribuer aux soins de l’autisme infantile.
Il resterait alors un seul obstacle à cette opposabilité : elle ne pourrait pas s’appliquer aux psychiatres psychanalystes protégés par le principe de la liberté de prescription, jusque-là défendu par le Conseil de l’Ordre des Médecins, mais elle vaudrait immédiatement pour les nombreux psychologues et paramédicaux dont la théorie psychanalytique est la référence pour soigner avec compétence et dévouement des enfants gravement atteints, en utilisant aussi les moyens de rééducation et de socialisation ayant des chances de servir à leur développement et à leur bien-être.
Cette décision de la Haute Autorité de Santé ne fera qu’aggraver la situation déplorable actuelle de la psychiatrie infantile en France. A la fin du XXe siècle, des psychiatres psychanalystes comme le Pr Misès à la Fondation Vallée, avaient pu transformer des services où les enfants ne quittaient plus leurs lits en des unités dynamiques. Des traitements psychanalytiques, mais aussi de nombreuses formes de rééducations y étaient employées et avaient transformé la vie de ces enfants et de leurs familles. La réduction progressive mais inexorable des moyens mis au service de la psychiatrie infantile ont ramené ces services à ce qu’ils étaient au début du XIXe siècle. On recommence à attacher ces enfants dans leur lit, comme on l’a aussi fait pour les malades adultes.
La décision de l’HAS s’inscrit dans un mouvement de communication médiatique qui vise à rendre la psychanalyse responsable de cet état de choses, en utilisant la souffrance réelle, et les interrogations parfois légitimes de certaines familles contre les psychanalystes qu’ils ont consultés. Cette communication joue sur un contresens, en disant que les psychanalystes « culpabiliseraient les parents » en les rendant responsables des troubles de leur enfant. Ce n’est pas parce qu’on diffère un temps un diagnostic définitif pour écouter les parents, laisser place aux interrogations personnelles, et au travail difficile qu’ils ont à faire pour supporter leurs sentiments de culpabilité spontanés face à la souffrance de leur enfant, qu’on les rend responsables ! Les parents sont les premiers soignants de leur enfant, et des partenaires essentiels du soin. La « cause » de l’autisme infantile est encore inconnue, et très probablement multifactorielle.
La démarche diagnostique est indissociable de l’engagement dans les soins, elle associe les bilans objectifs indispensables à une concertation permanente avec l’entourage pour construire un dispositif de soins personnalisé et unique pour chaque enfant, en fonction de ses capacités, ses centres d’intérêt, et des ressources matérielles et humaines disponibles.
La validation scientifique des méthodes de soins employées est indispensable ; mais elle n’est d’aucune utilité si des moyens humains et matériels ne sont pas mis au service de la méthode employée quelle qu’elle soit.
Face à cette véritable entreprise de censure, le risque est grand de voir détruire plus d’un siècle de travail de civilisation, auquel ont participé les psychanalystes, tout particulièrement en pédopsychiatrie, pour faire évoluer la psychiatrie asilaire, prendre en compte la subjectivité des patients et de leur entourage, travailler avec les familles, utiliser des médiations ouvertes sur le socius.
Il ne faut pas oublier que la démarche psychanalytique a également contribué à développer d’autres façons de répondre à la violence que le recours systématique à la contention physique ou chimique. Si les traitements médicamenteux ont évidemment toute leur place, ils s’inscrivent dans une approche au cas par cas, qui vise à comprendre le sens des symptômes et des agirs, à soutenir l’implication subjective des soignants et à favoriser leur réflexion sur la pratique à travers un travail de parole et d’élaboration institutionnelle, en lien avec les parents.
En psychiatrie, le diagnostic et le soin sont intiment liés, et la construction d’un dispositif adapté à chaque patient commence à la première rencontre. Cela n’empêche pas bien sûr de repérer sa pathologie dans les grilles communes, ni de faire tous les bilans nécessaires. Mais l’ensemble des démarches s’organise de façon à pouvoir prendre sens pour le patient, dans une rencontre au long cours. Sans ce lien tissé au long cours, aucune observance des soins n’est possible.
Compte tenu de la gravité de ces attaques, et de l’aspect discriminatoire qu’elles comportent à l’égard des patients soignés par la psychanalyse, il est indispensable d’y répondre, collectivement, ne serait-ce qu’au nom d’une conception humaniste du sujet et en tant que citoyens et parents.
Tribune du Groupe de contact, le 15 février 2026