L’intégration de l’Institut de psychanalyse au sein de la Société psychanalytique de Paris
La réforme de 1986 avait pour objectif de mettre fin à l’existence de deux associations différentes, de simplifier l’accomplissement de leurs missions respectives et de rendre la gestion plus aisée. En effet, l’existence d’associations différentes multipliait la représentativité et faisait se chevaucher leurs missions. Chaque association avait son CA, son Bureau, son Président, ses Secrétaires généraux, ses trésoriers, ses Statuts et RI, son budget, son personnel, ses activités scientifiques, etc., l’une au nom de la formation des analystes, l’autre, de la transmission et du développement de la psychanalyse.
Par cette réforme, l’Institut devint un organe de la SPP. Il est fréquent de dénommer cette intégration une fusion, alors qu’il s’agit bien d’une intégration de l’IPP dans la SPP, celle-ci devenant l’organisation responsable, par la Commission d’enseignement, de la formation des analystes.
En exergue, je vous propose une lettre rédigée par Augustin Jeanneau en Juillet 2025, portant sur cette réforme et sur cette période pendant laquelle il était président de la SPP ; et j’en profite pour le remercier d’avoir à son grand âge réuni les éléments d’archives qui nous permettent d’avoir une approche des difficultés, discussions et diplomaties rencontrées pour aboutir à cette nouvelle répartition des responsabilités.
Lettre d’Augustin Jeanneau accompagnant le dossier qu’il a constitué pour les Archives de la SPP, dossier dénommé : La réforme des statuts de la Société Psychanalytique de Paris (1984-1986)
« Il peut arriver que la lecture d'un document d'archive essentiellement fait pour durer prive en proportion le texte du vécu collectif de l'époque relatée.
Les éléments qui se trouvent ici rassemblés concernent la réforme statutaire de la Société Psychanalytique de Paris, déjà centenaire, après avoir traversé maints évènements chargés d'exigences, et on ne pourrait imaginer qu'elle fût restée silencieuse.
C'est dans leur déroulement le plus simple que nous avons regroupé l'essentiel, en y mêlant la fraicheur parfois partiale des souvenirs personnels et la logique, utilisable en tout cas, du déroulement temporel le plus simple - avant, pendant, après - pour retrouver les documents à leur emplacement naturel.
Notons en préalable que le vécu tant regretté s'y retrouvait en fait déjà marqué par le sentiment de service commandé, par la seule conviction des membres du bureau à l'époque nouvellement élu, la mission qui lui avait été confiée concernant la réforme des statuts de la SPP.
Mais depuis longtemps déjà, à travers la société, les souhaits s'étaient manifestés de l'importance de cette réforme.
Et pour s'en tenir à ce qui dominait chez beaucoup de collègues, on y retrouvera parmi les plus fermes sentiments, celui de l'impatience.
On retrouve en effet, dans les premiers documents rassemblés, les textes des collègues responsables, dont aucun président de la SPP, aucun directeur de l'Institut de Psychanalyse - et pendant plusieurs années- n'avait mis fin à son mandat, ni quitté ses responsabilités sans avoir rédigé, chacun, un projet totalement élaboré de réforme des statuts de l'une et l'autre charge. C'est à une de ces premières places parmi les documents que nous en avons placé le détail, et pour chacun un développement soucieux et convaincant.
Un peu plus tard, moins tendu que l'impatience, c'est l'étonnement que nous rencontrons.
Ainsi après un important travail, qu'on retrouvera à la place la plus naturelle, le projet « Raymond Cahn-Alliot » avait été présenté aux suffrages sans être retenu.
Et sans avoir compris, pour la plupart des collègues, les raisons de ce refus, « nous n'avons pas voulu cela » était la formule sans développement que, dans ce langage simplifié, avait souvent été exprimée.
Dès lors, la question reste posée : où se situait le sortilège ?
Y aurait-il incompatibilité entre les hauteurs et profondeurs de l'horizon psychanalytique et la concrétude d'une réalité statutaire s'en prenant à une démarche psychanalytique idéalisée ?
La rencontre nécessaire entre la doctrine psychanalytique et les exigences juridiques se produisit alors dans la correspondance avec le Professeur Savatier, réputé en ce domaine, et nous rassura à l'époque quant à la consistance de la psychanalyse face à la rigueur du droit, et même, contre toute attente, nous dégagea l'horizon d'une réforme.
Dans la campagne dès lors entreprise, non sans quelque inquiétude, ce ne fut pas le manque de sentiment qui domina.
Ce fut plutôt la passion et ce n'était pas pour nous déplaire.
Au terme des discussions, et parvenus aux dates prévues, fallait-il encore rassembler les opinions qui avaient bien évolué.
« Que ce qui est simple soit possible. >>
Les votes nécessaires s'étant révélés favorables, les esprits s'enrichirent les uns des autres pour une vision nouvelle des questions et des développements à venir.
Et pour ce qui nous occupe aujourd'hui, la place avait été dégagée pour que l'équipe suivante soit en mesure de créer dans les statuts de la Société, le département des archives, tâche qu'elle eût à cœur d'accomplir, en liaison avec le représentant de la Société précédente que j'étais.
Le principe du vote fit son chemin dans les esprits, sans pour autant retirer à la psychanalyse sa hauteur et sa liberté par rapport aux réalités concrètes. Les votes se développèrent, non seulement à la société de Paris, mais aussi dans les régions.
Tout cela ne fut pas sans résonance, pour chacun des acteurs de cette réforme, avec des enjeux de complexualité on imagine plus profonde, liés aux hautes figures des personnalités que cette réforme mettait en scène. »
Paris, le 19 Juillet 2025
Augustin Jeanneau
Comme déjà signalé, ce courrier, rédigé par Augustin Jeanneau le 19 juillet 2025, accompagne les documents qu’il a réuni et adressé à la SPP, dans le but de rendre possible de suivre les méandres et enjeux de cette réforme. Il les a donc présentés selon un ordre chronologique : avant la réforme, pendant la réforme, après la réforme.
Avant la réforme, il s’agit bien sûr de la création et du fonctionnement de l’Institut. Celui-ci vit le jour dans les années 1951-52, se concrétisa en 1953 et fut reconnu officiellement en 1954.
L’IPP était une association loi 1901 différente de celle de la SPP. Elle réunissait les formateurs, anciennement dénommés les titulaires, chargés de l’enseignement et de la didactique, et les analystes en formation. Elle fut nantie dès l’origine, et cela grâce à la générosité de Marie Bonaparte, d’une bibliothèque et d’un centre de consultations et de soins psychanalytiques gratuits.
Rappelons que le premier institut fut créé avant la 2nde guerre mondiale en 1934 et que ce fut Marie Bonaparte qui en fut la directrice, donc une non médecin ; tout comme elle fut nommée directrice de la seconde partie de la Revue Française de Psychanalyse, dont le premier numéro fut publié en 1927, la partie non médicale.
Jusqu’en 1986, il y avait donc deux associations ayant chacune leurs statuts et leurs budgets indépendants.
Les statuts de l’IP (Institut de Psychanalyse) de janvier 1973 stipulent « art. 1 : l’association dénommée « Institut de Psychanalyse » a pour objet la formation psychanalytique et l’enseignement de la psychanalyse tel qu’il résulte de l’œuvre de Freud, son créateur.
Elle poursuit son activité en conformité avec les buts de l’Association Psychanalytique Internationale. Son activité s’étend aux groupes qui lui sont affiliés ».
Alors que dans les statuts de la SPP (statut de juin 1977), il est possible de lire « art. 1 : L’association dénommée « Société Psychanalytique de Paris » a pour objet de transmettre et de développer la psychanalyse fondée sur l’œuvre de Freud.
Elle est une section française de l’Association Psychanalytique Internationale ».
Deux règlements intérieurs venaient dicter les aspects concrets du fonctionnement de chacune des associations.
Dans le RI de l’IP de janvier 1984, le titre 5 est consacré à la bibliothèque, le titre 6 au séminaire de perfectionnement, le titre 7 au centre de consultations et de traitements psychanalytiques.
L’Institut se trouvait donc dirigé par un conseil d’administration et une commission de l’enseignement.
Dans le RI de la SPP, en novembre 1983, nous pouvons lire que la RFP et le CPLF sont des organes de la SPP.
Comme le précise Augustin Jeanneau dans son survol récapitulatif, plusieurs projets de réforme conçus par les divers présidents de la SPP et les directeurs de l’Institut ont eu lieu dans les années précédentes. En fait il y eut 8 projets de réforme s’étalant sur environ 15 ans !
Augustin Jeanneau écrit à ce sujet : « deux années ont permis que s’apaisent quelque peu les passions et se referment les plaies suscitées par le dernier échec de nos tentatives ; ce furent celles, comme le souhaitait notre président, d’une latence active. Celle-ci nous permet de tenter d’avoir une vue d’ensemble - que nous espérons plus sereine - de la partie la plus visible de nos 10 ou 15 dernières années de vie institutionnelle.
C’est pourquoi nous avons pensé, sollicités par les travaux des groupes d’affiliés, qu’il pouvait être utile de permettre à chacun d’avoir à sa disposition, dans ses archives personnelles, les textes des différents projets de réforme ; non pas tant pour préparer quelque 9e projet, que pour mieux comprendre nos contradictions et nos inhibitions. »
Par le biais d’un tableau comparatif, sont présentés dans l’un des documents, les huit réformes amorcées, refusées, voire enterrées. La première fut présenté par Pierre Luquet en 1975-76, puis ce fut Paul-Claude Racamier en 1977, puis Janine Chasseguet-Smirgel en 1977, puis Jean Gillibert en 1978, puis une tentative conjointe de Serge Lebovici et de Serge Viderman qui ont essayé de présenter un projet composant deux filières, en 1978 ; puis en 1979, Paul-Claude Racamier et Simone Decobert présentent à leur tour un nouveau projet ; et enfin, en 1981, c’est Raymond Cahn qui présente un projet qui fut voté par le collège administratif de la Société mais refusé par l’Assemblée Générale de l’Institut.
Tous les projets n’étaient pas des projets de fusion. Ceux de Pierre Luquet, de Janine Chasseguet-Smirgel , de Jean Gillibert et de Raymond Cahn étaient mus par le souhait d’une telle fusion. Ce n’est pas le cas du premier projet de Paul-Claude Racamier, ni de celui de Serge Lebovici et de Serge Viderman, ni du deuxième projet de Paul-Claude Racamier avec Simone Decobert.
En se référant à ces propositions successives et tentatives avortées, Augustin Jeanneau s’interroge : « à partir de quelles convictions le bureau de la Société s’est-il, en effet, rassemblé dans la diversité des personnalités qui le composent, la différence des sensibilités ? Sur quel sentiment d’évidence également partagé a-t-il fondé son unité pour entreprendre son action ?
Il s’agissait d’abord de mettre un terme à une situation issue d’une histoire qui n’est pas sans mérite, mais qui en perdant son sens est devenue juridiquement un peu folle ; une situation inconnue de tous les nouveaux collègues, sans exception, admis à la SPP, et qui ignorent, en y entrant, devenir membre d’un même coup d’une autre association, découvrant qu’ils ont alors vis-à-vis de l’Institut de Psychanalyse des devoirs qui sont légitimes, des obligations financières, certains droits, pas tous les pouvoirs. Aussi bien nous paraissait-il clair et honnête de travailler avec le comité directeur de l’Institut de Psychanalyse, à ce que la Société de Psychanalyse de Paris devienne la seule association, plus précisément responsable de la transmission de la psychanalyse, au sein de l’Institut statutairement défini comme l’organe d’enseignement et de formation des futurs psychanalystes.
De la même façon convenait-il de définir sans ambiguïté l’autonomie de fonctionnement d’une Commission de l’Enseignement dont les tâches exigent, en effet, le secret sur tant de jugements individuels, la liberté d’appréciation en dehors de toute pression, la définition des modalités de formation en fonction de ses expériences ».
Cette dissolution de l’association Institut de Psychanalyse et la création d’un organe au sein des statuts de la SPP furent suivies d’un remaniement complet de la SPP avec un nouveau conseil d’administration en octobre 1986, constitué de 45 membres, soit trois fois 15 pour chaque catégorie, les titulaires, les adhérents, des affiliés ; et fin 1986, un nouveau bureau et un président furent élus. C’est André Green qui posa sa candidature avec Jean-Luc Donnet et Michèle Perron Borelli comme vice-présidents, César Botella comme secrétaire général, Gilbert Diatkine comme secrétaire scientifique, Françoise Brette comme trésorière et Sylvie Faure-Pragier, Jacqueline Schaeffer et Paul Denis comme conseillers. Ce nouveau bureau fut élu le 2 décembre 1986.
Dans la Revue Française de Psychanalyse de juin 1986, nous pouvons lire un texte d’Augustin Jeanneau apportant des informations sur la réforme statutaire de la SPP, la nature des modifications et les raisons du changement.